A propos de la célébrité

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De tout temps, il a existé des personnages célèbres. Certains l’ont été de leur vivant ; d’autres après leur mort. Certains l’ont été pour de bonnes raisons ; d’autres pour de mauvaises. Certains ont tout fait pour l’être ; d’autres n’y avaient nullement songé. Cela étant, il n’y avait pas une culture de la célébrité comme c’est le cas de nos jours. Pour s’en convaincre, il suffit de penser au nombre de journaux, revues, émissions de radio et de télévision, sans oublier Facebook et autres supports internet, qui se consacrent à rapporter la vie des « célébrités » et même à organiser des concours ayant pour but de rendre les participants célèbres, ne serait-ce que le temps d’une soirée…

Est-il normal, naturel ou légitime de vouloir être célèbre ? À chacun sa réponse. Dans de nombreux cas, je pense néanmoins que cela traduit un besoin excessif de reconnaissance qui, aussi contradictoire que cela paraisse, a souvent deux causes opposées : un ego dominateur, ou au contraire un manque de confiance en soi. La recherche de la célébrité est alors un moyen de s’affirmer, de se sentir important, d’être aimé, d’avoir la reconnaissance des autres, etc. Cela suffit-il pour autant à être heureux ? La réponse est «non». Pour s’en convaincre, il suffit de penser au nombre de personnes célèbres qui se disent malheureuses et le sont vraiment.

Personnellement, j’ai de la compassion à l’égard des personnes qui recherchent absolument la célébrité, car elles donnent l’impression de ne pas être une bonne compagnie pour elles-mêmes et de ne pouvoir exister que dans le regard des autres. Quant à celles qui veulent être célèbres dans le but de satisfaire leur ego, il leur manque cette grande vertu qu’est l’humilité. Naturellement, rien ne les oblige à cultiver cette vertu, mais elle fait pourtant partie de celles que la plupart des gens apprécient et admirent chez ceux qui l’ont acquise. Quoi qu’on en dise, l’orgueil, et pire encore la vanité, n’est pas une bonne source d’inspiration et induit des comportements qui manquent souvent de dignité.

De nos jours, et comme chacun sait, la célébrité est formatée, fabriquée et programmée par les médias. Par ailleurs, elle repose sur des critères commerciaux qui tiennent davantage de la mode que du mérite, du talent ou de la compétence. Ce nivellement est tel que des gens ordinaires sont élevés au rang de « stars » du jour au lendemain et viennent rejoindre le panthéon des idoles de cette nouvelle religion qu’est la « pipolisation », laquelle est fondée sur le culte des apparences. Comme nombre de Rose-Croix, je trouve cela profondément attristant ; mais n’a-t-on pas les idoles que l’on mérite ?

S’il y a des idoles, c’est parce qu’il y a des idolâtres. Certes, on peut comprendre que telle ou telle célébrité soit appréciée, voire même admirée, notamment si elle est reconnue à juste titre pour son talent. Mais lorsque cela se transforme en adoration, en adulation ou même en vénération, au point que cette célébrité comme ses “fans” en fassent le fondement de leur existence et la condition de leur bonheur, on ne peut que s’interroger sur les raisons profondes d’une telle dérive et regretter qu’elle soit à ce point alimentée et encouragée.

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

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