Histoires de Sagesse : 1

Email this to someoneShare on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+

Comme vous le savez, il existe dans toutes les traditions des histoires qui allient humour et sagesse. Souvent, leur profondeur n’a d’égale que leur simplicité, ce qui explique pourquoi elles parlent autant au cœur qu’à l’âme.

Dans cette rubrique, je vous propose de publier régulièrement des histoires que l’on m’a rapportées, que j’ai lues dans certains écrits, ou que j’ai imaginées. Si vous-même en connaissez et souhaitez les partager avec ceux et celles qui consultent ce blog, n’hésitez pas à me les adresser.

1. Le paradis et l’enfer

Un samouraï se présenta devant le maître zen Hakuin et lui demanda :

– Y a-t-il réellement un paradis et un enfer ?

– Qui es-tu ? demanda le maître.

– Je suis un samouraï…

– Toi, un guerrier ? s’exclama Hakuin. Mais regarde-toi. Quel seigneur voudrait t’avoir à son service ? Tu as l’air d’un mendiant.

La colère s’empara du samouraï. Il saisit son sabre et le dégaina. Hakuin poursuivit :

– Ah bon, tu as même un sabre ? Mais tu es sûrement trop maladroit pour me couper la tête.

Hors de lui, le samouraï leva son sabre, prêt à frapper le maître. À ce moment, celui-ci dit :

– Ici s’ouvrent les portes de l’enfer.

Surpris par la tranquille assurance du moine, le samouraï rengaina son sabre et s’inclina.

– Ici s’ouvrent les portes du paradis, lui dit alors le maître.

Rûmi

2. Le croyant et l’athée

Si Dieu existait, dit un athée à un croyant, il n’y aurait ni guerre, ni misère, ni souffrance en ce monde.

– Mais, lui répond le croyant, qui fabrique et largue des bombes ? Qui commet des crimes, des attentats et des assassinats ? Qui viole les lois de la nature, au point de s’en rendre malade ?

– Certes, c’est l’homme, répond le athée. Mais ne dit-on pas que Dieu l’a créé à Son image ?

– Effectivement, confirme le croyant. C’est pour cela que la plupart d’entre eux en appellent à la paix, que beaucoup s’emploient à traquer les criminels, les terroristes et les assassins, que tant de médecins et de chirurgiens se consacrent à guérir les malades et à soulager ceux qui souffrent…

3. Deux moines

Deux moines pèlerins arrivèrent dans une ville où une femme attendait qu’on l’aide à descendre de sa chaise à porteurs. La pluie avait laissé des flaques très profondes, et la femme ne pouvait les traverser sans salir sa robe. Elle était immobile, l’air impatient, très en colère, et grondait ses serviteurs. Ne sachant pas où poser les paquets qu’ils portaient pour elle, ils ne pouvaient l’aider à franchir les flaques.

Le plus jeune moine remarqua la femme, ne dit rien, et poursuivit son chemin. Le plus vieux la souleva d’un seul geste, la jucha sur son dos, lui fit traverser l’eau et la déposa de l’autre côté. Après quoi, sans un mot de remerciement pour le vieux moine, la femme se contenta de le renvoyer puis tourna les talons.

Comme les deux moines avaient repris leur marche, le plus jeune, l’air préoccupé, ruminait cette histoire. Au bout de plusieurs heures, incapable de garder le silence plus longtemps, il éclata :

– Cette femme, tout à l’heure, a été très égoïste et grossière. Tu l’as prise sur les épaules pour l’aider à traverser l’eau et, en retour, elle ne t’a même pas remercié !

– J’ai porté cette femme il y a deux heures, répondit le vieux moine. Pourquoi, toi, continues-tu à la porter ainsi ?

Histoire zen

4. Le vice et la vertu

Tandis qu’il prospecte dans la rue, le vice croise la vertu et l’interpelle sur un ton moqueur :

– Où vas-tu donc, demande le vice.

– Là où on fait appel à moi, répond la vertu.

– Et toi, demande la vertu au vice, où vas-tu ?

– Là où tu n’es pas.

– Alors que fais-tu là ?

– Je regarde où tu vas, afin de ne pas y aller.

– Pourquoi ?

– Parce que là où tu es, là je ne peux être.

5. La baignoire

Nasrudin avait acheté une baignoire et l’avait installée dans son jardin au bas duquel coulait une rivière. Un de ses amis le trouva en train d’aller chercher frénétiquement de l’eau à la rivière pour remplir la baignoire qui, par ailleurs, n’étant pas bouchée, se vidait par le fond.

– Nasrudin, ne vois-tu pas que la baignoire n’est pas bouchée et que l’eau s’écoule dans la poussière ? Pourquoi gâcher ainsi cette eau ?

– C’est que je veux remplir la baignoire, dit Nasrudin, en continuant ses allées et venues frénétiques vers la rivière.

Bientôt, la baignoire déborda, car Nasrudin la remplissait plus vite qu’elle ne se vidait. Pourtant, ce dernier alla chercher un nouveau sceau d’eau qu’il jeta sur la baignoire déjà pleine. Celle-ci déborda sur ses pieds et éclaboussa son ami.

– Hé Nasrudin ? Ne vois-tu pas que la baignoire déborde et que je suis trempé par ta faute ?

– Et toi, rends-toi compte ! Si je ne vois pas que l’eau s’écoule par le bas, comment pourrais-je voir que la baignoire déborde par le haut ?

6. Le sourd et l’aveugle

Un sourd voit un aveugle qui s’apprête à traverser la rue. Conscient du danger, il se dirige vers lui et lui propose de le guider.

Tandis qu’ils traversent ensemble, le sourd, quelque peu désabusé, dit à l’aveugle :

– Finalement, vous avez de la chance d’être aveugle, car cela vous évite de voir toute la laideur qui existe en ce monde.

Ignorant que la personne qui l’aide à traverser est sourde, l’aveugle lui répond :

– Et si j’avais été sourd plutôt qu’aveugle, m’auriez-vous dit que j’ai de la chance de ne pas entendre toutes les sottises de ce monde ?

7. L’éléphant

Des Indous avaient amené un éléphant ; ils l’exhibèrent dans une maison obscure. Plusieurs personnes entrèrent, une par une, dans le noir, afin de le voir.

Ne pouvant le voir des yeux, elles le tâtèrent de la main. L’une posa la main sur sa trompe ; elle dit: Cette créature est tel un tuyau d’eau.

L’autre lui toucha l’oreille : elle lui apparut semblable à un éventail.

Lui ayant saisi la jambe, une autre déclara : C’est un pilier.

Après lui avoir posé la main sur le dos, une autre dit : En vérité, c’est un trône.

De même, chaque fois que quelqu’un entendait une description de l’éléphant, il se l’imaginait d’après la partie qui avait été touchée.

Si chacun avait été muni d’une chandelle, leurs paroles n’auraient pas autant différé.

Rûmi

8. L’humilité et l’orgueil

Lors d’un cocktail, l’orgueil et l’humilité se mêlent aux participants puis échangent leurs impressions :

– Je suis très content d’être venu, dit l’orgueil à l’humilité. C’est à qui se vante, se fait remarquer, se met en valeur, monopolise la parole… Quel bonheur. Et toi, qu’en penses-tu ?

– Plus tu es joyeux, et plus je suis triste, répond l’humilité.

– Pourquoi, demande l’orgueil.

– Parce que plus tu parles, moins on m’entend.

9. L’archer et le moine

Un archer parcourait la forêt depuis des heures à la recherche de gibier. Il finit par relever les traces d’un cerf et se mit à les suivre. En passant près d’un sanctuaire où vivait un Maître Ch’an, il en profita pour lui demander s’il avait vu passer le cerf qu’il traquait.

– Ah bon, vous chassez les cerfs, répliqua le vieux moine. Mais, dites-moi, combien pouvez-vous en toucher avec une flèche ?

– Un seul, répondit le chasseur.

– Eh bien, vous vous donnez beaucoup de peine pour si peu.

– Que voulez-vous dire ? Et puis, que connaissez-vous du tir à l’arc ?

– Je pratique moi-même l’art du tir, affirma le moine Chian.

– Alors, combien pouvez-vous en toucher avec une flèche, demanda ironiquement le chasseur.

– Tout le troupeau.

– C’est impossible.

– Si, mais je dois vous avouer qu’il y a une méthode pour y parvenir.

– Ah oui, et laquelle ?

– Il faut apprendre à se tirer soi-même jusqu’à ne plus se manquer.

On dit que le chasseur, confronté à ce problème apparemment insoluble, eut soudain un éveil, un “satori” comme disent les Maîtres Zen. Il décida de s’attacher aux pas du vieux moine pour apprendre l’art de viser son propre cœur.

Histoire zen

10. La richesse et la pauvreté

Le hasard, dont on dit qu’il n’existe pas, fait qu’un jour la richesse rencontre la pauvreté au coin d’une rue.

La richesse, ignorant ce qu’il en est de la pauvreté, lui dit à mi-voix :

– Je suis vraiment très heureuse de vous rencontrer. Mais, dites-moi, est-il vrai que votre royaume s’étend au monde entier et que pas un seul pays n’échappe à votre emprise ? Quelle puissance ! Comme je vous envie !

– Si vous le souhaitez, lui propose la pauvreté, je ne demande pas mieux que de partager mon royaume avec vous.

– Je ne sais comment vous remercier, lui susurre la richesse. Soyez assurée que vous ne le regretterez pas.

– J’en suis certaine…

11. Ceux qui savent…

Nasreddin Hodja, au cours d’un sermon, demanda à l’assemblée :

– Savez-vous quel est le sujet de mon sermon d’aujourd’hui ?

– Non, nous ne savons pas.

– Puisque vous ne savez pas, que voulez-vous que je vous dise ? Puis il descendit de sa chaire.

La semaine suivante, il posa la même question. Cette fois, l’assemblée répondit :

– Oui, nous savons.

– Alors, dans ce cas, je n’ai rien à vous dire.

À la sortie de la mosquée, les hommes se rassemblèrent et décidèrent que la semaine suivante, si on posait la même question, la moitié répondrai oui, l’autre non.

La semaine suivante, Nasreddin Hodja posa à nouveau la question. Certains dirent oui, d’autres non.

– Puisque c’est ainsi, que ceux qui savent apprennent à ceux qui ne savent pas….

12. Le courage et la paresse

Assise sur un banc à ne rien faire, la paresse voit passer le courage qui marche d’un pas pressé. Elle l’interpelle et lui dit :

– Assieds-toi et parlons un moment. J’ai beaucoup de choses à te dire.

– Eh bien moi, lui répond le courage, j’ai beaucoup de choses à faire, et je n’ai pas le temps de paresser.

– Qu’est-ce qui te fait dire que je paresse ?

– Ton empressement à vouloir que je m’arrête.

13. Le renard et le lion

Un homme découvrit un jour un renard sans pattes. Curieux de savoir comment il pouvait se maintenir en vie, il décida de l’épier. Bientôt, il vit arriver un lion, de la viande dans la gueule. Le lion en mangea un peu et laissa le reste ; le renard en fit son repas.

Notre homme, qui avait observé toute la scène, en conclut qu’il devait faire de même : la Providence ne pouvait faire autrement que de lui accorder le même traitement ! Il attendit longtemps… Tout ce qui arriva, c’est qu’il devint de plus en plus faible. Enfin, un jour, il entendit une voix lui dire : Ne te conduis pas comme un renard estropié ! Sois un lion, de sorte que tu puisses acquérir quelque chose et en laisser aux autres !

Histoire soufie

14. La sagesse et la folie

La sagesse et la folie observent le monde et échangent leur point de vue.

– Vois, dit la folie, malgré tous les efforts que tu fais pour inspirer les hommes, ils sont de plus en plus fous : fous de pouvoir, fous de domination, fous de célébrité, fou de richesse, et même fous de Dieu.

– Mais j’en vois qui sont plutôt sages, lui répond la sagesse.

– Ce n’est qu’une question de temps. Eux aussi finiront par succomber à mon emprise.

– Tu te trompes. Ce sont ceux que tu dis être fous qui finiront par être sages.

– Qu’en sais-tu ?

– Folie tu es ; sagesse je suis !

15. Un aveugle

Un aveugle chemine dans la nuit, une lanterne à la main. Un passant l’arrête :

Qu’avez-vous besoin d’une lanterne, dit-il, puisque vous êtes aveugle ?

C’est pour que les autres me voient et ne me heurtent pas la nuit, répond l’aveugle.

L’aveugle poursuit son chemin. Tout à coup, il est précipité à terre par un autre passant.

N’avez-vous pas vu ma lanterne ?, lui dit l’aveugle.

Mais votre lanterne est éteinte !

L’aveugle rallume sa lanterne et poursuit sa route en veillant à ce qu’elle soit bien protégée du vent. Un peu plus loin, le voilà de nouveau bousculé et renversé.

N’avez-vous pas vu ma lanterne ?

Excusez-moi, mais je suis aveugle.

16. L’avidité et le détachement

Depuis sa vaste demeure, l’avidité observe le monde avec convoitise, se demandant ce qu’elle pourrait bien posséder de plus. C’est alors que le détachement passe devant chez elle et lui dit :

– Quelle abondance de biens ! Que de choses en votre demeure ! Ne craignez-vous pas qu’on vous les dérobe ?

– Si, lui répond l’avidité, mais je veille jour et nuit à ce que personne ne pénètre chez moi.

– À quoi bon tous ces biens si vous n’en profitez pas et si vous craignez tant de les perdre ?

– À me dire qu’ils sont à moi et que d’autres aimeraient les posséder. Mais vous, qu’êtes-vous venu faire ici ?

– Je suis venu voir avec bonheur tout ce que je n’aimerais pas posséder.

17. Paraboles sur la vie moderne

Les animaux organisèrent une assemblée et commencèrent à se plaindre de ce que les hommes leur prenaient constamment des choses.

Ils prennent mon lait, dit la vache.

Ils prennent mes œufs, dit la poule.

Ils prennent ma chair, dit le cochon.

Ils me chassent pour mon huile, dit la baleine.

Et ainsi de suite.

Finalement, la limace prit la parole :

J’ai quelque chose qu’ils aimeraient avoir plus que tout ; quelque chose qu’ils me prendraient certainement s’ils le pouvaient : le temps que je prends

18. La vie et la mort

Une fois encore, la mort descend sur Terre pour accomplir son office parmi les hommes. Tandis qu’elle s’approche de l’enfant qu’elle s’apprête à emporter avec elle, elle interpelle la vie et lui dit, avec une certaine arrogance :

– Tu vois, même toi, que l’on dit si puissante, ne peut m’empêcher d’emporter cet enfant.

– Crois-tu vraiment que c’est toi qui décides qui va mourir, quand et comment ?

– Bien sûr. Depuis que le monde est monde, je décide de la mort de chacun, sans jamais faillir.

À peine avait-elle achevé sa phrase que l’enfant ouvrit les yeux et sourit à la vie, guéri de la maladie qui devait l’emporter.

19. Les pissenlits

Un homme qui était très fier de sa pelouse se retrouva aux prises avec une quantité importante de pissenlits. Il essaya toutes les méthodes qu’il connaissait pour s’en débarrasser. Mais ils étaient toujours là.

Finalement, il écrivit au ministère de l’Agriculture. Il fit part de tous les moyens qu’il avait utilisés et conclut sa lettre en demandant : Qu’est-ce que je dois faire maintenant ?

La réponse vint par le retour du courrier : Nous vous conseillons d’apprendre à aimer les pissenlits.

 

20. Le bien et le mal

Comme à son habitude, le mal interpelle le bien, auquel il s’oppose constamment en incitant les hommes à être malveillants les uns envers les autres.

– Vois-tu, dit le mal, je suis pareil à la nuit qui plonge les hommes dans l’obscurité la plus sombre et leur permet d’accomplir leurs méfaits sans être vus.

– Moi, répond le bien, je suis comme la lumière qui les éclaire et révèle aux yeux de tous ce qu’ils font de mieux.

– Certes, mais tu mets aussi en lumière ce qu’ils font de pire, ce qui ajoute à ma puissance.

– Cela prouve au contraire que je suis beaucoup plus puissant que toi, car une simple flamme suffit à éclairer les ténèbres, alors que l’obscurité n’a pas de prise sur la lumière.

>Suite

Email this to someoneShare on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+