Au sujet de l’art

« L’art doit faire appel à l’émotion beaucoup plus qu’à la raison, car il est du domaine de l’âme et non de l’intellect. Dès lors que l’on doit analyser et “décortiquer” une œuvre pour en comprendre le sens premier, on se situe alors davantage dans la spéculation intellectuelle que dans le sentiment artistique. Cela suppose qu’une peinture ou une sculpture doit susciter une impression d’esthétique et de beauté au moment même où on la regarde. Naturellement, on peut réfléchir ensuite sur la technique employée, mais cette réflexion n’intervient a posteriori que pour mesurer la maîtrise de l’artiste et saisir les subtilités qu’il a su exprimer. Ce principe s’applique tout aussi bien à la musique et à la danse, où le ressenti doit primer sur le réfléchi. À titre d’exemple, si l’on écoute la “Sonate au clair de lune” de Beethoven, c’est d’abord la beauté musicale de ce que l’on entend qui séduit, et non les partitions qui lui servent de base. De même, si le “Lac des cygnes” de Tchaïkovski constitue véritablement une œuvre d’art, c’est parce la chorégraphie de ce ballet touche spontanément les émotions. Et si même un athée est émerveillé par l’architecture d’une cathédrale, c’est parce qu’elle émeut son âme, même s’il en nie l’existence. »

Extrait de «  L’utopie rosicrucienne »