A propos de l’alchimie spirituelle

Actualisé le 28/11/2018

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

Les alchimistes du Moyen-Âge pratiquaient l’alchimie matérielle (ou opérative) dans le secret de leur laboratoire, à l’aide d’outils et d’instruments insolites, parmi lesquels des cornues, des alambics, des creusets, sans oublier l’athanor, foyer principal des opérations. Leur but était de transmuter des métaux vils (généralement le plomb) en or, selon un processus qui comportait plusieurs étapes (sept d’après la plupart des livres de référence). À l’issue de ce processus, ils étaient censés obtenir la Pierre philosophale qui, après avoir été réduite en poudre et projetée sur le métal en fusion, transformait celui-ci en or. Cela étant, rien ne permet d’affirmer qu’ils y soient vraiment parvenus.

Qu’en est-il de l’alchimie spirituelle ? Par définition, c’est une pratique mystique qui consiste à travailler sur nous-mêmes, afin de transmuter nos faiblesses et nos défauts (nous en avons tous) en leurs qualités opposées : pessimisme en optimisme, impatience en patience, orgueil en humilité, égoïsme en générosité, intolérance en tolérance, etc. Le but d’une telle alchimie est de devenir meilleur sur le plan humain, avec tout ce qui en résulte de positif pour nous-mêmes et pour autrui. Malheureusement, trop peu de personnes ont conscience de l’intérêt et même de la nécessité de se livrer à cette transmutation intérieure, ce qui explique en grande partie l’état quelque peu chaotique du monde.

Certes, il est difficile de transmuter un défaut, car tant qu’il n’est pas maîtrisé, il fait partie intégrante de notre personnalité et tend à s’exprimer chaque fois qu’il en a l’occasion. Pour réaliser sa transmutation, il ne faut surtout pas le combattre, car un tel combat le nourrit et lui donne encore plus d’importance. Comme je l’ai dit précédemment, on doit s’évertuer à lui substituer graduellement la qualité opposée. À titre d’analogie, le seul moyen de vaincre l’obscurité est d’y apporter la lumière. Au début, un tel processus est difficile, mais avec le temps, il vient un moment où cette qualité nous devient “naturelle”. Dès lors, le défaut concerné a été transmuté.

Si l’alchimie spirituelle est fondamentale pour transmuter graduellement nos défauts en leurs qualités opposées et en venir ainsi à exprimer ce qu’il y a de meilleur en nous, une autre forme de transmutation est tout aussi nécessaire : celle qui consiste à remplacer les pensées négatives qui nous viennent à l’esprit par des pensées positives. Par « pensées négatives », il ne faut pas entendre uniquement les pensées empreintes de méchanceté, de rancune, de jalousie, de vengeance, etc. Elles incluent également les pensées générées par la crainte, l’angoisse, le pessimisme, le manque de confiance en soi, etc. Que nous en ayons conscience ou non, elles nuisent à notre bien-être général et sont à l’origine de nombreux troubles psychologiques et physiques.

Quel intérêt y a-t-il à pratiquer l’alchimie spirituelle et mentale ? La réponse à cette question tient en un seul mot : s’améliorer. Mais dans quel but ? En premier lieu, pour devenir une meilleure compagnie pour soi-même, car tout défaut majeur est une cause de mal-être et fait de nous un ennemi de nous-mêmes. En deuxième lieu, pour devenir une meilleure compagnie pour les autres, qu’il s’agisse de nos proches, de nos amis, de nos collègues de travail, de nos voisins, et même des inconnus que nous croisons dans la rue. En troisième lieu, pour devenir un meilleur citoyen et contribuer ainsi à l’amélioration de la société. En fait, ces trois raisons se confondent en une seule : nous parfaire graduellement dans l’intérêt de chacun et de tous, en éveillant ce qu’il y a de plus divin en nous. Cela suppose d’avoir une approche spiritualiste de l’existence, ce qui fit dire à René Guénon : « Le processus initiatique et le Grand Œuvre hermétique ne sont en réalité qu’une seule et même chose : la conquête de la Lumière divine, qui est l’unique essence de toute spiritualité. »