Histoires de Sagesse : 3

Email this to someoneShare on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+

< Histoires précédentes

40. Les droits et les devoirs

Appelés devant un tribunal, les droits et les devoirs plaident leur cause :

– Nous sommes là pour défendre et protéger les plus faibles, les plus pauvres et les plus ignorants, clament les droits.

– Nous sommes là pour défendre et protéger les plus faibles, les plus pauvres et les plus ignorants, clament également les devoirs.

Tout surpris d’entendre les devoirs dire la même chose, les droits se tournent vers eux et leur disent :

– Pourquoi prétendez-vous faire ce que nous faisons ?

– Parce que si tous les hommes s’acquittaient de leurs devoirs les uns envers les autres, plus aucun d’eux n’aurait de droits à revendiquer.

41. Des graines, non des fruits

Une femme rêva qu’elle entrait dans une boutique de la place du marché et que, à sa grande surprise, elle trouva Dieu derrière le comptoir.

Qu’est-ce que Vous vendez ? demanda-t-elle.

Tout ce que votre cœur désire, répondit Dieu.

Osant à peine en croire ses oreilles, la femme décida de demander les meilleures choses qu’un être humain puisse désirer.

Je désire le bonheur, la prospérité, la santé, l’amour et la sagesse, dit-elle. Puis elle ajouta : Pas uniquement pour moi. Pour tout le monde.

Dieu sourit : Je pense qu’il y a erreur. Ici, on ne vend pas des fruits : seulement des graines.

42. Le pardon et la rancune

Une fois de plus, la rancune est assise dans son coin et ressasse sa rancœur. C’est alors qu’elle entend frapper à la porte. Après bien des hésitations, elle va l’ouvrir et se trouve face au pardon :

– Nous n’avons rien à nous dire, lance la rancune au pardon. Repars d’où tu es venu !

– Mais je suis venu d’ici.

– Comment cela ?

– La rancune n’appelle-t-elle pas le pardon ?

43. Dans le désert

Un homme s’était perdu dans le désert. Quelque temps plus tard, décrivant son épreuve à des amis, il raconta comment, pris de désespoir, il s’était agenouillé et avait demandé à Dieu de lui venir en aide.

Et Dieu a exaucé ta prière ?

Oh non ! Avant qu’il ne pût le faire, un explorateur fit son apparition et me montra le chemin.

44. La gratitude et l’ingratitude

La gratitude et l’ingratitude se promènent dans le passé et échangent leurs états d’âme.

– Jamais, dit la gratitude, je n’oublierai ce que l’on a fait pour moi. Chaque fois que j’y pense, cela me rend heureux et me donne envie d’aider les autres.

– En ce qui me concerne, répond l’ingratitude, je ne me sens redevable à personne, et j’en suis fort aise.

– N’a-t-on jamais rien fait pour toi ?

– Si peu que je ne m’en souviens même pas.

– Mais suffisamment pour que je m’en souvienne pour toi.

45. La divinité de l’homme

Une vieille légende hindoue rapporte qu’il y eut un temps où tous les hommes étaient des dieux. Mais ils abusèrent tellement de leur divinité que Brahma, le Maître des dieux, décida de la leur ôter et de la cacher en un endroit où il leur serait impossible de la retrouver. Le grand problème fut de lui trouver une cachette. Lorsque les dieux mineurs furent convoqués à un conseil pour résoudre ce problème, ils proposèrent ceci :

– Enterrons la divinité de l’homme dans la terre.

Mais Brahma répondit :

– Non, cela ne suffira pas, car l’homme creusera le sol et la trouvera.

Alors les dieux répliquèrent :

– Dans ce cas, jetons la divinité dans le plus profond des océans.

Mais Brahma répondit à nouveau :

– Non, car tôt ou tard, l’homme explorera les profondeurs des océans, et il finira par la trouver.

Alors les dieux mineurs conclurent :

– Nous ne savons pas où cacher la divinité de l’homme, car il ne semble pas exister sur terre ou dans la mer d’endroit qu’il ne puisse atteindre un jour.

Alors Brahma dit :

– Voici ce que nous ferons de la divinité de l’homme : nous la cacherons au plus profond de lui-même, car c’est le seul endroit où il ne pensera jamais à chercher.

Légende hindoue

46. Croire ou ne pas croire

Un athée discute avec un croyant :

Moi, dit le premier, je ne crois que ce que je vois. Et je n’ai jamais vu Dieu, ni rien d’autre de soi-disant spirituel.

Et bien moi, dit le second, je n’ai jamais vu l’ombre d’une pensée, d’une émotion ou d’un sentiment. Et vous ?

47. Le thé contre l’épée

Dans l’antique Chine, un domestique laissa tomber une goutte de thé sur le soldat qu’il servait. Confus, il s’excusa, mais le soldat était vexé :

– Demain, tu viendras te mesurer à moi. Je te donnerai une arme et on verra si tu es aussi doué avec l’épée qu’avec le thé !

Le domestique n’avait aucune expérience du combat. Il alla demander conseil à un ami, le maître Ketaïo. Ce dernier l’observait alors qu’il servait le thé. Il remarqua son front parfaitement lisse, et l’intense concentration qui se dégageait de son visage alors qu’il faisait couler un mince filet de thé dans les bols, sans qu’aucune goutte ne tombe à côté.

– Demain, lui dit Ketaïo, tu devras tenir ton sabre au-dessus de ta tête, comme si tu étais prêt à frapper le soldat. Regarde-le bien en face, avec cette détermination et ce calme que tu as lorsque tu me sers le thé.

Le lendemain, au petit matin, le domestique suivit les conseils du maître. Le soldat était prêt à combattre, mais il se tint sur ses gardes : il observait le domestique, stable sur ses appuis et serein. Il le regarda dans les yeux et, après un long moment, abaissa son arme, s’excusa pour son arrogance, et quitta les lieux sans se retourner.

Histoire zen

48. La vérité et le mensonge

Une fois encore, le mensonge s’emploie à tromper et à manipuler. Soulagé si ce n’est satisfait d’avoir été convaincant, il reprend ses occupations, non sans penser à ce qu’il vient de dire. Et comme toujours, c’est ce bref moment de réflexion que la vérité met à profit pour se faire entendre à lui

– Alors, comment te sens-tu ?

– Je crains, répond le mensonge, de ne pas avoir été cru.

– Et c’est cela qui t’inquiète, lui demande la vérité.

– Oui. Que veux-tu que ce soit d’autre ?

– Le fait d’avoir menti.

– Non, il est tout aussi naturel pour moi de mentir que pour toi de dire la vérité.

– Alors, pourquoi crains-tu de ne pas avoir été cru ?

49. Le mantra dangereux

Un gourou donnait un cours à de jeunes disciples, lorsque ceux-ci lui demandèrent de leur révéler le mantra grâce auquel les morts sont ramenés à la vie.

Que feriez-vous d’une chose aussi dangereuse ? demanda le gourou.

Rien. Ça ne servirait qu’à fortifier notre foi, répondirent les disciples.

La connaissance prématurée est chose dangereuse, dit le gourou.

Quand peut-on dire que la connaissance est prématurée, demandèrent les disciples.

Quand elle confère un pouvoir à quelqu’un qui ne possède pas encore la sagesse qui doit accompagner son usage.

Les disciples persistèrent dans leur demande et le gourou leur murmura le mantra, les implorant à plusieurs reprises de l’utiliser avec la plus grande prudence.

Peu de temps après, les disciples se promenaient dans un lieu désert où ils aperçurent un tas d’ossements blanchis. Ils décidèrent de mettre à l’épreuve le mantra. À peine avaient-ils prononcé les mots magiques que les ossements se transformèrent en un tigre féroce qui se précipita sur eux.

Histoire hindouiste

50. La tolérance et l’intolérance

Assises à la même table, la tolérance et l’intolérance déjeunent ensemble et engagent la conversation :

– J’adore la politique, dit l’intolérance. Tout le monde est convaincu d’avoir raison, ce qui donne lieu à de nombreuses disputes et fâcheries.

– C’est vrai, et contrairement à toi, cela me désole beaucoup, lui répond la tolérance.

– J’adore aussi la religion. Ses dogmes divisent les fidèles et les dressent les uns contre les autres.

– Je le regrette également. Mais dis-moi, en quoi cela te réjouit-il ?

– C’est ma raison d’être. Plus les hommes se querellent pour leurs idées et leurs croyances, mieux je me porte.

– N’as-tu jamais éprouvé de regrets à semer la discorde ?

– Si, lorsque tu interviens dans une conversation pour y mettre l’harmonie.

– Et que ressens-tu alors ?

– Tu le sais beaucoup mieux que moi…

51. L’illumination

Un jeune homme vint trouver un maître et lui demanda :

Combien de temps me faudra-t-il pour atteindre l’Illumination ?

Le maître lui répondit :

Dix ans.

Aussi longtemps, demanda le jeune homme avec incrédulité.

Le maître ajouta :

Non, je me suis trompé. Cela prendra vingt ans.

Le jeune homme demanda :

Pourquoi avez-vous doublé le nombre d’années ?

Le maître lui répondit :

Prends le temps d’y penser. Dans ton cas, ça prendra probablement trente ans.

Histoire philosophique

52. L’intuition et la raison

La raison réfléchit intensément à ce qui la préoccupe. La voyant faire, l’intuition se prépare à intervenir.

– Je me demande, se dit la raison, comment résoudre ce problème. Plus j’y réfléchis, moins j’entrevois la solution.

Quelques minutes plus tard, elle entend l’intuition lui dire :

– Voilà ce qu’il faut faire !

– Non, ce n’est pas une bonne idée, lui répond la raison.

– Mais si, et tu devrais m’écouter.

– Pourquoi le ferai-je ?

– Parce que chaque fois que tu ne l’as pas fait, tu l’as regretté.

– Comment le sais-tu ?

– À ton avis ?

53. La sérénité de Bouddha

Bouddha ne semblait pas du tout affecté par les insultes que lui hurlait un visiteur. Lorsque ses disciples lui demandèrent quel était le secret de sa sérénité, il leur dit :

Imaginez que quelqu’un vous envoie une lettre contenant une mauvaise nouvelle et que vous ne la lisiez pas. Vous ne seriez pas du tout affectés par son contenu, n’est-ce pas ? Faites cela chaque fois qu’on vous insulte. Autrement dit, ne vous sentez pas concernés et pensez à ce qui est beau et bon en vous et autour de vous. Ce faisant, vous ne perdrez pas votre sérénité.

Histoire bouddhiste

 

54. La joie et la tristesse

Comme chaque jour, la joie contemple les sourires et les bonheurs qui éclairent le monde. La voyant si heureuse, la tristesse, qui n’est jamais bien loin, s’approche d’elle et lui dit :

– Comment peux-tu te réjouir, alors qu’il y a tant de malheurs sur Terre ?

– Justement, lui répond la joie, c’est pour cela que je me réjouis du moindre bonheur.

– Tu n’es donc pas insensible à la tristesse ?

– Bien sûr que non. Et c’est parce que j’y suis sensible que je fais tout pour lui substituer la joie.

55. Le saint homme et le chien

Il y avait une fois un saint homme qui vivait dans un état extatique, mais qui était considéré par tout le monde comme stupide. Un jour, après avoir mendié de la nourriture dans le village, il s’assit sur le bord du chemin et commença à manger ? Un chien se présenta, qui le regarda d’un air suppliant.

Le saint homme se mit à partager sa nourriture avec le chien comme s’ils étaient de vieux amis. Bientôt, une foule se rassembla autour d’eux pour observer ce spectacle extraordinaire.

L’un des hommes de la foule se moqua du saint homme et dit aux autres :

Que pouvez-vous attendre d’un homme tellement stupide qu’il n’est pas capable de faire la distinction entre un chien et un être humain ?

Le saint homme répondit :

Pourquoi vous moquez-vous ? Ne voyez-vous pas Vishnou qui nourrit Vishnou qui nourrit Vishnou ?

Histoire hindouiste

 

56. L’action et la non-action

Par un concours de circonstances, l’action et la non-action se retrouvent en présence l’une de l’autre. C’est l’occasion pour elles de philosopher :

– Toute situation nécessite que l’on agisse, dit l’action.

– Pas toujours, lui répond la non-action, car il y a des actions qui ont des effets négatifs, voire dramatiques.

– Certes, mais c’est parce qu’elles sont erronées ou mauvaises à l’origine.

– Ce qui veut dire que l’action peut être ni juste ni bonne.

– En quelque sorte. Mais pourquoi dis-tu cela ?

– Parce que je pense que la non-action est préférable à une action erronée ou mauvaise.

57. Les deux loups

Un soir, un vieux Cherokee expliqua à son petit-fils qu’il y a un combat qui se déroule à l’intérieur de tout individu. Il lui dit :

Il y a une lutte entre deux loups à l’intérieur de chacun de nous. L’un est le mal : c’est la colère, l’envie, la jalousie, la cupidité, l’arrogance, le mensonge, l’orgueil… L’autre est le bien : c’est l’amour, l’humilité, la bonté, la bienveillance, l’empathie, la générosité, la compassion…

Le petit-fils réfléchit pendant quelques instants, puis demanda à son grand-père :

– Grand-père, quel loup est le plus fort ?

– Le vieux Cherokee répondit : Celui que tu nourris.

Histoire amérindienne

58. Le sage et l’ignorant

– À quoi la sagesse peut-elle servir, demande un ignorant à un sage.

– À être heureux et à rendre les autres heureux, lui répond le sage.

– Mais je suis très heureux comme je suis. Quant aux autres, ils n’ont qu’à faire en sorte de l’être.

– Et selon toi, que doivent-ils faire pour être heureux, demande le sage à l’ignorant.

– Je ne sais pas.

– Et bien moi, je le sais. C’est toute la différence entre un sage et un ignorant.

59. Socrate au marché

En véritable philosophe qu’il était, Socrate était d’avis que toute personne devait mener une vie frugale. On rapporte que lui-même ne portait pas de chaussures. Pourtant, il se rendait souvent au marché pour regarder toutes les marchandises qui y étaient exposées. À l’un de ses amis qui lui demanda pourquoi, Socrate lui répondit :

– J’aime aller là et découvrir le nombre de choses sans lesquelles je suis parfaitement heureux.

60. La violence et la non-violence

Tandis que la violence est occupée à détruire, piller, agresser et tuer, elle se retrouve face à la non-violence.

– Que fais-tu là, demande la violence. Écarte-toi de mon chemin !

– Pourquoi le ferai-je ?

– Pour me laisser passer, car j’ai encore beaucoup de haine, de rancœur, de frustrations et d’angoisses à satisfaire.

– Et si je refuse ?

– Je passerai de force, et tu ne pourras m’en empêcher.

– Je n’essaierai même pas.

– Serais-tu lâche ?

– Non, je suis non-violente.

61. Le bon gouvernement

Un disciple demanda un jour à Confucius :

Quels sont les principes de base d’un bon gouvernement ?

Il répondit : la nourriture, les armes et la confiance du peuple.

Mais si vous étiez contraint de vous dispenser de l’un des trois, lequel laisseriez-vous ?

Les armes.

Et si vous deviez laisser l’un des deux autres ?

La nourriture.

Mais sans nourriture, les gens mourraient !

Depuis toujours, la mort est le lot des êtres humains. Mais tout peuple qui n’a plus confiance en ses dirigeants est vraiment perdu.

Histoire zen

62. L’amour et la haine

Alors que la guerre fait rage entre deux armées, l’amour et la haine se mêlent au combat et défendent leurs causes respectives. Il vient un moment où elles se trouvent face à face :

– Vois-tu, dit la haine à l’amour, une fois encore, je suis victorieuse : les morts et les blessés se comptent par milliers.

– Hélas, concède l’amour. Mais quel plaisir prends-tu à voir les hommes s’entretuer ?

– Le même que celui que tu ressens en les voyant s’aimer, lui répond la haine.

– Alors, pourquoi ne pas les inciter plutôt à s’aimer ?

63. Le gourou et les perles

Un gourou méditait, assis au bord de la rivière. Un disciple se pencha pour déposer à ses pieds deux grosses perles, gages de vénération et de dévotion.

Le gourou ouvrit les yeux, souleva l’une des perles et la tint avec si peu de soin qu’elle lui tomba des mains et roula par terre jusque dans la rivière.

Le disciple, horrifié, plongea et replongea maintes fois dans l’eau, mais il ne retrouva pas la pierre. Finalement, épuisé, il tira le gourou de sa méditation et lui demanda :

Avez-vous vu l’endroit où la perle est tombée ? Montrez-le-moi ; je vais la trouver et vous la rapporter.

Le gourou prit l’autre perle, la jeta dans la rivière, et dit :

Exactement à cet endroit !

Histoire zen

64. Socrate

Socrate se trouvait en prison, dans l’attente de son exécution. Un jour, il entendit un prisonnier dire un poème du poète Stesichoros. Il lui demanda de lui apprendre les vers.

Pourquoi, demanda le prisonnier.

Pour que je puisse mourir en sachant quelque chose de plus, répondit le grand homme.


Email this to someoneShare on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+