A propos du don d’organes

Actualisé le 23/08/2018

Tout d’abord, il me semble nécessaire de préciser que l’A.M.O.R.C. n’a pas de position officielle sur le don d’organes, car il s’agit avant tout d’un phénomène de société qui engage les convictions et les choix de chacun. En ce qui me concerne, j’y suis favorable, car il permet de sauver des vies et de rendre plus supportable l’existence de nombreuses personnes. En effet, chaque jour à travers le monde, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants meurent à cause d’un organe déficient suite à une malformation, une maladie, un problème génétique ou autre. Et des millions d’autres, pour les mêmes raisons, mènent une existence éprouvante et précaire, avec tout ce qui en résulte en termes de souffrances physiques et morales.

Dans les siècles passés, le problème du don d’organes ne se posait pas vraiment, car la médecine ne possédait ni la connaissance ni les moyens techniques nécessaires. De nos jours, la science médicale sait comment procéder et dispose de la technologie voulue. Par ailleurs, l’opinion publique, tout du moins dans les sociétés modernes, est de plus en plus ouverte à cette pratique. Pour s’en convaincre, il suffit de penser aux greffes qui, bien qu’insuffisantes pour répondre aux besoins de tous ceux qui attendent un organe, ont lieu néanmoins chaque jour dans nombre de pays.

Des enquêtes ont montré que la majorité des gens sont favorables au don d’organes. Il faut savoir également que dans certains pays, tout individu est désormais considéré comme un “donneur d’office”, sauf s’il s’est inscrit sur le registre national de refus ou a rédigé un document officiel faisant état de ce refus. Il est un fait que certaines personnes sont foncièrement contre l’idée que l’on puisse leur prélever un organe au moment de leur décès, en vue de le donner à quelqu’un qui en aurait besoin. En règle générale, on trouve deux raisons majeures à cette attitude : en premier lieu, la crainte que la médecine abuse de la situation et aille au-delà du seul prélèvement, ou manque de respect à l’égard de la dépouille du donneur. En second lieu, la peur, pour de nombreux croyants, d’aller à l’encontre de la volonté de Dieu ou de franchir le seuil de l’au-delà avec une âme privée d’une partie d’elle-même.

La première raison expliquant le refus du don d’organes pose tout le problème de l’attitude de la médecine et de la nécessité pour elle de faire preuve d’une éthique rigoureuse dans ce domaine. La seconde repose sur une fausse croyance. En effet, certains textes religieux laissent entendre que l’âme humaine est en quelque sorte la réplique spirituelle du corps physique. C’est pourquoi de nombreux croyants pensent que s’ils donnent l’un de leurs organes, leur âme sera privée de l’organe spirituel correspondant, de sorte qu’ils ne pourront pas “vivre normalement” dans l’au-delà. Par ailleurs, ceux qui croient à la « résurrection des corps » pensent que s’il manque un ou des organes à leur dépouille, celle-ci ne pourra pas ressusciter d’entre les morts au moment du « Jugement dernier ». Dans ce cas, que dire de tous ceux dont il ne reste aujourd’hui que des os ou, pire encore, que des cendres ?

En réalité, rien de ce que le corps physique peut subir durant son existence ou après la mort n’a d’incidence sur l’âme qui l’anime ou l’animait. Ainsi, quiconque fait don d’un organe, que ce soit de son vivant ou au moment de sa mort, n’altère en rien la dimension spirituelle de son être. J’ajouterai qu’un tel don ne peut que plaire au Dieu de tous les hommes, car qu’y-a-t-il de plus altruiste que de donner une partie de soi-même pour permettre à une autre personne de vivre ?

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix