À propos de la beauté

Actualisé le 23/05/2018

À son époque, Platon exhortait ses disciples à vénérer le bien, le beau et le vrai. Pour lui, la beauté prenait sa source dans le Divin et correspondait à un archétype que l’homme devait apprendre à manifester à travers ses œuvres. En cela, il accordait une grande importance à l’art, dont le but, selon lui, était d’exprimer sur le plan matériel et terrestre la beauté du monde spirituel et céleste. Que ce soit en musique, en peinture ou en sculpture, les artistes s’évertuaient avant tout à créer quelque chose qui soit beau à entendre ou à regarder.

En dehors de l’art, c’est sans doute à travers la nature que la beauté s’exprime le plus. Sur tous les continents, dans tous les pays, des paysages plus beaux les uns que les autres émerveillent ceux qui les contemplent. Depuis les fleurs aux couleurs multiples et variées, jusqu’aux animaux les plus divers qui peuplent les forêts, les savanes et les océans, sans oublier ceux qui nous sont familiers, nul ne peut nier que la flore et la faune s’unissent pour faire de notre planète un hymne à la beauté. C’est ce qui explique pourquoi même un athée a tendance à la diviniser.

La question qui se pose est la suivante : comment expliquer qu’il y ait un tel consensus pour dire que la nature est belle ? Je pense que c’est en raison de l’harmonie qui en émane. Cela veut dire que la beauté, dans l’absolu, ne se limite pas à la perfection des formes, des couleurs, des proportions, des contrastes, etc. Elle intègre également une dimension métaphysique, pour ne pas dire divine. Ceci est tellement vrai qu’un rocher difforme, un vieil arbre creux, un animal boiteux, semblent beaux. Pourquoi ? Parce qu’il y a quelque chose de transcendantal que nous percevons à travers eux.

Qu’en est-il maintenant de la manière dont les êtres humains appréhendent la beauté chez leurs semblables ? Assurément, et malheureusement, ce n’est pas à celle qui émane du plus profond d’eux-mêmes que la plupart sont sensibles, mais à celle qu’ils attribuent aux apparences extérieures. Cette tendance est telle que le corps est devenu véritablement un objet de culte, au point que de plus en plus de personnes ont recours à la chirurgie esthétique pour «avoir une belle plastique»… De mon point de vue, cette dictature de la beauté physique nous éloigne de l’essentiel, dont Saint Exupéry a dit à juste titre qu’il est invisible pour les yeux.

Plutôt que de se focaliser sur la beauté physique, avec toutes les dérives et toutes les discriminations qui en résultent, il serait à la fois plus utile et plus noble de chercher à percevoir ce qu’il y a de plus beau en tout individu. Cela veut dire que c’est avant tout notre beauté intérieure qui doit nous préoccuper, ce qui suppose d’éveiller et d’expérimenter des vertus comme la gentillesse, la bienveillance, la générosité, l’empathie, etc. Par extension, c’est avant tout la beauté intérieure émanant d’autrui qui doit nous séduire. Et puisque «les yeux sont les fenêtres de l’âme», apprenons donc à voir dans le regard des autres l’étincelle divine qui fait de chacun d’eux un être nécessairement beau.

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix