A propos de l’anticonformisme

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Régulièrement, des personnes interviewées, généralement connues du public, se disent anticonformistes, sur un ton et avec une certitude qui laissent supposer que c’est là une qualité, une vertu, une preuve d’intelligence et de liberté d’esprit. Or, à les écouter, elles le sont pour marquer leur opposition à la morale, à l’éthique, à l’ordre, à la discipline, au respect, etc. En fait, je pense qu’elles sont par là même conformistes, en ce sens que leur attitude est conforme à la perte des valeurs qui caractérise notre époque, voire même à leur inversion.

De nos jours, l’impertinence, le cynisme, la vulgarité, la grossièreté, l’impudeur, la tricherie, le mensonge, la duplicité, la tromperie, l’indiscrétion, etc., sont considérés comme des atouts pour réussir dans la vie, voire même pour réussir sa vie. Quiconque ne se conforme pas à ce profil comportemental, ou pire encore le dénonce, est perçu comme un moralisateur, un réactionnaire ou un arrière-gardiste. Pour reprendre une expression courante, il est actuellement à la mode, sous couvert d’anticonformisme, de «faire l’apologie du vice et de critiquer la vertu».

Pourtant, chacun devrait convenir qu’il existe des valeurs immuables qui favorisent la vie en société et forgent la dignité humaine, parmi lesquelles l’humilité, l’intégrité, la politesse, la courtoisie, le respect de l’autre, etc. Ne pas s’y conformer sous prétexte d’anticonformisme traduit selon moi une incapacité ou un refus de travailler sur soi-même pour exprimer ce qu’il y a de meilleur dans la nature humaine. Dans le pire des cas, c’est vouloir justifier son amoralisme ou son immoralité, c’est-à-dire son absence d’éthique ou ses carences dans ce domaine.

Dans l’absolu, être conformiste ou anticonformiste ne veut rien dire. Tout dépend de ce à quoi on se conforme ou ne se conforme pas. C’est ainsi que je me sens anticonformiste par rapport au conformisme ambiant, lequel s’apparente selon moi à un nivellement par le bas et à une sous-culture. Il est vrai que niveler par ou vers le haut est nettement plus difficile et exige beaucoup plus d’intelligence et de courage. Pourtant, il me semble évident que se conformer à ce qui élève les consciences est plus méritoire et plus respectable que de s’y opposer par anticonformisme, lequel est souvent une posture intellectuelle ou une forme de snobisme.

Cela étant dit, être anticonformiste, au sens de ne pas se conformer aveuglément aux divers stéréotypes de la société (religieux, politiques, économiques, artistiques, etc.), au risque même d’être considéré comme un marginal, est respectable en soi, dès lors que cela n’est pas au détriment des valeurs éthiques les plus élémentaires et que cela ne porte pas atteinte au bien-être d’autrui.

 

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

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