Lettre ouverte aux athées

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Le 9 mai 2013 – Année R+C 3366
Actualisée le 2 mars 2017 – Année R+C 3369

« N’est pas athée qui croit l’être…
Les grands 
athées sont rares. »

Victor Hugo (1802-1885)

LETTRE OUVERTE AUX ATHÉES

De Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix

Tout d’abord, je souhaiterais préciser que cette lettre ouverte n’est animée d’aucune intention vindicative à l’encontre des athées et n’a pas pour but de les convaincre de quoi que ce soit, en supposant même qu’on puisse le faire. Elle s’apparente plutôt à une réflexion générale sur l’athéisme, non pas à travers des considérations empruntées à la philosophie académique, universitaire, classique, moderne ou autre, mais à la lumière de la pensée rosicrucienne. Elle ne s’adresse donc pas à une élite intellectuelle, mais à quiconque accepte, le temps de sa lecture, de s’interroger sur lui-même et sur le sens qu’il donne ou ne donne pas à sa vie. J’ajouterai qu’elle est dénuée de toute arrière-pensée moralisatrice, chacun devant l’interpréter à l’aune de ses convictions personnelles.

Par définition, l’athéisme est l’opinion de toute personne qui nie l’existence de Dieu, et par extension celle de l’âme. Il est impossible de dire combien d’athées il y a dans le monde, mais des enquêtes récentes montrent que son nombre n’a cessé d’augmenter au cours de ces dernières années, notamment dans les pays développés. En Europe, c’est la France qui en compte le plus, avec environ 30 % de la population. Est-ce là un héritage de cet esprit que l’on dit cartésien et que beaucoup de Français revendiquent et cultivent ? Si oui, peut-être faut-il rappeler que René Descartes fut en contact étroit avec les Rose-Croix de son époque et montra un intérêt évident pour la spiritualité. Dans l’un de ses livres, il déclara d’ailleurs :

« Comment serait-il possible que je puisse savoir que je doute, c’est-à-dire qu’il me manque quelque chose et que je ne suis pas parfait, si je n’avais en moi aucune idée d’un Être plus parfait que le mien par la comparaison duquel je puis connaître les défauts de ma nature ? […] Puisque je suis une chose qui pense et qui a en soi quelque idée de Dieu, quelle que soit la cause que l’on attribue à ma nature, il me faut nécessairement avouer qu’elle doit pareillement être une chose qui pense, et posséder en soi l’idée de toutes les perfections que j’attribue à la Divinité. »

De nombreux athées, dont peut-être vous-même, ne l’étaient pas à l’origine, mais le sont devenus. Certains ont perdu la foi suite à des épreuves qui ont généré en eux un profond sentiment d’injustice : la mort d’un être cher, une maladie grave dont ils n’ont pas guéri, la destruction de leur habitation lors d’une catastrophe naturelle, etc. C’est alors qu’ils ont commencé à douter et à remettre en cause l’existence de Dieu, considérant à tort que leur croyance en Lui aurait dû les préserver de telles épreuves. Bien que compréhensible sur le plan humain, une telle réaction montre en fait que leur conception de Dieu était erronée. Contrairement à ce qu’ils pensaient, il ne s’agit pas d’un Être anthropomorphique, soucieux d’intervenir personnellement dans notre vie pour nous préserver des vicissitudes de l’existence, et ce, avec d’autant plus d’empressement que l’on suit Ses commandements, tels que les religions les définissent à travers leur credo. Malheureusement, c’est ainsi que nombre de croyants Le conçoivent, d’où leur déception et leur incompréhension lorsque l’adversité les submerge.

Pour rester dans le même genre de raisonnement, nombre d’athées nient l’existence de Dieu, car ils pensent que s’Il existait, il n’y aurait ni guerres, ni pauvreté, ni maladies, etc. Or, ce n’est pas Lui qui fait les guerres, mais les hommes ; s’ils s’aimaient les uns les autres, elles n’auraient plus cours. De même, s’ils étaient plus fraternels et plus solidaires, il n’y aurait quasiment plus de pauvres. S’ils avaient une meilleure hygiène de vie et respectaient davantage les lois naturelles, il y aurait infiniment moins de maladies, etc. D’une manière générale, la cause majeure des difficultés, des problèmes et des épreuves auxquels nous sommes confrontés se situe dans le comportement humain. Cela veut dire que si les hommes, dans leur ensemble, faisaient preuve de sagesse et s’évertuaient à exprimer le meilleur d’eux-mêmes, le paradis que les religions situent quelque part dans l’au-delà serait accessible ici-bas. C’est ce qui a conduit nombre de penseurs et de philosophes à dire que l’humanité est capable de créer sur Terre la société idéale.

