Lettre ouverte aux élites

« Le véritable progrès démocratique n’est
pas d’abaisser l’élite au niveau de la
foule, mais d’élever la foule vers l’élite. »

Georges Elgozy (1909-1989)

de Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix

Depuis quelque temps, dans quasiment tous les pays du monde, les élites font l’objet de beaucoup de critiques et sont rendues responsables de nombre de problèmes et de difficultés auxquels les « gens du peuple », au sens noble de cette expression, sont confrontés au quotidien. Lors d’une conférence, j’ai moi-même été apostrophé sous prétexte que le Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix que je suis ferait partie de ces élites, d’où l’idée d’écrire une « Lettre ouverte aux élites » et de me l’adresser tout autant qu’à celles et ceux qui en font ou non partie. Son but n’est en aucun cas de polémiquer, mais de susciter la réflexion des uns et des autres. En outre, elle n’a aucune visée politique ou idéologique.

Tout d’abord, que faut-il entendre par « élite » ? D’une manière générale, ce terme est défini dans les livres ou les sites de référence comme l’« ensemble des personnes les plus remarquables d’un groupe ou d’une communauté ; personnes qui, par leur valeur, occupent le premier rang dans certains secteurs d’activité ; groupe minoritaire de personnes ayant, dans une société, une place éminente due à certaines qualités valorisées socialement : élite intellectuelle, élite politique, élite économique, élite médiatique, élite scientifique, élite culturelle… ». Ce qui transparaît à travers ces définitions générales, c’est d’une part que les élites regroupent un nombre très limité d’individus comparé à l’ensemble de la population, et d’autre part qu’elles disposent a priori d’un certain pouvoir d’influence. Toujours est-il qu’elles sont de moins en moins bien perçues et qu’elles suscitent de plus en plus la suspicion. Faut-il s’en réjouir ? Je ne le pense pas.

Parmi les personnes qui critiquent les élites et en appellent à leur disparition, on trouve notamment les partisans de l’égalitarisme, doctrine politique qui prône l’égalité absolue entre tous les individus, notamment sur le plan social. En vertu de ce principe, pour ne pas dire de ce dogme, ils considèrent que « tout le monde doit être l’égal de tout le monde ». Si je respecte ce point de vue, je pense qu’il n’est ni souhaitable ni possible de faire en sorte que tous les êtres humains soient égaux en tous domaines, ne serait-ce que parce que tous ne naissent pas dans le même pays, n’évoluent pas dans le même milieu, ne reçoivent pas la même éducation, n’héritent pas du même patrimoine génétique, ne disposent pas du même potentiel intellectuel, n’ont pas la même personnalité… Cela dit, tout devrait être fait pour qu’ils soient égaux en droits et bénéficient des mêmes chances pour réussir sur les plans scolaire et professionnel, sachant néanmoins que l’« égalité des chances » ne va pas nécessairement de pair avec l’« égalité des résultats ». Naturellement, je sais qu’il existe ce que l’on appelle communément des « inégalités sociales », mais c’est là un autre sujet.

Les faits ont prouvé que l’égalitarisme, en tant que principe idéologique, n’est possible que si on institutionnalise le “nivellement par le bas”. Pour prendre un exemple précis, c’est ce qui a été fait en France dans l’Éducation nationale, mais aussi dans d’autres pays. Ayant été enseignant dans les années 70-80, j’ai vécu avec beaucoup de regret la quasi suppression des matières fondamentales (orthographe, calcul, histoire et géographie), l’appauvrissement des programmes, la mise en œuvre de méthodes aléatoires (lecture “globale”, activités d’“éveil”…), l’interdiction de mettre des notes, sans parler de l’abrogation de la « leçon de morale ». Effectivement, les différences entre les élèves se sont estompées en apparence, leur donnant, ainsi qu’à leurs parents, l’illusion d’avoir tous le même niveau. Mais tôt ou tard la réalité se fait jour, et l’on est amené à constater que les enfants et les adolescents n’ont pas tous les mêmes aptitudes intellectuelles, ce qui n’est pas un problème en soi, car de brillantes études ne sont un gage, ni de réussite sociale, ni d’épanouissement intérieur, ni de bonheur.

Ceux et celles que l’on classe dans les élites sont généralement des personnes qui, effectivement, ont réussi sur le plan scolaire. Mais est-ce un crime d’être né avec des dispositions intellectuelles, d’avoir travaillé dur pour obtenir des diplômes, et d’exercer une profession qui n’est pas accessible à tous et qui, le cas échéant, confère un certain statut et un certain pouvoir d’influence ? Si oui, il faut encourager les enfants à ne faire aucun effort à l’école, à n’avoir aucune ambition sur le plan professionnel, et à refuser tout métier, poste ou fonction nécessitant d’assumer des responsabilités et de prendre des décisions. Le simple bon sens devrait suffire à comprendre que cela serait contraire à l’intérêt, non seulement de l’individu, mais également de la société. L’édifice social s’effondrerait et ferait place à une plateforme qui, certes, mettrait tous les citoyens sur un même pied d’égalité, mais les priverait conjointement d’élévation individuelle et collective.

Vous aurez noté également que les élites ne sont pas toutes jugées de la même manière. C’est ainsi que l’on s’offusque qu’un dirigeant de petite ou moyenne entreprise perçoive un salaire mensuel de quelques milliers d’euros, mais on se fait à l’idée qu’un footballeur en gagne des centaines de milliers chaque mois. Pourtant, il me semble que le premier a beaucoup plus de responsabilités et de soucis que le second, ce qui ne veut pas dire que ce dernier n’a pas de mérite. En effet, accéder à un tel niveau de compétition exige efforts et qualités multiples, ce qui explique que très peu y parviennent. Ces deux exemples marquants montrent que la perception que l’on a des élites est conditionnée notamment par notre sens des valeurs, nos centres d’intérêt et nos convictions politiques, voire idéologiques, si nous en avons. Elle est donc arbitraire et n’est pas exempte de préjugé.

Une autre tendance accompagne le rejet des élites : le refus de toute hiérarchie. Durant des siècles, et même des millénaires, la société a été hiérarchisée, c’est-à-dire structurée de telle manière que les citoyens soient subordonnés les uns aux autres à travers des échelons correspondant à un degré de pouvoir, de compétence, de responsabilité, de dignité…, depuis la base jusqu’au sommet de la « pyramide sociale », expression qui ne me choque pas, mais à laquelle on donne un sens de plus en plus péjoratif, voire négatif. Au cours des dernières décennies, cette structure pyramidale (verticale) a été mise à mal dans quasiment tous les domaines, notamment dans le milieu de l’entreprise. De nos jours, peu de personnes sont enclines à admettre la légitimité d’un “supérieur” hiérarchique et à lui témoigner du respect, encore moins à lui obéir. On retrouve là ce principe (horizontal) que j’ai évoqué précédemment, à savoir : « tout le monde doit être l’égal de tout le monde ».

De mon point de vue, vouloir faire disparaître tout rapport hiérarchique, dans quelque domaine que ce soit, est une erreur. Les philosophes de l’Antiquité préconisaient de s’inspirer de la nature pour définir ce qu’il est bien de faire pour vivre harmonieusement en société. Or, il suffit de l’observer pour voir que la hiérarchie est depuis toujours l’une de ses lois fondamentales. C’est ainsi qu’à l’état sauvage, de nombreuses espèces animales, notamment chez les animaux dits « sociaux », évoluent à travers des groupes très hiérarchisés : fourmis, abeilles, oies, chevaux, dauphins, baleines, loups, éléphants, coatis, tamarins, suricates, lémuriens, singes… De même, bien que le règne humain soit constitué d’individus ayant une conscience, un mode de pensée, une personnalité, un tempérament… qui leur sont propres, cela ne veut pas dire qu’ils ont tous les mêmes dons, les mêmes aptitudes, les mêmes compétences, les mêmes connaissances, la même maturité… Dès lors que l’on admet ces différences, on ne peut être choqué a priori par la notion de hiérarchie. À ce propos, je citerai Alexis Rosenbaum, professeur de philosophie des sciences : « La hiérarchie ne crée pas l’inégalité, mais apprend à vivre ensemble. »

Peut-être êtes-vous en train de vous dire que je “prêche pour ma paroisse” et que si je prône l’idée selon laquelle la hiérarchie est une nécessité dans l’organisation de la société, c’est parce que j’occupe la fonction de Grand Maître et que je défends cette position hiérarchique ? En mon âme et conscience, je sais que ce n’est pas le cas, et ceux qui me connaissent et me côtoient pourraient vous le confirmer. Ayant été élu presque malgré moi à cette fonction, je n’en tire aucune fierté, aucune gloire, aucune vanité. J’essaie tout simplement de l’assumer au mieux et de la rendre utile à l’Ordre de la Rose-Croix et à ses membres. De toute évidence, le jour viendra où un autre Grand Maître (homme ou femme) me remplacera ; je serai alors heureux de lui passer le flambeau et de reprendre ma place parmi les Rosicruciens et les Rosicruciennes de base, étant entendu que l’expression « de base » n’a pour moi rien de péjoratif. Que serait la pyramide de Chéops sans les fondements qui lui donnent son assise ?

Une remarque s’impose néanmoins : si la hiérarchie me semble nécessaire dans nombre de structures publiques comme privées, elle n’est vraiment utile et efficace que si elle s’appuie sur la compétence et n’est ni usurpée, ni injuste, ni coercitive. Il faut également qu’elle soit fondée sur le respect mutuel, la confiance réciproque et l’échange. Cela suppose à la fois une ouverture d’esprit et un esprit d’ouverture chez ceux et celles qui la constituent, depuis la base jusqu’au sommet, et inversement. Par ailleurs, toute organisation ou tout système hiérarchisé doit avoir pour but de servir l’intérêt général et non l’intérêt particulier. Or, on peut être tenté, à quelque niveau que ce soit, de se servir de sa fonction, de sa situation, de son poste, en un mot de son pouvoir (même s’il est limité), non seulement pour exercer sur les autres une pression autoritaire pouvant aller jusqu’au harcèlement, mais également pour s’octroyer des privilèges ou des avantages. Comme chacun sait, une telle tentation fait partie des faiblesses humaines et constitue une mise à l’épreuve de l’importance que chacun, face à sa conscience, accorde à l’éthique.

Généralement, les élites occupent les niveaux les plus élevés de toute structure hiérarchique. Aux yeux de beaucoup, elles ont donc le tort, d’une part de faire partie de l’élite, et d’autre part de se situer en haut de la hiérarchie. Théorie du complot oblige, on les accuse également d’utiliser leur position à des fins personnelles ou pour alimenter des réseaux d’influence. Il est vrai que certaines personnes occupant des postes de pouvoir le font, mais penser et dire que c’est le propre de toutes les élites me semble très excessif. En outre, et à des degrés divers, il existe aussi des réseaux chez les paysans, les commerçants, les ouvriers, les employés…, et même dans les syndicats. S’il en est ainsi, c’est parce qu’il est dans la nature humaine de tisser des liens pour défendre des intérêts communs ou servir une même cause. Si ces intérêts ou cette cause ne portent atteinte ni à la société, ni à ceux et celles qui ne les partagent pas, il n’y a aucune raison de s’en offusquer. Là encore, cela pose tout le problème de l’éthique, laquelle est malheureusement trop souvent négligée ou bafouée à tous les niveaux de la société, ce qui explique l’état chaotique du monde actuel.

Précisément, qu’est-ce que l’éthique ? D’une manière générale, c’est l’attitude qui consiste à exprimer le meilleur de nous-mêmes dans nos relations avec autrui. Socrate, considéré comme le « Père de la morale », mais aussi Pythagore, connu pour avoir été le plus grand législateur de son époque, en avaient fait la base de leur enseignement. Ils voyaient en elle le fondement du progrès humain et la voie à suivre pour que l’humanité ne disparaisse pas sous l’effet de ses faiblesses et de ses instincts les plus destructeurs. Comme en témoigne leur vie, ils ne se contentèrent pas d’en parler ; ils en appliquèrent les préceptes dans leur vie quotidienne. À ce titre, ils donnèrent l’exemple de ce que devrait être tout philosophe, à savoir, littéralement, un « amoureux de la sagesse ». Vue sous cet angle, la philosophie est indissociable de l’éthique. Or, de nos jours, beaucoup, parmi ceux que l’on désigne sous le nom de « philosophes », sont plutôt des “intellectuels” qui , malgré leur culture, voire leur érudition, ne donnent pas vraiment le sentiment d’être animés par le sens de l’éthique.

