À propos de la communication

De nos jours, on parle beaucoup de «communication», au sens propre comme au sens figuré. Dans le premier cas, elle a vraiment pour but de communiquer, c’est-à-dire d’échanger et d’informer ; dans le second, elle vise plutôt à attirer l’attention sur soi. Cette double tendance s’exprime aussi bien à travers les médias classiques (presse écrite, radio et télévision) que sur internet. Il en résulte une grande confusion, car il n’est pas toujours évident de faire la part entre le vrai et le faux, l’info et l’“intox”, la communication et la “com”. Même les personnes les plus avisées, je pense notamment aux journalistes, ont du mal à faire la part des choses, d’autant que certains d’entre eux ont tendance à mélanger les deux genres.

Comme c’est le cas de quasiment tous les domaines de l’activité humaine, la communication s’est emballée et fait coûte que coûte du remplissage, à l’instar des “informations” en boucle et en continu sur certaines chaînes de télévision. Que ce que l’on communique soit intéressant ou non, important ou non, utile ou non, fondé ou non, vérifié ou non, on fait en sorte qu’un maximum de personnes soient touchées, aidé en cela par des «moyens de communication» qui permettent de le faire instantanément et d’un bout du monde à l’autre. Désormais, il n’y a pratiquement plus de limite technique dans ce domaine ; les seuls qui existent encore sont celles que nous nous imposons.

Alors que nous communiquons de plus en plus via les médias et internet, nous prenons de moins en moins le temps d’échanger avec nos proches, nos voisins ou l’inconnu à côté duquel nous sommes assis dans le car, le train, le métro ou l’avion. Lors d’un repas de famille, il vous est certainement arrivé de constater que nombre de personnes se préoccupaient davantage des sms qu’elles recevaient ou qu’elles envoyaient, que de leurs voisins de table. Dans la rue, combien ont le portable collé à l’oreille ou l’œil vissé sur l’écran ? Pour éviter tout accident, on en est même venu à créer des pistes pour les “accros du smartphone”. Est-ce bien raisonnable ? Quelle sera la prochaine étape dans cet excès de “communication” ?

Un autre point est très préoccupant : internet permet de communiquer d’une manière anonyme. C’est la porte ouverte à la médisance, la calomnie et la diffamation. Et s’il est déjà très difficile d’obtenir gain de cause dans les médias classiques, cela est quasiment impossible sur internet. Dans ce domaine, la technologie a évolué beaucoup plus vite que les consciences et la jurisprudence. À cela s’ajoute le fait qu’il y a toujours des hébergeurs sans scrupule qui opèrent depuis des pays qui rendent impossible toute procédure. À quand un cadre juridique international qui mettrait tout internaute face à ses responsabilités ? Naturellement, l’idéal serait que chacun fasse preuve d’éthique, mais c’est là une utopie.

Un adage énonce : «Si ce que tu t’apprêtes à dire n’est pas plus beau que le silence, abstiens-toi de parler». En le paraphrasant quelque peu, on pourrait ajouter : «Et si ce que tu t’apprêtes à écrire n’a pas vraiment d’intérêt ou n’est pas conforme à la vérité, renonce à le faire». Nous sommes bien loin de cet idéal de comportement en matière de communication. En ce qui me concerne, j’espère que le jour viendra où nous ferons preuve de beaucoup plus de sagesse et de modération dans ce domaine, afin que les échanges, via internet, smartphone ou autre, soient harmonieux, utiles et constructifs.

Serge Toussaint

Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix