A propos du sentiment de culpabilité

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En règle générale, tout le monde s’accorde à dire que le sentiment de culpabilité est en lui-même négatif, sclérosant et destructeur, car il fait de celui qui l’éprouve un ennemi de lui-même et le conduit à se déprécier et à se dévaloriser, tant vis-à-vis de lui-même que des autres. Dans le pire des cas, il peut inciter une personne à se suicider, ce qui est dramatique. Sans aller jusqu’à cet extrême, tout individu qui culpabilise « pour un oui, pour un non » en souffre nécessairement et se rend en quelque sorte inapte au bonheur.

D’où vient le sentiment de culpabilité ? Il n’y a pas de réponse absolue à cette question, mais comme le montre l’expérience, il est souvent lié à l’enfance et à l’éducation que l’on a reçue. Ainsi, il est prouvé qu’un enfant auquel on fait toujours des reproches, à qui on ne fait jamais de compliment, que l’on punit régulièrement, auquel on ne confie pas de responsabilité, etc., non seulement manquera de confiance en lui lorsqu’il sera adulte, mais aura également tendance à culpabiliser en cas de difficulté et, pire encore, d’échec. Par extension, il évitera de prendre des décisions et des initiatives.

 Il faut reconnaître que les générations passées ont eu des circonstances atténuantes en ce qui concerne le sentiment de culpabilité, tout du moins en Occident. En effet, dans les siècles et les décennies passés, la société occidentale a évolué sous l’emprise d’une culture judéo-chrétienne fondée sur la notion de péché originel et sur l’idée que la souffrance physique ou mentale est rédemptrice. Par là-même, les enfants ont longtemps baigné dans cette culture, d’où leur tendance, devenus adultes, à se culpabiliser pour les fautes commises à l’encontre d’eux-mêmes et des autres, notamment de leurs proches (« C’est ma faute ; c’est ma faute ; c’est ma très grande faute »).

 Si le sentiment de culpabilité n’est pas une bonne chose, l’absence totale de culpabilité en cas de faute ou d’erreur, notamment si elle est grave, ne l’est pas non plus. À moins d’avoir une origine pathologique, une telle absence traduit un manque d’éthique chez la personne concernée, et une incapacité à écouter la voix de sa conscience. Il me semble évident que si l’homme n’avait jamais « mauvaise conscience » lorsqu’il pense, dit ou fait quelque chose dont il sait, au fond de lui-même, que c’est vraiment mal, l’état du monde serait infiniment pire que ce qu’il est actuellement.

Etant donné que le sentiment de culpabilité est destructeur, toute personne qui a tendance à nourrir ce sentiment doit apprendre à le maîtriser, voire à le transmuter. Pour cela, le mieux, me semble-t-il, est de cultiver la confiance en soi à travers les qualités, les dons et les aptitudes que l’on a nécessairement. Si on en ressent le besoin, il ne faut pas hésiter à se faire aider par un psychologue ou un psychanalyste. Cela étant, chacun doit cultiver le sens de la responsabilité, c’est-à-dire l’aptitude à prendre conscience de ses erreurs et à les assumer au mieux, mais sans culpabiliser.

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

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