Socrate, auquel je me suis référé précédemment, définissait l’éthique comme étant l’expression des vertus inhérentes à l’âme humaine, dans ce qu’elle a de plus divin. En application de cette définition, il encourageait ses contemporains à cultiver l’humilité, l’intégrité, l’honnêteté, la bienveillance, la tolérance… À cela, Pythagore ajoutait la nécessité pour chacun de mener une vie aussi équilibrée que possible entre les droits et les devoirs. Déjà à son époque, il mettait en garde contre le danger qu’il y avait à privilégier les premiers au détriment des seconds, prélude, selon lui, à l’émergence de l’anarchie, laquelle, disait-il, faisait, « le lit d’une dictature à venir ». Vous aurez noté que l’un et l’autre étaient spiritualistes ; pour être plus précis, ils admettaient l’existence de Dieu, au sens philosophique et mystique du terme. Autrement dit, ils ne voyaient pas en Lui un Être suprême de nature anthropomorphique, comme c’était et c’est encore le cas des religions, mais comme une « Intelligence ordonnatrice » œuvrant dans toute la Création, la nature et l’homme y compris, au moyen de lois naturelles, universelles et spirituelles. C’est d’ailleurs cette conception qu’en ont les Rosicruciens.

Mais peut-être n’êtes-vous pas spiritualiste ? Dans ce cas, je présume que vous êtes au moins humaniste, autrement dit que vous avez foi en l’homme et en sa capacité d’exprimer le meilleur de lui-même dans l’intérêt de tous. Vous conviendrez alors que si tous les êtres humains faisaient ne serait-ce que l’effort de se montrer honnêtes, intègres, bienveillants, tolérants, humbles…, le monde s’en trouverait radicalement transformé et offrirait de belles perspectives d’avenir. A priori, c’est là une utopie. Pourtant, chaque jour, des personnes de toute origine, culture, nationalité, religion… font preuve d’honnêteté, d’intégrité, de bienveillance, de tolérance, d’humilité… Si nous voulons que de tels comportements se généralisent, il faut mettre en place une « culture de l’éthique » à l’échelle mondiale. Je conçois qu’un tel projet soit difficile à réaliser, mais il n’y a pas d’alternative si nous voulons que l’espèce humaine survive et évolue positivement. Cette idée n’est pas nouvelle, car nombre de (vrais) philosophes du passé l’ont promulguée. Pour des raisons qui me semblent évidentes, cette culture devrait être enseignée dès le plus jeune âge et faire partie intégrante de l’éducation.

Posez-vous maintenant cette question : si les élites, en tous domaines (politique, économie, industrie, médias, science, philosophie, culture, enseignement, sport…), faisaient preuve d’éthique dans leurs activités et leur comportement, seraient-elles autant rejetées ? Assurément non. Exception faite des partisans de l’égalitarisme et des opposants à toute hiérarchie, la majorité des gens les apprécieraient, leur feraient confiance et accepteraient de bon gré qu’elles jouent un rôle majeur dans la société. Dans l’absolu, ce n’est donc pas l’existence des élites qui pose problème, mais la manière dont elles se comportent et, par extension, ce qu’elles font du pouvoir qui leur est octroyé ou de l’influence qu’elles exercent. Vouloir leur disparition est une erreur de jugement qui mènerait à l’impasse, car, comme je l’ai rappelé précédemment, elles ont leur place dans la pyramide sociale. Ce qu’il faut souhaiter, c’est qu’elles soient aussi exemplaires que possible dans leur manière de se comporter. Et fort heureusement, nombre d’entre elles le sont et font honneur à leur statut. Je n’en nommerai pas, mais chacun, à moins d’être d’une mauvaise foi extrême, en connaît dans l’espace privé comme public.

Est-ce à dire que seules les élites doivent s’évertuer à être exemplaires et à accorder de l’importance à l’éthique ? Non. Tout citoyen a le devoir de le faire également. Or, force est de constater que ce n’est pas le cas ; loin s’en faut. Nombre de personnes manquent d’éducation, font preuve de malhonnêteté, d’égoïsme, de malveillance, d’hypocrisie, de violence…, et se rendent chaque jour coupables de ce qu’elles reprochent aux élites. Ce qui diffère entre les uns et les autres, ce sont les conséquences de leurs agissements. À titre d’exemples, si un directeur d’entreprise est malhonnête et malveillant, c’est l’ensemble des employés qui risque d’en subir les préjudices. Si un journaliste mal intentionné donne de fausses informations ou se fourvoie dans des allégations douteuses, il induit en erreur un très grand nombre de personnes. En revanche, si un « citoyen de base » se livre aux mêmes méfaits, leur impact négatif sur les autres en sera nécessairement plus limité. Pour autant, sa manière d’agir sera tout aussi grave sur le plan de l’éthique, et le karma qui en résultera pour lui sera en proportion tout aussi difficile à vivre et à assumer.

Puisque je viens de me référer au karma, il me semble utile de rappeler que cette loi s’applique dans la vie de chacun, y compris dans l’existence de ceux qui n’y croient pas. Elle est fondée sur le fait que chacun récolte tôt ou tard ce qu’il a semé, en positif comme en négatif. Tous les sages du passé l’ont enseignée sous une forme ou sous une autre et ont engagé leurs contemporains à agir en conséquence. Les « gens du peuple » comme les élites y sont soumis. J’ajouterai qu’en raison de l’emballement du rythme de la vie, ses “délais d’application” sont de plus en plus rapides. Pour s’en convaincre, il suffit de constater combien tout se sait de plus en plus vite, notamment à propos des agissements qui portent atteinte à l’individu et à la société. Ceci n’est pas dû uniquement aux moyens modernes d’investigation, d’information et de communication ; c’est l’œuvre aussi d’un processus karmique destiné à accélérer la prise de conscience de ce qui est fondamentalement bien et fondamentalement mauvais dans le comportement humain. Il y a en effet urgence à faire les bons choix, tant sur un plan individuel que collectif.

De toute évidence, le monde va mal, et notre planète est menacée en tant que cadre de vie pour l’humanité. Que nous fassions partie ou non des élites, nos destins sont liés, et nous aspirons tous au bonheur. Est-il si difficile de comprendre que c’est dans l’éthique et ce qui en résulte de positif dans le comportement humain (respect mutuel, solidarité, équité…), que réside ce que l’on a coutume d’appeler le « vivre ensemble », expression qui veut néanmoins tout dire et ne rien dire. En effet, vivre ensemble ne suffit pas ; c’est ce que nous faisons chaque jour, bon gré mal gré, avec les membres de notre famille, nos voisins, nos amis, nos connaissances, nos collègues de travail, les inconnus que nous croisons dans la rue. Ce qu’il faut, c’est vivre bien ensemble, c’est-à-dire en harmonie les uns avec les autres, et avec la nature. C’est donc « faire aux autres ce que l’on aimerait qu’ils nous fassent » et prendre soin de la Terre, Mère de tous les êtres vivants qui la peuplent. C’est aussi penser aux générations futures et faire en sorte qu’elles héritent d’un monde où il fera bon vivre pour tous et chacun, que l’on fasse ou non partie des élites, car je pense et j’espère qu’il y en aura encore…

Vous et moi, et d’une manière générale toute personne de bonne volonté, pouvons devenir des élites sur le plan éthique. Pour cela, nul besoin d’être un leader politique, un expert en économie, un dirigeant d’entreprise, un scientifique de renom, un philosophe reconnu, un journaliste en vue, un enseignant charismatique, un chanteur célèbre, un sportif accompli…, mais de nous évertuer à devenir des êtres humains aussi dignes et respectables que possible. Naturellement, l’un n’empêche pas l’autre, bien au contraire. Comme je l’ai suggéré précédemment, l’idéal serait que les personnes considérées comme des élites s’emploient à donner l’exemple en la matière. Nul doute alors qu’elles seraient respectées, non seulement parce qu’elles auraient un comportement exemplaire, mais également parce qu’elles contribueraient à rendre le monde meilleur. Tel est le vœu que je formule en conclusion de cette lettre ouverte. Et si vous pensez qu’elle mérite d’être partagée, je vous invite à le faire, non sans vous évertuer vous-même à éveiller l’élite qui est en vous, ce que j’essaie moi-même de faire au quotidien…

Avec mes pensées les plus fraternelles.

Serge Toussaint

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