A propos de la fin du monde

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

Au cours des âges, il y a toujours eu des individus pour annoncer la fin du monde : prophètes, religieux, prédicateurs, voyants, astrologues… Certains d’entre eux étaient sincères et convaincus ; d’autres étaient des imposteurs et en avaient parfaitement conscience. Depuis l’ «Apocalypse de saint Jean » jusqu’à « Le feu du ciel » de Paco Rabanne, en passant par les « Prophéties de Nostradamus », on ne compte plus le nombre de livres, et désormais de sites internets, consacrés à ce thème. Tous ces textes apocalyptiques ont en commun d’évoquer la disparition de l’humanité, tout ou partie, suite à des catastrophes en tous genres : déluges, tremblements de terre, éruptions volcaniques, raz-de-marée, comètes s’écrasant sur la Terre, explosions atomiques, pandémies à l’échelle planétaire… Dans la plupart des cas, cette disparition est attribuée à un Châtiment divin destiné à punir les hommes pour leur impiété et leur désobéissance aux commandements de la Religion.

Jusqu’à présent, ceux qui ont annoncé la fin du monde l’ont fait sous l’influence de superstitions, fausses croyances, interprétations erronées des textes religieux, conjectures fantaisistes, peurs paranoïaques…, autrement dit sur des bases irrationnelles. C’est ce qui explique que la grande majorité des gens, notamment au cours des dernières décennies, n’ont pas pris ces annonces au sérieux. Tout au plus, ils ont attendu l’échéance avec inquiétude, mais ont continué à vivre de la même manière. Les faits leur ont donné raison : les dates annoncées par ces “prophètes de malheur” passèrent les unes après les autres, sans que la moindre apocalypse ne se produise à l’échelle mondiale. Certes, certains pays furent touchés par des catastrophes naturelles qui causèrent la mort de nombreuses personnes, sans parler des explosions survenues à Tchernobyl et Fukushima, dont les effets sur les populations et l’environnement furent et demeurent mortifères. Mais seuls quelques opportunistes ou adeptes des prophéties apocalyptiques y virent les signes précurseurs de la fin du monde.

À ma connaissance, depuis le passage de l’an 1999 à l’an 2000, qui fit là encore l’objet des prédictions les plus sombres, aucun auteur ne s’était risqué à annoncer la fin du monde. Mais récemment, plusieurs représentants de la communauté scientifique sont allés jusque-là. Ce fut un choc pour beaucoup, car la science ne s’était jamais aventurée à pareille annonce. Du fait que cette annonce émanait de personnes a priori crédibles, les médias ont relayé ce qui s’apparentait, non plus à une prédiction, mais à une information très sérieuse. Aucune date précise n’a été mentionnée, mais un délai nous a été donné : l’humanité ne disposerait que d’une décennie pour faire les bons choix, après quoi, si rien ne change dans les comportements individuels et collectifs, elle disparaîtra à moyen terme. En cause notamment : le réchauffement climatique, qui en viendra à rendre très difficile, voire impossible, la vie sur Terre, en particulier celle des êtres humains.

Si le doute est permis pour ce qui est de la fin du monde, au sens de « disparition totale ou partielle de l’humanité », la grande majorité des scientifiques sont catégoriques quant à ce qu’ils désignent sous le nom de « sixième extinction », ce qui suppose que la Terre en a déjà connu cinq. Selon eux, la sixième a déjà commencé et se traduira par la disparition de 75 % des espèces végétales et animales actuelles. À ce jour, c’est déjà le cas de 25 % d’entre elles. Pour la très grande majorité, la faute en incombe aux hommes : pollutions diverses, déforestations excessives, usages intensifs d’herbicides et autres pesticides, réduction drastique des espaces sauvages… C’est ainsi que l’humanité, dernière espèce apparue sur Terre, en est venue à se l’approprier au point de provoquer l’éradication de celles auxquelles elle doit directement ou indirectement la vie. Ce qu’elle semble ignorer, c’est qu’elle-même pourrait faire partie de la sixième extinction.

Dans l’« Appellatio Fraternitatis Rosae Crucis », Manifeste que l’A.M.O.R.C. a publié en 2014, on peut lire : « Quant au réchauffement climatique, la grande majorité des scientifiques s’accordent à dire que l’activité humaine l’a, sinon provoqué, du moins accéléré […] Quoi qu’il en soit, il est évident que si rien n’est fait à court terme sur un plan mondial pour mettre fin aux maux que nous infligeons à notre planète, elle deviendra invivable pour des milliards de personnes, peut-être même pour toute l’humanité ». Cette idée était déjà présente dans la « Positio Fraternitatis Rosae Crucis », publiée en 2001 sur un plan mondial. N’ayant été que très peu médiatisé, cet avertissement passa relativement inaperçu. Mais comment ignorer celui, plus actuel, de la communauté scientifique, d’autant que tous les médias s’en sont fait écho. Assurément, nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas ce qu’il risquait d’advenir…