A propos de la technologie

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Depuis son apparition sur Terre, l’être humain n’a cessé d’améliorer sa condition matérielle et de créer des machines pour se soulager des tâches les plus pénibles sur le plan physique ou intellectuel. Il s’est écoulé plusieurs millénaires entre l’invention de la roue et celle de l’automobile, moins d’un siècle entre celle de l’automobile et celle de l’ordinateur, et quelques décennies entre celle de l’ordinateur et celle du plus sophistiqué des smartphones (“téléphones intelligents”). Dire que la créativité de l’homme n’a cessé de s’accélérer en matière de technologie est un euphémisme.

Comme vous, je profite de ce que la technologie nous offre au quotidien, et j’admire à travers elle le génie créateur de l’être humain. Mais sans vouloir vous paraître rétrograde ou “rabat-joie”, il me semble que son évolution s’est faite trop rapidement, et surtout beaucoup plus rapidement que celle des consciences. C’est ainsi qu’il existe de nos jours un très (trop) grand décalage entre ce que la technologie permet de faire et l’usage que l’humanité en fait. C’est ce qui explique pourquoi celle-ci est aujourd’hui capable de s’auto-détruire sous l’effet de ses instincts les plus destructeurs. L’énergie nucléaire (civile et militaire) en est l’exemple même. Entre les centrales et les armes, elle a de quoi détruire toute forme de vie sur Terre.

Sans aller jusqu’à cet extrême, chacun est à même de constater que la technologie en est venue progressivement à remplacer l’homme où cela n’était pas nécessaire, et ce, afin de réaliser toujours plus de profits sur le plan financier. L’un des exemples les plus sophistiqués et les plus aberrants de cette tendance est la fabrication en cours, au Japon, de robots conçus pour assurer le service dans certains restaurants : prendre les commandes, servir les plats et débarrasser les tables. Je vous laisse le soin d’imaginer l’effet que produirait la généralisation de ces robots sur les offres d’emplois dans la restauration, sans parler de la déshumanisation qui en résulterait dans ce secteur de l’économie.

La haute technologie pose également problème. De mon point de vue, elle aussi évolue beaucoup trop rapidement, à tel point que tel ordinateur, tablette, smartphone, etc., sont “dépassés” avant même que l’on en maîtrise l’usage. À grand renfort de publicité, on nous vante les prouesses et les performances de telle nouvelle version. Malheureusement, cette forme de manipulation fonctionne, notamment auprès des jeunes, qui se sentent obligés d’être en possession de “ce qui se fait de mieux”. On en est venu à s’extasier devant un smartphone connecté à la brosse à dents ! Dans le domaine de l’automobile, on fait la promotion de voitures “suréquipées”, alors qu’il est avéré que la majorité des conducteurs n’utilisent qu’un nombre très limité d’options, soit parce qu’ils n’en voient pas l’intérêt, soit parce qu’ils n’en comprennent pas le fonctionnement.

Comme vous l’aurez compris, je pense que la (haute) technologie est devenue trop envahissante, au point que nous en sommes désormais totalement dépendants. Plus grave encore, elle en est venue, à travers une machinisation et une robotisation excessives de la société, à la déshumaniser. Par ailleurs, sa sophistication croissante vire à une “gadgétisation” qui tend à nous “robotiser” nous-mêmes. À titre d’exemple, certaines personnes se sont fait greffer des puces électroniques qui, le matin, déclenchent l’allumage de la lumière dans la cuisine, mettent en marche la cafetière, etc. Dans certains films de science-fiction, on nous présente un monde où tout est informatisé et automatisé. Les villes s’apparentent à de gigantesques métropoles où prédominent le béton et le métal, sans la moindre verdure, la moindre fontaine… Assurément, cela ne me fait nullement rêver.

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

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