Que faut-il entendre par « exprimer le meilleur de nous-mêmes » ? Comme l’enseigna Socrate, il s’agit de manifester les vertus qui font la dignité de l’être humain, telles que l’intégrité, l’humilité, la générosité, la tolérance, etc. Or, ces vertus ne résultent pas du cerveau ; la science n’a d’ailleurs jamais décelé de zones cérébrales dont l’activité ou la stimulation inciterait à être modeste, intègre, bienveillant, tolérant, etc. Il ne s’agit donc pas de facultés mentales ou intellectuelles, pas plus que ne l’est la « voix de la conscience ». Elles sont des attributs de l’âme et sont donc de nature spirituelle. Vue sous cet angle, la spiritualité est fondée sur la conviction qu’il existe en tout être humain une dimension transcendantale, pour ne pas dire divine, et que le but de la vie est d’exprimer cette dimension à travers notre comportement. Cela suppose d’avoir la volonté de s’améliorer sur le plan humain, et par conséquent de travailler sur soi-même pour sublimer ses défauts et ses faiblesses. C’est précisément ce à quoi les Rose-Croix se consacrent en application de leur philosophie.

L’athée que vous êtes peut-être se dira probablement que l’on peut œuvrer à son perfectionnement sans pour autant être spiritualiste, et donc sans croire en Dieu. C’est vrai ; mais toute personne ouverte à la spiritualité fait de ce travail personnel un but en soi et l’inscrit dans la durée, au-delà même de sa vie présente. Autrement dit, elle s’y consacre avec l’idée qu’il bénéficiera à son âme, non seulement durant son existence en cours, mais également par-delà ce que l’on appelle communément « la mort », cette échéance qui constitue le mystère des mystères et à laquelle aucun être humain ne peut se soustraire. Ainsi, là où un athée voit la fin définitive de ce qu’il était en tant que personnalité, et donc des efforts éventuels qu’il a faits pour s’améliorer, un spiritualiste entrevoit le début d’un nouveau cycle d’existence, avec la survivance des qualités qu’il a éveillées au contact des autres.

Puisque je viens de me référer à la mort, il me semble utile d’expliquer brièvement comment les Rose-Croix la conçoivent. Après que le défunt ait rendu son dernier souffle, l’âme qui l’animait se libère graduellement de son corps et recouvre l’état d’énergie-conscience qu’elle avait avant de s’incarner. Elle est alors consciente que sa vie est achevée, d’autant qu’elle perçoit tout ce qui se déroule autour de ce qui était son “enveloppe charnelle”. Durant les heures et les jours qui suivent le décès, elle demeure à proximité des êtres qui lui sont chers et irradie vers eux des “pensées” destinées à les réconforter. Malheureusement, leur peine et leur ignorance de ce qu’est vraiment la mort les empêchent souvent de recevoir cette aide purement spirituelle. À un moment donné, l’âme se sent comme attirée vers ce que l’on appelle couramment « l’au-delà », qui correspond en fait à une autre dimension de l’univers, ou si vous préférez à un univers parallèle. Après avoir fait le bilan de la vie qu’elle vient d’achever, elle se réincarne, afin de poursuivre son évolution spirituelle.

Après la mort, l’âme ne se rend donc ni en enfer ni au paradis, fût-ce après un séjour plus ou moins long au purgatoire. Ces destinations post-mortem n’ont aucun fondement ontologique et ne correspondent à aucune réalité. Bien que respectables en soi, elles ont été conçues par les fondateurs des religions, afin d’encourager les hommes à faire le bien et les dissuader de faire le mal, ce que l’on peut comprendre. De même, le diable n’a jamais existé, pas plus que les démons censés le servir ; il s’agit là aussi d’un concept qui a été imaginé pour inciter les fidèles à suivre scrupuleusement les credo religieux, de crainte qu’il ne prenne possession de leur âme durant leur vie ou après leur mort. Durant des siècles, ces croyances ont conditionné le comportement de millions d’hommes, de femmes et d’enfants. Mais de nos jours, la grande majorité des croyants n’y adhèrent plus, toutes religions confondues. C’est notamment le cas des jeunes, car ils sont plus instruits que ne l’étaient leurs aînés, et beaucoup moins manipulables.

Pour faire suite aux remarques précédentes, chacun sait que de nombreux athées le sont parce qu’ils n’adhèrent pas aux croyances perpétuées par les religions : le paradis, l’enfer, le purgatoire, le diable, mais également Adam et Ève en tant que premier homme et première femme ayant vécu sur Terre, le péché originel, l’univers créé en six jours, la résurrection des corps, etc. Il est un fait que l’évolution des consciences et les progrès de la science ont rendu ces croyances obsolètes aux yeux de nombreuses personnes. Malheureusement, cette incrédulité s’est transformée en incroyance, laquelle s’est elle-même mutée en athéisme. Ceci est d’autant plus dommage qu’il ne faut pas confondre « religiosité » et « spiritualité ». En effet, on peut tout à fait être spiritualiste sans suivre un credo religieux et se soumettre aux dogmes qui lui sont propres. Par ailleurs, le seul fait de croire en Dieu ne rend pas meilleur, à tel point que nombre de guerres ont été menées en Son nom, parfois même à la demande des plus hautes autorités de certains clergés.

Mais s’il est vrai que la religiosité a généré des guerres au cours des âges, ce n’est pas une raison pour prôner l’athéisme avec véhémence, comme certains le font de nos jours. En effet, la politique, au sens large du terme, en a causé beaucoup plus. Dans ce dernier cas, l’enjeu n’était pas de convertir tel peuple à telle religion, mais d’envahir, de conquérir et d’asservir, le plus souvent à des fins idéologiques, géopolitiques ou économiques. Que dire également de l’économie elle-même, qui dresse les nations les unes contre les autres, et à l’intérieur d’elles les classes sociales ? Ce n’est pas pour autant que l’on se détourne de la politique ou de l’économie. De même, il n’est ni rationnel ni raisonnable de se désintéresser de la spiritualité, ou pire encore de s’y opposer, sous prétexte qu’aucune religion ne nous intéresse. Réagir ainsi ne peut que nous éloigner de nous-mêmes, avec le risque de cultiver en nous un scepticisme qui confine au sectarisme à l’encontre des croyants.

Comme vous le savez certainement, Blaise Pascal, dans ses Pensées, a fait de l’existence ou de la non-existence de Dieu l’enjeu d’un « pari ». Dans un style très vivant et démonstratif, il amène progressivement le lecteur à la conclusion, non pas que Dieu existe nécessairement, mais qu’il y a fort à parier qu’Il existe. Dans un texte intitulé « Les deux infinis », il franchit une étape supplémentaire, puisqu’il va jusqu’à dire que « c’est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu que notre imagination se perde dans cette pensée » (celle qui consiste à comprendre que « l’homme est un néant à l’égard de l’infini, un tout à l’égard du néant »). Considérant que « Dieu est une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part », Blaise Pascal consacra un grand nombre de ses écrits à s’opposer à l’athéisme, dans lequel il voyait une source d’ennui et de tristesse. Quelle que soit votre opinion en la matière, vous conviendrez que ce grand penseur fut loin d’être un ignorant…

À propos de la tristesse, il est avéré que les croyants sont en grande majorité plus heureux que les athées, car le fait d’admettre l’existence de Dieu, quelle que soit la conception qu’on en ait, rend généralement plus optimiste et plus confiant en la vie. Par ailleurs, s’il est vrai que certains d’entre eux perdent la foi face à des épreuves particulièrement pénibles, la plupart puisent en elle la force intérieure de les affronter et de les surmonter, de sorte qu’ils ne cèdent ni au pessimisme ni à l’aigreur. Il a été prouvé également que des pratiques comme la prière et la méditation ont un effet positif sur la santé et favorisent la guérison des maladies. Un autre fait a été confirmé par le personnel médical : un croyant a une approche de la mort beaucoup plus positive qu’un athée et l’aborde avec une sérénité qui bénéficie, non seulement à lui-même, mais également à son entourage.

Naturellement, je n’ai pas la prétention de me situer au niveau de Blaise Pascal, mais je vous propose de voir en quoi, me semble-t-il, l’existence de Dieu est indéniable : nul ne peut nier que l’univers, désigné sous le nom de « cosmos » (univers organisé) par les philosophes grecs, est une réalité tangible, de même que la Terre sur laquelle nous vivons. Or, d’un point de vue rationnel, il y a nécessairement une cause à l’origine de toute chose et de tout être, car rien ne peut être généré par le néant ou par le vide. Il en résulte que la Création dans son ensemble est nécessairement l’œuvre d’un Créateur. Et puisque les scientifiques eux-mêmes reconnaissent que l’univers et la nature sont régis par des lois admirables, il en résulte que ce Créateur est prodigieusement intelligent. Dès lors, pourquoi ne pas l’appeler « Dieu » et voir en Lui, à l’instar d’Isaac Newton et d’Albert Einstein, une Intelligence absolue, ordonnée et ordonnatrice ? Depuis quelques années, de plus en plus de scientifiques, et non des moindres, vont d’ailleurs dans ce sens.

De mon point de vue, la question essentielle qui se pose au sujet de Dieu n’est donc pas de savoir s’Il existe ou non, mais de savoir s’Il intervient ou non dans la vie des êtres humains que nous sommes. À cette question, je répondrai ceci : En tant qu’Intelligence, Conscience, Énergie, Force (peu importe le terme), Dieu intervient dans nos vies à la mesure du respect que nous accordons aux lois par lesquelles Il se manifeste dans l’univers, dans la nature et en nous-mêmes. Au regard de l’ontologie rosicrucienne, ces lois sont de trois sortes : naturelles, universelles et spirituelles. Plus nous vivons en harmonie avec elles, plus nous posons en nous et autour de nous les conditions d’une vie heureuse. Cela suppose de les étudier, ce que font les membres de l’A.M.O.R.C. à travers leur enseignement. Vous noterez que cette approche de Dieu est plus scientifique que religieuse, et qu’elle fait davantage appel à la raison qu’à la foi ; elle ne devrait donc heurter aucun athée.

Revenons-en à l’âme humaine. Certes, il est impossible de prouver objectivement son existence. Cela étant, comment expliquer les milliers d’E.M.I. (Expérience de Mort Imminente) répertoriées par des scientifiques à travers le monde ? Tous les témoignages recueillis confirment que les personnes concernées sont “sorties” de leur corps et ont eu accès à un monde parallèle qu’elles ont qualifié de « spirituel », à défaut peut-être d’un mot mieux approprié. De même, des milliers d’individus, dont un grand nombre d’enfants, ont décrit qui ils étaient dans leur vie antérieure, où ils habitaient, comment ils s’appelaient, etc., après en avoir eu des réminiscences. Vérifications faites par des observateurs indépendants, il s’est avéré que la plupart des récits étaient fondés. Dès lors, n’y a-t-il pas davantage de raisons d’admettre l’existence de l’âme que de la nier ? Si oui, n’y en a-t-il alors pas davantage également pour considérer que Dieu existe plutôt que le contraire, du moins au sens rosicrucien du terme ?

Comme le montre l’histoire du monde, ce sont les civilisations les plus ouvertes à la spiritualité, et même à la religiosité, qui ont le plus contribué à l’évolution de l’architecture, de la littérature, de l’art, et d’une manière générale de la culture. Pour prendre deux exemples marquants, rappelons-nous le rayonnement atteint par l’Égypte et la Grèce antiques. Si l’humanité actuelle poursuit sa conversion à l’athéisme, il me paraît évident qu’elle sombrera davantage encore dans le matérialisme et le laïcisme, avec le risque d’enfanter des systèmes socio-politiques liberticides et sans âme, ayant pour but exclusif de faire le bonheur des gens malgré eux. L’homme a toujours éprouvé le besoin de croire en “quelque chose” de transcendantal. S’il en est ainsi, c’est parce qu’il est d’essence spirituelle et ressent la nécessité de comprendre le sens profond de l’existence. L’athéisme est donc contre nature, ce qui explique pourquoi il ne peut rendre quiconque heureux à long terme.

En conclusion de cette lettre ouverte, je dirai simplement que si vous êtes athée, ce qui est votre droit le plus absolu, j’espère ne pas avoir porté atteinte à votre non-foi, tant il est évident que chacun est libre de ses croyances, dès lors, naturellement, qu’elles ne donnent pas lieu à des pratiques contraires aux valeurs éthiques les plus élémentaires. La grande majorité des philosophes et des penseurs qui ont jalonné l’histoire de l’humanité étaient spiritualistes et se sont évertués à démontrer que l’athéisme est aliénant, en ce sens qu’il empêche l’être humain de se réaliser pleinement. Le moment est donc peut-être venu de redécouvrir leurs œuvres et de nous en faire l’écho. Qu’en pensez-vous ?

               Avec mes pensées les plus fraternelles.

 

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

> Lettre ouverte aux athées (Texte original en Pdf)

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