À propos de la grossièreté et de la vulgarité

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

Pourquoi un tel sujet, qui a priori n’a rien de philosophique ou de mystique ? Tout simplement parce que j’ai toujours éprouvé une certaine aversion à l’égard de la grossièreté et de la vulgarité, et qu’elles me semblent de plus en plus présentes dans la vie courante. Et si elles étaient jadis l’“apanage” d’individus plutôt “rustres” et associaux, ce n’est plus le cas de nos jours. De plus en plus de personnes instruites, cultivées, occupant un rang social “élevé”, exerçant une profession “intellectuelle”, se montrent grossières et (ou) vulgaires dans leur manière de parler et d’agir, ce qui me semble très regrettable.

Qu’en est-il donc de la grossièreté ? D’une manière générale, c’est l’attitude qui consiste à manquer de finesse, notamment dans sa façon de parler. Au risque de paraître quelque peu puéril, c’est dire beaucoup de “gros mots” et de jurons lorsque l’on s’exprime, que ce soit en petit comité ou en public. Certaines le font “naturellement”, par habitude de langage ; d’autres le font délibérément, afin de choquer et de provoquer ; d’autres encore pensent que cela fait “d’jeuns”, ce qui, de mon point de vue, est une insulte à l’intelligence des jeunes et à leur discernement.

Si la grossièreté se limite généralement au langage, la vulgarité, quant à elle, inclut la gestuelle, le comportement et les centres d’intérêt. Elle est à la fois indélicatesse, impudeur, mauvais goût, muflerie, impolitesse, trivialité, obscénité… Lorsqu’elle est profondément ancrée chez un individu, elle traduit généralement une personnalité qui manque d’élévation morale, de finesse, d’élégance, de délicatesse, de distinction… Être vulgaire, que ce soit par tempérament, par provocation ou par opportunisme, c’est faire preuve d’une certaine indignité et d’un certain avilissement.

S’il y a des personnes grossières et (ou) vulgaire par tempérament (c’est là un constat et non un jugement), il y en a aussi, comme je l’ai dit précédemment, qui s’adonnent délibérément à la grossièreté et (ou) à la vulgarité. Et parmi elles, certaines, hélas, sont très en vue : journalistes, animateurs, politiques, chroniqueurs, sportifs, chanteurs, humoristes… Chaque fois qu’elles le font, je ne peux m’empêcher de le déplorer intérieurement, car elles donnent un mauvais exemple aux jeunes générations et banalisent une manière de parler et d’agir qui contribue à l’abaissement du sens moral. Si ces personnes ont des enfants, est-ce là ce qu’elles attendent d’eux dans leur manière de se comporter ?

Au risque de paraître trop rigide ou trop prude, je pense sincèrement que la grossièreté et la vulgarité avilissent les mœurs. Bien sûr, il peut arriver à tous de “déraper” et de se montrer un tant soit peu grossier, voire vulgaire, lors d’un moment d’égarement, car personne n’est parfait. Mais en faire une mode, un élément distinctif, un moyen de provocation ou un “fonds de commerce” me semble affligeant et navrant. Tout aussi affligeante et navrante me semble la complaisance d’un grand nombre d’individus à l’égard de tels comportements, car je pense que le langage employé dans la vie courante reflète l’état d’esprit et le niveau de conscience de la société en général.