Histoires de Sagesse : 2

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21. Les pieds tournés vers la Mecque

Un soufi partit en pèlerinage pour La Mecque. À la périphérie de la ville, il s’assit sur le bord du chemin, épuisé par le voyage. À peine s’était-il endormi qu’il fut éveillé par un pèlerin en colère :

C’est l’heure où tous les croyants inclinent la tête vers La Mecque, et toi, tu as les pieds pointés vers le saint sanctuaire. Quelle sorte de musulman es-tu ?

Le soufi ne bougea pas ; il ouvrit seulement les yeux et dit :

Frère, m’accorderais-tu la faveur de me mettre les pieds dans une direction où ils ne pointeraient pas vers La Mecque ?

Histoire soufie

22. La patience et l’impatience

La patience attend son tour dans une file et en profite pour méditer tranquillement. C’est alors que l’impatience, plus loin dans la file, s’exaspère :

– Je suis pressée ; je n’ai pas que cela à faire. Que ce soit là ou ailleurs, il faut toujours attendre.

L’impatience se calme quelques minutes, puis manifeste à nouveau bruyamment son mécontentement :

– Décidément, ce n’est pas possible ; cela n’avance pas !

Entendant cela, la patience décide d’intervenir. Avec calme et courtoisie, elle dit à l’impatience :

– Je t’en prie, prends ma place.

Décontenancée par une telle proposition, l’impatience se ressaisit, remercie la patience et décline son offre. Quelque peu honteuse, elle reprend sa place dans la file et attend patiemment.

23. Les experts

Considéré comme mort, un homme fut porté au cimetière par ses amis. À l’instant où on se préparait à descendre le cercueil dans la fosse, l’homme reprit vie soudainement et se mit à frapper sur le couvercle.

On ouvrit le cercueil ; l’homme se mit sur son séant : Qu’est-ce que vous êtes en train de faire ? demanda-t-il aux gens rassemblés, je suis en vie, je ne suis pas mort.

Silence d’étonnement. Finalement, l’un des assistants prit la parole : Mon ami, les docteurs aussi bien que les prêtres ont certifié que vous étiez mort. Les experts ne peuvent tout de même pas se tromper !

On referma le cercueil et l’ensevelissement se fit dans les meilleures formes.

Histoire soufie

24. La jeunesse et la vieillesse

– Je te plains, dit la jeunesse à la vieillesse. Tu vois et tu entends mal, alors que moi, je vois et j’entends bien.

– C’est vrai, lui répond la vieillesse, mais moi, je ne vois et n’entend que le bien.

25. Les deux principes

T’sin T’sang Tchou, sentant venir sa dernière heure, fait venir son fils aîné :

– Mon fils, deux principes doivent te guider dans la vie : l’honnêteté la plus absolue et la circonspection la plus grande.

– Bien, mon père. Et que considérez-vous comme l’honnêteté la plus absolue ?

– Le respect de la parole donnée.

– Et la circonspection la plus grande ?

– Ne jamais donner sa parole, mon fils.

Histoire chinoise

26. La générosité et l’égoïsme

Comme à son habitude, la générosité est occupée à faire plaisir et à donner d’elle-même. C’est alors qu’elle croise l’égoïsme, qui feint de ne pas la voir.

– Il y a beaucoup à faire, dit la générosité à l’égoïsme. Pourrais-tu m’aider, ne serait-ce qu’un moment ?

Ne voulant pas se dérober, l’égoïsme, quelque peu réticent, accorde néanmoins son aide à la générosité. Au bout d’un moment, il ne peut s’empêcher de lui dire :

– Je ne sais pas ce qui m’arrive, mais je n’ai jamais été aussi heureux.

– Es-tu certain de l’avoir déjà été, lui demande la générosité.

27. Le rubis

Un vieux sage s’installa pour la nuit sous un arbre, quand un villageois s’approcha en courant et lui dit : La pierre ! La pierre ! Donnez-moi la pierre précieuse !

Quelle pierre ? demanda le sage.

La nuit dernière, j’ai fait un rêve, dit le villageois : je rencontrai un sage sur le point de s’endormir, et celui-ci me donna une pierre précieuse qui me rendit riche à jamais.

Le sage fouilla dans son sac et en sortit un gros rubis :

C’est probablement cette pierre, dit-il en la tendant au villageois. Je l’ai trouvée dans un sentier de la forêt, il y a quelques jours. Je vous la donne.

Le villageois regarda le rubis avec émerveillement, le prit et s’éloigna. Toute la nuit, il se retourna dans son lit, incapable de dormir. Le lendemain, dès l’aube, il retourna voir le sage et lui dit :

Je ne veux pas de ce rubis, mais donnez-moi la richesse qui vous a permis de me donner cette pierre avec autant de facilité.

28. La sincérité et l’hypocrisie

Invitées à une exposition faite de pastilles blanches collées aux murs, la sincérité et l’hypocrisie se promènent parmi les invités et écoutent ce que l’on dit ici et là. Au bout de quelque temps, elles se retrouvent pour échanger leurs impressions.

– Cette exposition est vraiment magnifique, dit l’hypocrisie à la sincérité. Je n’ai entendu que des compliments. Il est vrai que l’on frôle la perfection !

– Que sais-tu de la perfection, lui demande la sincérité.

– Ce qu’en ont dit ceux qui ont trouvé belle cette exposition.

29. Le gourou et les crocodiles

Un chercheur, en quête d’un maître qui le guiderait, arriva à un ashram où prêchait un gourou qui jouissait d’une grande réputation de sainteté.

Avant de vous accepter comme disciple, je dois mettre à l’épreuve votre obéissance. Je vous demande de traverser cette rivière infestée de crocodiles.

La foi du jeune disciple était si grande qu’il traversa la rivière en criant : Que mon gourou soit loué ! Que mon gourou soit loué !

Au grand étonnement du gourou, le disciple se rendit sain et sauf jusqu’à l’autre rive.

Ceci convainquit le gourou qu’il était plus saint qu’il ne l’avait lui-même imaginé. Aussi décida-t-il de donner à tous ses disciples une démonstration de son pouvoir, afin d’augmenter sa réputation de sainteté. Il descendit donc dans la rivière en criant : Louez-moi tous ! Louez-moi tous ! Les crocodiles se jetèrent sur lui et le dévorèrent.

30. La beauté et la laideur

Un jour, la laideur, attristée d’être laide, va se confier à la beauté.

– Comme tu as de la chance d’être belle. Je t’envie : on te regarde, on t’admire, on te contemple.

– Certes, lui dit la beauté, mais ce n’est pas cela qui me rend heureuse.

– C’est quoi alors, demande la laideur.

– C’est lorsqu’on me voit au-delà des apparences.

– Mais à quoi sert la beauté si elle n’est pas apparente ?

– À montrer ce qu’est la vraie laideur, répond la beauté.

– Est-ce à dire que la laideur peut cacher la beauté ?

– Bien sûr, et tu en es la preuve vivante.

31. Le cheval blanc

Un jour, en Inde, un jeune homme vient trouver un maître pour lui demander de l’accepter comme disciple. Le maître s’informe de ce que celui-ci fait chaque jour.

– Je m’habille toujours en blanc, répond le jeune homme. Je ne bois que de l’eau ; je mets des clous dans mes chaussures pour me mortifier ; je me roule sans vêtements dans la neige ; et je demande au gardien du temple de me donner quarante coups de fouet chaque jour sur mon dos nu.

À ce moment-là, un cheval blanc entre dans la cour. Il boit de l’eau et commence à se rouler dans la neige.

– Regarde, dit le maître, cette créature est blanche ; elle ne boit que de l’eau ; elle a des clous dans ses sabots ; elle se roule dans la neige et reçoit plus de quarante coups de fouets par jour. Et pourtant, ce n’est qu’un cheval !

Histoire indienne

32. L’optimiste et le pessimiste

L’optimiste et le pessimiste regardent le soleil se coucher sur la mer :

– Ah, dit le pessimiste, encore une journée qui s’achève ; encore un jour de moins à vivre…

Feignant de ne pas l’avoir entendu, l’optimiste lui dit :

– Que c’est beau ! Que c’est magnifique ! Et dire qu’au même moment, ceux qui le regardent se lever à l’autre bout du monde commencent une nouvelle journée. Quelle chance ! 

33. Brahma et Brahma

Un yogi indien est assis en méditation au milieu d’un petit chemin, quand tout à coup, dans un vacarme assourdissant et au milieu de barrissements effrayants, un éléphant en furie se dirige vers lui.

– Sauvez-vous ! lui crie le cornac. Mon éléphant s’est échappé et il est furieux.

Le yogi réfléchit : Brahma imprègne tout l’univers. Il réside en moi, tout comme il réside dans ce frère éléphant. Pourquoi devrais-je m’écarter ? Comment Brahma pourrait-il en vouloir à Brahma ?

Quelques jours plus tard, à sa sortie d’hôpital, le yogi, troublé par cette expérience, va trouver son maître pour lui raconter son histoire :

– Maître, pourquoi Brahma-l’éléphant m’a-t-il renversé ? Pourquoi n’a-t-il pas écouté le Brahma qui est en moi ?

– Et toi, lui répondit le maître, pourquoi ne t’es-tu pas écarté ? Pourquoi n’as-tu pas suivi les conseils de Brahma-le cornac ?

Histoire indienne

34. Le comment et le pourquoi

– Moi, dit le comment au pourquoi, j’aime que l’on s’interroge sur le comment des choses : Comment l’univers est-il venu à l’existence ? Comment la vie est-elle apparue sur Terre ? Comment l’homme a-t-il évolué au cours des âges ?

– Moi, lui répond le pourquoi, je préfère que l’on s’interroge sur le pourquoi des choses : Pourquoi l’univers existe-t-il ? Pourquoi la vie est-elle apparue sur Terre ? Pourquoi l’homme a-t-il évolué au cours des âges ?

– Mais, lui dit le comment, s’interroger sur le pourquoi des choses ne sert à rien. Elles sont ce qu’elles sont, et on ne peut les changer.

– Comment le sais-tu, lui demande le pourquoi.

– Pourquoi me poses-tu cette question, lui répond le comment.

35. Le chameau

Un disciple vint à dos de chameau jusqu’à la tente de son maître soufi. Il descendit de sa monture et entra directement dans la tente, s’inclina profondément et dit :

Ma confiance en Dieu est si grande que j’ai laissé mon chameau dehors sans l’attacher.

Va l’attacher, dit le maître. Dieu ne se préoccupe pas de faire pour toi ce que tu es capable de faire.

Histoire soufie

36. La confiance et la méfiance

Alors qu’elle va de place en place pour semer la suspicion, la méfiance arrive en un lieu où règne la confiance, ce qui l’intrigue et la perturbe à la fois.

– Ne crains-tu pas, dit la méfiance à la confiance, que l’on te mente ; que l’on abuse de toi ; que l’on te trahisse ?

– Non. Si j’avais cette crainte, je ne serais pas confiance, mais méfiance.

– Qu’en sais-tu ?

– N’est-ce pas toi qui m’as posé la question ?

37. Le mauvais endroit

Un voisin trouva Nasreddin à genoux, en train de chercher quelque chose.

Que cherchez-vous, mullah ?

 Ma clé, je l’ai perdue.

Tous deux se mirent à genoux pour chercher la clé perdue. Au bout d’un certain temps, le voisin demanda : Où l’avez-vous perdue ?

Chez moi.

Mon Dieu ! Mais pourquoi la cherchez-vous ici ?

Parce qu’il y fait plus clair.

38. L’honnêteté et la malhonnêteté

Alors qu’elle peine à s’endormir, la malhonnêteté repense à la journée qui s’achève et éprouve des remords. Du plus profond d’elle-même, elle entend l’honnêteté lui dire :

– Tu vois, tu n’es pas aussi malhonnête que tu le crois !

– Qu’est-ce qui te le fait dire, lui demande la malhonnêteté.

– Les remords qui t’empêchent de dormir.

– Dans ce cas, pourquoi ne suis-je pas honnête, lui demande l’honnêteté.

– Parce que tu m’entends mais ne m’écoutes pas…

39 La prière-alphabet

Un soir, un pauvre fermier, de retour du marché, se retrouva sans livre de prière. Aussi était-il désolé de devoir terminer cette journée sans réciter ses prières.

Il s’adressa à Dieu :

Je suis vraiment désolé : j’ai quitté la maison ce matin sans emporter mon livre de prières, et ma mémoire est si faible que je ne puis dire une seule prière sans mon livre. Alors, je vais réciter l’alphabet cinq fois très lentement et Vous, qui connaissez toutes les prières, Vous mettrez les lettres ensemble pour former celles que vous préférez.

Et Dieu dit à ses anges :

De toutes les prières que j’ai entendues aujourd’hui, celle-ci est sans aucun doute la meilleure, car elle est sortie d’un cœur simple et sincère.

Histoire hassidim

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