Appel à l’écologie

APPEL À L’ÉCOLOGIE

de Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix 

Jusqu’à une époque relativement récente, les écologistes, déclarés ou non comme tels, n’étaient pris au sérieux, ni par les dirigeants politiques, ni par le peuple. On les considérait, au mieux comme de “doux rêveurs” en rupture avec la réalité, au pire comme des marginaux opposés au “système”. Aux yeux de la grande majorité des êtres humains, la planète semblait indestructible, invulnérable, inaltérable… La nature elle-même était perçue comme une très belle “mécanique”, réglée pour durer indéfiniment. De plus en plus exploitée et maltraitée, elle donnait pourtant des signes de déséquilibre et de désordre, mais très peu de personnes s’en préoccupaient.

Le développement de la technologie et de la science, conjugué à l’augmentation constante de la consommation, a conduit à une industrialisation de plus en plus grande de la société, et avec elle à une altération croissante de l’environnement : pollution des sols, de l’eau et de l’air ; déforestation excessive ; destruction des écosystèmes ; disparition définitive de certaines espèces végétales et animales ; émission massive de gaz à effet de serre, etc. Cette dégradation de la nature s’est mondialisée et concerne désormais l’ensemble de la planète. C’est donc la Terre elle-même, en tant qu’espace de vie, qui est aujourd’hui menacée, au point de compromettre à court terme l’existence même de l’humanité.

L’un des dérèglements les plus marquants de la planète est celui du climat, et ce, sur tous les continents. Longtemps nié ou minimisé, ce dérèglement climatique est désormais admis par la communauté scientifique et par une très grande partie de la population. Or, sans aller jusqu’à dire que c’est l’activité humaine qui en est responsable, il est établi qu’elle contribue au moins à l’accélérer, notamment en raison de la trop grande émission de gaz à effet de serre. Toujours est-il que la température moyenne a augmenté sur l’ensemble du globe, de sorte que les glaciers et les banquises polaires fondent à une vitesse inquiétante, et que le niveau des mers et des océans commence à s’élever. Sans parler de la multiplication des tempêtes, cyclones, inondations, feux de forêts et autres catastrophes naturelles.

La question qui se pose est de savoir pourquoi l’humanité en est arrivée là. D’une manière générale, c’est parce que l’économie s’est développée au détriment de l’écologie, et que la vie moderne a provoqué une rupture entre les hommes et la nature. Depuis ce que l’on appelle la «révolution industrielle», commencée à la fin du XVIIIe siècle, ils n’ont cessé d’exploiter leur environnement à outrance et d’en faire une source excessive de profits, ignorant ou feignant d’ignorer les dégâts parfois irréversibles provoqués sur lui. Ce sont évidemment les pays que l’on dit développés qui l’ont le plus dénaturé et qui, de ce fait, portent la plus grande part de responsabilité dans l’état actuel de la planète. Malheureusement, ils peinent à l’admettre et à réparer leurs erreurs.

Il devrait sembler évident à tous que si les pays dits sous-développés ou en voie de développement suivent le “modèle” des pays dits développés, notre planète n’y résistera pas, d’autant que la population mondiale ne cesse de croître de manière exponentielle, problème très préoccupant auquel, hélas, on n’accorde pas suffisamment d’attention. Les ressources naturelles de la Terre ne sont pas inépuisables, et les biens de consommation produits par les hommes, outre les pollutions diverses générées par leur fabrication, ne peuvent être partagées à l’infini. Nous devons donc changer radicalement notre mode de vie et mettre un terme à la culture consumériste qui prévaut dans de nombreux pays.

En raison de la crise économique et sociale que connaît le monde depuis plusieurs décennies, l’écologie a été totalement négligée par les gouvernements, soucieux avant tout de relancer l’économie, relance qu’ils associent quasiment tous à la croissance et à la consommation. Mais si la planète devient invivable en raison notamment du réchauffement climatique et de ses effets néfastes sur des centaines de millions de personnes, peut-être même sur des milliards, en quoi pourrons-nous nous satisfaire d’avoir restauré une économie florissante et un climat social apaisé ? Que dire également du coût des dégâts matériels provoqués par les intempéries dues à ce réchauffement, auquel s’ajoute malheureusement la mort d’un nombre de plus en plus grand de personnes ?

La plupart des spécialistes en la matière considèrent que nous ne disposons que de quelques années pour ralentir ce processus, avec, dans le meilleur des cas, la perspective de le stabiliser. C’est dire qu’il y a urgence ! Si aucune mesure concrète n’est prise sur un plan international, la situation va empirer à un rythme de plus en plus rapide et en produisant des effets de plus en plus destructeurs pour un nombre de plus en plus grand d’êtres humains. Des îles, des presqu’îles et des côtes continentales vont disparaître, ce qui entraînera des flux migratoires vers les terres a priori moins exposées. Ces millions de «réfugiés climatiques» s’ajouteront à ceux qui fuient déjà leur pays en raison de la guerre et (ou) de la pauvreté, avec tout ce que cela impliquera pour eux en termes de déracinement et de souffrances, mais aussi de problèmes à résoudre pour les peuples qui, bon gré mal gré, les recevront.

Mais le réchauffement du climat n’est pas le seul danger qui menace la survie de l’humanité. Comme je l’ai rappelé précédemment, et comme vous le savez, les pollutions de toutes sortes et autres atteintes à l’environnement réduisent de jour en jour notre qualité de vie. De toute évidence, nombre d’individus n’ont pas encore compris et intégré le fait que si la survie de l’espèce humaine dépend de la Terre, la Terre n’a pas besoin de l’espèce humaine pour continuer à exister. Et comme l’a dit Pierre Rabhi : «La planète ne nous appartient pas ; c’est nous qui lui appartenons. Nous passons ; elle demeure». Rappelons qu’elle s’est formée il y a environ 4,5 milliards d’années, et que les premières créatures vivantes sont apparues dans les océans il y a environ 4 milliards d’années. D’un point de vue strictement biologique, la disparition des êtres humains serait un énorme gâchis, car ils constituent une merveille de l’évolution, mais elle n’aurait aucune incidence sur l’existence de notre planète et encore moins sur l’univers.

Nous ne devons pas changer uniquement notre mode de vie ; nous devons changer également le regard que nous portons sur la nature, je pense en particulier aux animaux. Je ne m’étendrai pas sur ce sujet, car je l’ai traité dans une «Lettre ouverte aux animaux». Je me limiterai à dire qu’ils sont plus indispensables à notre vie que nous le sommes à la leur. Ils sont apparus sur Terre des centaines de millions d’années avant l’espèce humaine et, sauf apocalypse qui en ferait une planète définitivement morte, ils continueront à l’habiter pendant des millions d’années, que l’humanité y vive encore ou non. Quoi qu’il en soit, nous n’avons aucun droit sur eux, car ils ne sont pas et n’ont jamais été la propriété de l’humanité. En revanche, nous avons le devoir de les respecter, et même de les aimer.

L’écologie ne peut et ne doit pas être le “fief” de telle association ou de tel parti politique. Plus que jamais, elle est l’affaire de tous. Certes, les gouvernements ont une responsabilité majeure dans ce domaine, mais les citoyens ont également un rôle très important à jouer. Ils doivent s’impliquer individuellement et s’efforcer d’avoir un comportement respectueux à l’égard de la nature. Ne pas gaspiller l’eau, le gaz ou l’électricité, réduire autant que possible les déchets domestiques, recycler ce qui peut l’être, éviter l’usage des produits toxiques ou polluants, consommer raisonnablement, respecter les animaux…, sont autant d’attitudes que chacun peut adopter au quotidien et qui contribuent à préserver l’environnement. Si la majorité des êtres humains, tous pays confondus, consentaient à cet effort, la Terre pourrait se régénérer progressivement et redevenir un lieu privilégié où il ferait bon vivre pour tous.

L’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix a toujours accordé une grande impor- tance à l’écologie, au sens, non pas idéologique ou politique du terme, mais humaniste. Au cours de ces dernières années, il a publié plusieurs textes sur ce thème, l’un des plus marquants ayant été lu au Sénat du Brésil, en présence de nombreuses personnalités civiles et politiques, lors du Colloque qui s’est déroulé en juin 2012 dans le cadre de «Rio +20». Par ailleurs, dans la «Déclaration rosicrucienne des devoirs de l’Homme», publiée en 2005 dans plusieurs journaux et revues de premier plan, on peut lire notamment : «Tout individu a le devoir de respecter la nature et de la préserver, afin que les générations présentes et futures puissent en bénéficier sur tous les plans et voir en elle un patrimoine universel» ; idée reprise et développée dans l’«Appelatio F.R.C.», éditée en 2014.

Si vous partagez les idées exprimées dans cet « Appel à l’écologie », je vous invite à le relayer et à prendre vis-à-vis de vous-même l’engagement suivant : « Conscient(e) de la nécessité de s’impliquer individuellement dans la protection de l’environnement, je m’engage à faire de mon mieux pour donner l’exemple d’un comportement respectueux à l’égard de la nature et des animaux. » 

Dans les liens qui nous unissent à la Terre-Mère.

Serge Toussaint
Grand Maître

Télécharger cette lettre (PDF)
Partager cet article
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur pinterest
Partager sur linkedin