A propos des Rose-Croix et des Rosicruciens

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Sur le plan historique, rappelons que les Rose-Croix se sont fait connaître au début du XVIIe siècle par la publication en 1614 de la Fama Fraternitatis, oder Bruderschafft dess Hochlöblichen Ordens der Roseae Crucis. An die Haupter, Stande und Gelerten Europae (Fama Fraternitatis ou Confraternité du Louable Ordre de la Rose-Croix. À ceux occupant une haute position en Europe et à leur suite). Ce Manifeste, plus connu sous le nom de Fama Fraternitatis, fut suivi de deux autres : la Confessio Fraternitatis en 1615 et les Noces chymiques de Christian Rosenkreutz en 1616. De nos jours, nous savons que ces trois Manifestes furent rédigés par un petit groupe de mystiques connu sous le nom de « Cercle de Tübingen », parmi lesquels figurait notamment Valentin Andreae.

Quelques années plus tard, en 1623, les Rose-Croix placardèrent dans les rues de Paris de mystérieuses affiches sur lesquelles on pouvait lire : « Nous, Députés du Collège principal de la Rose-Croix, faisons séjour visible et invisible dans cette ville par la grâce du Très Haut, vers Lequel se tourne le cœur des Justes. Nous montrons et enseignons, sans livre ni marque, à parler toutes sortes de langues des pays où nous voulons être, pour tirer les hommes, nos semblables, d’erreur de mort. » Dès lors, l’existence des Rose-Croix fut rendue publique en France et dans d’autres pays européens, et de nombreux livres furent écrits à leur sujet (environ 350 entre 1614 et 1690).

L’appellation « Ordre de la Rose-Croix » remonte donc au tout début du XVIIe siècle, de même que le mot « Rose-Croix ». Michael Maïer, qui en faisait partie, écrivit d’ailleurs dans Silentium post Clamores, publié en 1617 : « J’adresse mon discours à vous tous, vous les vénérables très savants et excellents frères et membres de ce louable Ordre des Rose-Croix… » Précisons également que c’est dans ce même livre qu’il déclare que les origines de cet Ordre sont « égyptiennes, brahmaniques, issues des mystères d’Eleusis et de Samothras, des Mages de Perse, des Pythagoriciens et des Arabes », c’est-à-dire bien antérieures au XVIIe siècle sur le plan traditionnel.

Le mot « rosicrucien », de son côté, est apparu un peu plus tardivement, apparemment en tant que traduction de l’expression « de la Rose-Croix ». C’est ainsi qu’on vit apparaître, entre la fin du XVIIe siècle et le début du XVIIIe, les appellations « Ordre rosicrucien » et « Fraternité rosicrucienne ». À leur tour, ces appellations furent déclinées en « Ordre des Rosicruciens » et « Fraternité des Rosicruciens », ce qui mit sur un même plan les mots « Rose-Croix » et « Rosicrucien », à tel point que de nos jours encore ils sont souvent employés comme synonymes.

Dans la plupart des textes destinés au public, l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix emploie généralement le mot « Rose-Croix », car c’est le plus connu des « profanes ». Dans les monographies adressées aux membres, c’est plutôt le mot « Rosicrucien » qui est utilisé. Pourquoi ? Parce que dans l’absolu, ces deux mots ne sont pas synonymes. En effet, si l’on veut être précis, le terme «Rosicrucien» désigne un membre de l’Ordre, c’est-à-dire un étudiant de l’enseignement rosicrucien. Quant au mot « Rose-Croix », il désigne un Rosicrucien qui, grâce à cette étude, a atteint l’état de Sagesse. Autant dire qu’il y a beaucoup plus de Rosicruciens que de Rose-Croix en ce monde…

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

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