A propos de la pudeur

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Dans le cadre de ce que l’on a appelé «La libération des mœurs», qui s’est produite à la fin des années 60 dans de nombreux pays et s’est poursuivie dans les décennies suivantes, on en est venu à considérer la pudeur comme une fausse valeur, une posture sclérosante, une pruderie annihilante, la marque d’un individu « coincé », etc. C’est ainsi qu’il est devenu courant de s’exhiber nus sur les écrans de télévision, les places publiques, les terrains de sport, etc., sans parler de l’exploitation que les médias, la publicité, Internet, etc., font de l’impudeur en général.

Mais l’impudeur ne se limite pas à l’exposition de l’intimité physique ou de la nudité corporelle ; elle s’étend de plus en plus à la vie privée et sentimentale. Désormais, il est courant de rendre publics ses états d’âme, ses problèmes psychologiques, ses querelles familiales, ses fantasmes, etc. Autant d’épanchements qui me semblent impudiques et qui alimentent une tendance en vogue : le voyeurisme. De mon point de vue, cette forme d’exhibitionnisme n’apporte rien de positif à ceux qui s’y adonnent, pas plus qu’à ceux qui la regardent ou l’écoutent.

Je pense que la pudeur est quelque chose d’inné et de naturel. C’est ainsi qu’un enfant devient pudique à partir d’un certain âge et évite d’être vu nu, y compris par ses proches. De même, en grandissant, il est enclin à garder pour lui ce qu’il sait être intime, personnel et privé. S’il en est ainsi, c’est parce que tout être humain est doué d’une conscience qui l’incite à se protéger du jugement des autres et à chercher en lui la solution à ses problèmes personnels. Cela ne veut pas dire que l’on doit tout garder pour soi et ne jamais se confier, mais de là à se confesser publiquement, sans aucune retenue !

Si vous admettez comme moi que l’être humain est pudique par nature, alors pourquoi cette dérive qui pousse de plus en plus de personnes à exhiber leur nudité à la moindre occasion ? Je pense qu’elles voient là le moyen de se faire remarquer et d’attirer l’attention. Pourtant, qu’y a-t-il d’admirable, de respectable, de méritoire, etc., à s’exhiber ainsi ? De même, n’est-il pas pathétique de voir ou d’entendre des personnes qui, pour faire parler d’elles, vont jusqu’à livrer au public les aspects les plus intimes de leur vie familiale et privée ? Malheureusement, la société actuelle favorise et exploite ce genre d’exhibition qu’elle a même érigé en mode.

Naturellement, il ne s’agit pas de prôner une pudeur excessive en toutes circonstances, car cultiver l’inhibition n’est pas mieux qu’encourager l’exhibition. Comme de nombreux Rose-Croix, je pense néanmoins que l’impudeur traduit une absence de respect à l’égard de soi-même et des autres. Dans les cas extrêmes, elle est une forme exacerbée d’égotisme, voire de narcissisme. Quoi qu’il en soit, elle ne devrait pas être banalisée, et encore moins encouragée, comme c’est le cas de nos jours.

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

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