par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

De toute évidence, nous avons tous été enfants : il y a plus ou moins longtemps, dans des pays et des lieux divers, dans des milieux culturels et familiaux différents, dans des contextes sociétaux, politiques et économiques variés… Nous avons tous des souvenirs de cette période de notre vie ; certains sont bons et nous font du bien lorsque nous nous les rappelons ; d’autres sont mauvais et nous font du mal lorsqu’ils nous viennent à l’esprit. À moins de souffrir un jour d’une maladie qui altère la mémoire, ces souvenirs, bons et mauvais, nous accompagnent tout au long de notre existence, jusqu’à l’instant ultime de notre mort, et même au-delà… Dès l’adolescence, tout être humain est l’héritier de son enfance, et cet héritage exerce une grande influence sur l’adulte qu’il devient au fil des années.

Existe-t’il une enfance idéale ? Certainement, tout en sachant que l’on ouvre là les portes de l’utopie. Le plus important pour un enfant est bien sûr d’être aimé de ses parents ou de ceux et celles qui assument cette responsabilité. Lui dire régulièrement qu’on l’aime est également très important pour lui permettre de se construire sur le plan affectif. Mais cet amour qui lui est porté et manifesté ne doit pas donner lieu à une éducation permissive ou laxiste, auquel cas il manquera plus tard de repères pour vivre correctement en société. Savoir dire « non », poser des interdits et des obligations, définir des règles de comportement, est une nécessité pour qu’un enfant comprenne qu’il y a des choses qui se font et d’autres non, tant à l’égard de lui-même que des autres. Pour reprendre une formule qui m’est chère, il importe qu’il sache dès le plus jeune âge que la vie en général comporte autant de devoirs que de droits.

Coménius, célèbre Rosicrucien du XVIIesiècle, Père spirituel de l’U.N.E.S.C.O., a écrit dans son livre « L’Éducation universelle » que deux choses sont essentielles pour bien élever un enfant, au sens d’élever sa conscience et son intelligence vers les plus hauts sommets : l’éducation et l’instruction. La première est de la responsabilité des parents et consiste à lui inculquer des valeurs éthiques (on disait autrefois « morales ») ; la seconde est du ressort des enseignants et a pour but de lui transmettre des connaissances et des savoir-faire. Il est un fait que les deux sont indispensables pour donner à un enfant les meilleures chances, non seulement de réussir dans la vie, mais également de réussir sa vie. Il appartient donc aux adultes de faire le nécessaire et d’assumer ainsi leurs devoirs vis-à-vis de l’enfance, afin qu’elle laisse à chacun le souvenir d’avoir été aimé, éduqué et instruit.

Dans nombre de textes, il est dit de l’enfance qu’elle est « le temps de l’innocence ». C’est effectivement ce qu’elle devrait être, mais tel n’est malheureusement pas le cas pour un très grand nombre d’enfants : combien parmi eux sont confrontés à la guerre, souffrent de la faim, vivent dans la pauvreté, voient leurs parent se déchirer, sont battus, ont été violés ? Et lorsqu’ils ont la chance d’échapper à de telles épreuves et à de tels crimes, leur innocence est confrontée aux dérives et aux déviances de la société : violence, pornographie, incivilité, individualisme, matérialisme, transhumanisme…, de sorte que beaucoup d’entre eux “vieillissent avant l’heure.” Vous noterez que dans tous les cas, ce sont des adultes qui, à un moment donné, portent atteinte à l’enfance et brisent la confiance qu’elle devrait avoir en l’être humain. Pourtant, tous ces adultes ont été des enfants et ont certainement rêvé à un monde heureux, paisible et fraternel. Mais avaient-ils été aimés, éduqués et instruits ?

 
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