À propos de l’indépendance

À un moment donné de leur existence, généralement vers l’adolescence, la plupart des individus ont besoin de s’émanciper du giron familial et d’accéder à leur indépendance. C’est là un désir et un besoin qui s’expliquent par le fait que l’être humain possède le libre arbitre et qu’il est dans sa nature de vouloir l’appliquer. Son émancipation est donc une nécessité pour forger sa personnalité et prendre en main son destin. Vous noterez qu’il en est de même chez les animaux, les uns quittant le nid, les autres le terrier ou la tanière, pour mener leur vie de manière indépendante.

L’indépendance ne se limite pas à vouloir «quitter le nid familial» et «voler de ses propres ailes». Chez certaines personnes, elle correspond également à un état d’esprit qui les incite à ne vouloir appartenir à aucun groupe ou mouvement, qu’il soit d’ordre politique, religieux, philosophique ou autre. Cette indépendance d’esprit leur donne le sentiment d’être autonomes dans leur manière de penser, de parler et d’agir. Autrement dit, elles pensent échapper ainsi à toute influence, toute pression et toute manipulation. Une telle volonté est respectable en soi et correspond parfois à un choix rendu nécessaire par le métier ou l’activité que l’on exerce. La question qui se pose alors est de savoir si le fait de penser que l’on est indépendant est effectivement un gage d’indépendance.

En règle générale, une personne indépendante d’esprit se préoccupe peu de ce que les autres pensent d’elle et ne se sent pas obligée de suivre les modes (vestimentaire, littéraire, musicale ou autre). Elle n’est donc pas ou très peu influençable dans sa façon d’être. Par ailleurs, elle a généralement le sens des responsabilités et assume ses choix, au risque même d’être incomprise ou mal jugée. Cela suppose d’avoir une certaine sagesse, ce qui explique pourquoi l’indépendance est une qualité que peu d’individus possèdent.

«Indépendance» ne veut pas dire «neutralité». En effet, on peut être indépendant dans sa manière de penser et dans ses choix, sans pour autant être neutre sur tel ou tel point concernant la vie en société. Par ailleurs, être neutre sur certaines questions n’est pas nécessairement une marque de lâcheté, comme certains le pensent. Personnellement, il m’arrive de l’être à propos de sujets que je connais mal ou sur lesquels je n’ai pas d’avis précis, sans pour autant avoir le sentiment d’être lâche. La neutralité est même parfois une preuve de sagesse lorsqu’elle a pour but d’apaiser une situation conflictuelle et de ne pas «mettre de l’huile sur le feu».

Il ne faut pas non plus confondre «indépendance» et «indifférence». En effet, l’indifférence peut aller jusqu’à ne prêter aucune attention ni aucun intérêt aux autres, y compris à ceux qui souffrent, vivent dans la pauvreté ou sont dans le plus grand dénuement. C’est là une attitude égoïste qui s’accompagne généralement d’un manque d’empathie et de compassion. Malheureusement, cette attitude a tendance à se développer, car la société est de plus en plus individualiste, de sorte que de plus en plus de personnes ne se préoccupent que de leur intérêt et de celui de leurs proches. Rappelons-nous les paroles du chanteur Gilbert Bécaud : «Ce qui détruit le monde, c’est l’indifférence.»

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix