À propos des diamants et autres pierres précieuses

Nul ne peut dire précisément à quelle époque l’homme a considéré que telle pierre était précieuse, ni de quelle manière il est entré en sa possession. Durant la préhistoire ? À l’aube de l’Antiquité ? Ce que l’on sait en revanche, c’est que la notion de «pierre précieuse» existait déjà dans les civilisations les plus anciennes. (Mésopotamie, Inde, Égypte, Israël, Mexique…). À titre d’exemple, on peut lire dans l’Ancien Testament, à propos de la Jérusalem céleste : « La muraille était construite en jaspe, et la ville était d’or, pur comme du cristal ; les soubassements du mur de la ville étaient diaprés de toutes sortes de pierres précieuses : le premier de jaspe, le deuxième de saphir, le troisième de calcédoine, le quatrième d’émeraude, le cinquième de sardonyx, le sixième de cornaline, le septième de chrysolithe, le huitième de béryl, le neuvième de topaze, le dixième de chrysoprase, le onzième d’hyacinthe, le douzième d’améthyste ».

Comme l’attestent les écrits de quasiment toutes les religions, les pierres précieuses ont toujours fait partie intégrante de l’ornement des temples, églises, synagogues, mosquées et autres lieux consacrés aux rites religieux. Certains vêtements portés par les officiants, de même que certains objets utilisés par eux lors des cérémonies, sont ornés de diamants, d’émeraudes, de saphirs, etc. Quant aux pièces de tissus (nappes, napperons, rideaux, etc.) brodés d’or et d’argent, il en existe une infinité. Certains fidèles n’apprécient pas ce faste ostentatoire, car ils voient là une contradiction avec le fait que les religions ont tendance à fustiger la richesse et à en appeler à la compassion envers les plus pauvres.

Mais c’est la royauté, et d’une manière générale le pouvoir politique, qui se sont le plus employés à rendre ostentatoire leur attrait pour les pierres précieuses. Pourquoi ? Parce que dans l’esprit de la plupart de ceux et de celles qui régnaient ou gouvernaient, de telles pierres étaient synonymes de richesses, et la richesse synonyme de puissance temporelle : bagues, colliers, bracelets, lustres… plus précieux les uns que les autres pour parer les personnes royales et orner les lieux où elles vivaient. Désormais, ces parures et ces ornements font partie du patrimoine de l’humanité.

Mais dans l’absolu, qu’est-ce qui fait qu’une pierre est «précieuse» ? Sa pureté ? Sa beauté ? Sa rareté ? De nos jours plus encore que par le passé, ne serait-ce pas plutôt le prix souvent faramineux auquel elle se vend et s’achète ? Vous avez d’ailleurs certainement remarqué que lorsqu’il est question de pierres précieuses ou autres diamants, c’est souvent ce qu’il en coûterait pour les posséder qui est mis en avant. Autrement dit, c’est sa valeur marchande. Or, cette valeur est arbitraire et subjective, car la nature ne vend rien. Par ailleurs, l’expérience prouve que la plupart des gens sont incapables de faire la distinction entre de “vraies” et de “fausses” pierres précieuses.

La valeur marchande que les hommes ont attribuée aux pierres précieuses pourrait prêter à sourire si elle n’était à l’origine de guerres, de conflits, de corruption, de trafics illégaux… Peut-être avez-vous vu le film «Blood diamants» (diamants de sang), avec Léonardo DiCaprio dans le rôle principal. Ce film, intense et souvent dur, montre bien que dans nombres de pays “producteurs”, c’est avant tout au prix du sang que les diamants sont extraits du sol puis revendus à travers des filières de type souvent mafieux. Quoi qu’il en soit, il me paraît évident que le plus beau des joyaux, celui dont nous devons prendre le plus grand soin, n’est autre que notre âme. À nous de lui donner la pureté, la beauté et l’éclat de la sagesse…

Serge Toussaint

Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix