Colloque sur la paix

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Palais du Luxembourg, à Paris

Agir pour les droits de l’Homme

À l’occasion d’un colloque organisé le 11 janvier 2007 par l’association Agir pour les droits de l’Homme en partenariat avec le Centre d’Information des Nations unies pour l’Europe occidentale, et avec la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme, Serge Toussaint fut invité à participer aux débats et à exposer sa conception de la paix.

Discours prononcé par Serge Toussaint lors de ce colloque :

Le 11 janvier 2007

Mesdames et Messieurs,

Programme du colloque

En 1997, tous les prix Nobel de la paix encore en vie ont adressé un message à tous les chefs d’États des pays membres de l’Organisation des Nations Unies. Leur but commun était de faire en sorte que l’O.N.U. proclame la nécessité de promouvoir une culture de la non-violence, afin de préserver autant que possible les enfants de la guerre. Cet appel a été entendu, puisque le 10 novembre 1998, lors d’une Assemblée Générale tenue à New York, au siège des Nations Unies, il fut décidé que la première décennie du XXIe siècle et du IIIe millénaire, c’est-à-dire de 2001 à 2010, serait consacrée à la promotion d’une culture de la non-violence et de la paix, au profit des enfants du monde. Dès l’année 2000, proclamée « Année internationale de la culture de la paix », et à l’appel de l’U.N.E.S.C.O., près de soixante-quinze millions de personnes ont signé le Manifeste 2000 pour l’instauration d’une culture mondiale de la paix et de la non-violence.

Au-delà des apparences, la paix est un idéal auquel aspire la grande majorité des êtres humains, sans distinction de race, de nationalité, de culture, de statut social, d’opinions politiques, de religion ou autre élément apparemment distinctif. En cela, nous pouvons dire que cet idéal est peut-être le seul à avoir une dimension véritablement universelle. Pourquoi ? Parce qu’il est plus qu’un idéal ; il est un archétype qui fait partie intégrante de l’âme humaine, dans ce qu’elle a de meilleur. C’est précisément pour cette raison que la plupart des gens aspirent à la paix et désapprouvent la guerre, même lorsqu’ils n’en sont pas directement victimes. Pour s’en convaincre, il suffit de songer au nombre croissant de manifestations organisées pour dénoncer les conflits en tous genres.

Si la paix est à la fois un idéal universel et un archétype spirituel, on peut se demander pourquoi le monde est déchiré par tant de guerres ? Parce que l’homme est imparfait et qu’il agit encore trop souvent sous l’influence des aspects les plus négatifs de son ego, parmi lesquels le désir de possession, de domination, d’honneur, etc. Vous noterez également que la plupart des guerres sont décidées par une minorité de personnes ayant intérêt à le faire, généralement au détriment des populations qui ne peuvent que subir. Intervient alors cette faiblesse humaine qu’est la haine, qui conduit militaires et civiles à venger leurs morts et à se venger eux-mêmes de ce qu’ils ont subi.

S’il est un fait que la cause majeure des guerres se trouve dans l’homme lui-même, on ne peut nier qu’il existe des facteurs extérieurs qui favorisent les conflits entre les hommes. Le plus important est probablement la pauvreté. Cela étant, nombre de nations pauvres ne sont pas belliqueuses pour autant et aspirent au contraire à vivre en paix. Inversement, l’Histoire est jalonnée d’exemples de nations riches et puissantes qui n’ont cessé de vouloir étendre leur domination et leur hégémonie. Quoi qu’il en soit, la première chose à faire pour favoriser la paix est d’éradiquer la pauvreté qui sévit dans certains pays, ce qui suppose de réfléchir à une meilleure répartition des richesses à travers le monde. Si on ne le fait pas, le dénuement de certaines populations les conduiront de plus en plus à se procurer par la force ce dont elles manquent pour vivre décemment.

Parmi les facteurs que l’on trouve à l’origine des guerres, il faut mentionner également la religion et la politique. Comme chacun sait, nombre d’entre elles ont été menées au nom de Dieu et le sont encore. Cela ne veut naturellement pas dire qu’il faille supprimer les religions, ce qui serait de toute façon impossible. Je pense d’ailleurs qu’elles ont eu et qu’elles ont encore leur utilité, ne serait-ce que parce qu’elles répondent à la foi de milliards de personnes et constituent pour elles un cadre moral. Cela dit, elles doivent plus que jamais veiller à neutraliser les intégrismes auxquels elles peuvent donner naissance malgré elles. Parallèlement, elles doivent plus que jamais favoriser le dialogue inter-religieux, d’autant plus qu’elles puisent toutes dans un tronc commun et se sont répandues bien au-delà du pays qui les a vu naître. Si elles ne le font pas, elles continueront à provoquer ou à alimenter des conflits et des guerres.

Pour ce qui est de la politique, il n’est là non plus ni possible ni souhaitable de la supprimer. Elle fait partie intégrante de l’activité humaine et constitue le fondement de toute société. Mais nul ne peut nier qu’elle génère des divisions, des conflits et des guerres. S’il en est ainsi, c’est parce que tout le monde n’a pas les mêmes idées dans ce domaine, tant parmi les gouvernants que les gouvernés. Chacun projette en elle son vécu, ses convictions, ses passions, ses aspirations, ses angoisses, ses espoirs, etc. Les choses étant ce qu’elles sont, la politique est malheureusement un vecteur de dissensions, non seulement entre les citoyens d’un même pays, mais également entre les nations. Là encore, ce n’est qu’en favorisant les échanges et le dialogue que la politique pourra devenir un vecteur d’union plutôt que d’oppositions, comme c’est malheureusement le cas de nos jours.

D’une manière générale, les guerres résultent d’une faiblesse majeure de la nature humaine : l’intolérance. Cela suppose que la paix repose sur la tolérance, vertu qui consiste à accepter que d’autres aient des opinions et des manières de vivre différentes, et ce, dans quelque domaine que ce soit. Le droit à la différence est donc essentiel pour préserver l’harmonie entre individus d’une même nation ou de nations différentes. Cela dit, une mise en garde s’impose, à savoir que tolérer l’intolérable n’est pas une preuve de sagesse, mais une marque de faiblesse. En cela, tout discours ou toute action qui constitue une menace pour l’intégrité ou le bien-être d’autrui ne doit pas être toléré. Dans le cas contraire, on se rend complice de toutes les formes que le mal peut prendre dans le monde, notamment à travers les extrémismes et les intégrisme religieux, politiques ou autres.

Outre l’intolérance, d’autres faiblesses sont à l’origine des conflits qui opposent les êtres humains entre eux. Ainsi, chaque fois que l’un d’eux fait preuve d’orgueil, de jalousie, de rancune, de malveillance, etc., il est coupable de guerre à son niveau. Vue sous cet angle, nous pouvons dire que la paix ne sera possible sur Terre que lorsque la grande majorité de ses habitants auront développé une grande éthique personnelle et exprimeront dans leur comportement des vertus comme l’humilité, le détachement, la bienveillance et bien sûr l’amour, sans oublier le pardon. Cela suppose que chacun apprenne à maîtriser le guerrier qui sommeille en lui, et fasse l’effort de penser, de parler et d’agir véritablement en pacifiste. En cela, il est important de comprendre que l’on ne peut pacifier le monde sans se pacifier soi-même.

On ne peut traiter le sujet de la paix sans évoquer le problème de l’armement. Comme chacun sait, la fabrication et la vente d’armes sont florissantes dans de nombreux pays, notamment dans ceux que l’on dit “développés”. Dans ces conditions, comment s’étonner du nombre de morts et de blessés causés à travers le monde par les conflits armés ? Que dire également du pouvoir de destruction de ces armes de plus en plus sophistiquées ? Malheureusement, la cupidité des hommes est telle que la vie, pour certains d’entre eux, a beaucoup moins de valeur que l’argent obtenu par la vente des armes. À croire que ces marchands de morts n’ont ni femme ni enfant. On peut s’interroger également sur la complaisance, sinon la complicité, des États.

Le meilleur moyen de mettre fin aux guerres qui ravagent le monde est effectivement de promouvoir une culture de la paix,  et d’en faire le fondement de la religion, de la politique, de l’économie, de l’éducation, et d’une manière générale de tous les domaines de la société. En 1932, Nicolas Roerich, célèbre Rose-Croix, avait déjà prôné une telle culture. C’est ainsi qu’il déclara :

« La culture est l’amour de l’humanité ; elle est la synthèse des réalisations qui inspirent… C’est d’elle que peut émerger la connaissance véritable, laquelle est basée sur la tolérance réelle ; de cette tolérance réelle vient la compréhension absolue ; de cette compréhension absolue naît l’enthousiasme pour la paix, qui éclaire et purifie le monde». Malheureusement, son message n’a pas été suffisamment relayé. Mais comme le dit l’adage, «il n’est jamais trop tard pour bien faire. »

Étant donné que le monde de demain sera conditionné en grande partie par les enfants d’aujourd’hui, c’est en priorité à eux qu’il faut inculquer une culture de la paix. Que nous soyons parents, éducateurs ou simples adultes, soyons pour eux des exemples de pacifisme dans la vie quotidienne, au contact des autres. Faisons également en sorte de les soustraire à cette violence fictive qui s’affiche continuellement sur les écrans de cinéma, de télévision et de jeux vidéo, car elle porte en elle les germes de la violence réelle. Enfin, apprenons-leur le respect de l’autre, la tolérance, la bienveillance, la non-violence, et d’une manière générale toutes les vertus et toutes les valeurs qui feront de chacun d’eux des citoyens du monde, épris d’humanisme et de fraternité. Là est notre devoir ; là est notre mission…

Mesdames et Messieurs, pour clore ce bref exposé, je souhaiterais simplement vous lire un texte intitulé « Contribution à la paix », extrait de la littérature rosicrucienne. Comme vous allez le constater, il pose tout le problème de notre responsabilité individuelle dans l’avènement de la paix. Voici ce texte :

« Je contribue à la paix lorsque je m’évertue à exprimer le meilleur de moi-même dans mes relations avec autrui.

Je contribue à la paix lorsque je mets mon intelligence et mes compétences au service du Bien.

Je contribue à la paix lorsque j’éprouve de la compassion à l’égard de tous ceux qui souffrent.

Je contribue à la paix lorsque je considère tous les êtres humains comme mes frères et sœurs, quelles que soient leur race, leur culture et leur religion.

Je contribue à la paix lorsque je me réjouis du bonheur des autres et prie pour leur bien-être.

Je contribue à la paix lorsque j’écoute avec respect et tolérance des opinions qui divergent des miennes ou même qui s’y opposent.

Je contribue à la paix lorsque j’utilise le dialogue plutôt que la force pour régler tout conflit.

Je contribue à la paix lorsque je respecte la nature et la préserve pour les générations futures.

Je contribue à la paix lorsque je ne cherche pas à imposer aux autres ma conception de Dieu.

Je contribue à la paix lorsque je fais de la paix le fondement de mon idéal et de ma philosophie. »

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

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