À propos de la mort

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

Parmi les mystères auxquels l’être humain est confronté depuis son apparition sur Terre, la mort est probablement celui qui suscite à la fois le plus de questions et d’hypothèses. S’il en est ainsi, c’est parce qu’elle fait partie de l’inconnu et a priori de l’inconnaissable. C’est aussi parce qu’elle correspond à une échéance à laquelle nul ne peut échapper et concerne donc chacun d’entre nous. En effet, nous savons tous que nous allons mourir un jour et quitter, non seulement ce monde, mais également les êtres chers avec lesquels nous avons vécu. Ce que nous ignorons dans ce domaine, c’est où, quand et comment cela se produira. Pour nombre de personnes, notamment en Occident, la mort est un sujet tabou. On évite d’en parler et même de s’interroger à son propos, de crainte de l’attirer et de mourir prématurément.

Aussi étrange que cela puisse sembler, notre conception de la mort influence notre manière de vivre, même si nous n’en avons pas vraiment conscience. La plupart des croyants entretiennent l’espoir que s’ils se comportent dignement, leur âme, non seulement survivra à leur décès, mais également connaîtra une après-vie heureuse. Cet espoir les incite à respecter les valeurs prônées par la religion ou la voie spirituelle qu’ils suivent. Cela étant, croire en l’au-delà est une chose, mais savoir à quoi il correspond réellement en est une autre. Les athées, quant à eux, pensent que la mort met fin définitivement à ce que nous sommes en tant que personne et mène au néant. C’est pourquoi ils ont tendance à mener une existence matérialiste.

Sur le plan purement physiologique, croyants et athées s’accordent à dire qu’au moment où la mort se produit, que ce soit à la suite d’un accident, d’une maladie ou de la vieillesse, le cœur cesse de battre, les poumons de respirer, le cerveau de fonctionner. D’un point de vue médical, c’est la combinaison de ces trois facteurs qui atteste que la personne concernée est décédée. Son corps commence alors à se refroidir et à se décomposer graduellement, d’où le nécessité de procéder à son inhumation ou à la crémation, selon le choix de chacun. En cela, il est un fait que « nous sommes poussière et retournons à la poussière », du moins pour ce qui est de l’être physique, de l’enveloppe charnelle.

Mais la mort ne se réduit pas à la fin de vie du corps physique. Lorsque le défunt rend son dernier souffle, son âme commence à se libérer de son corps. Comme le confirment les Expériences de Mort Imminente (E.M.I.), cette libération se fait en trois étapes majeures. Durant la première, alors qu’elle est encore incarnée, elle mémorise les événements qui furent les plus marquants dans sa vie et s’imprègne de la personnalité qui fut la sienne. Pendant la deuxième étape, elle quitte son enveloppe charnelle et demeure quelques jours à proximité, le temps de réaliser pleinement que son incarnation en cours est définitivement achevée. Puis vient le moment où elle se sent irrésistiblement attirée vers une autre dimension ; c’est la troisième et dernière étape de la mort, qui est décrite dans de nombreux récits comme la « traversée d’un tunnel de lumière » à l’issue duquel elle perçoit d’autres âmes venues l’accueillir, parmi lesquelles celles de proches qui lui étaient chers.

L’autre dimension vers laquelle l’âme se sent attirée au moment de la mort n’est pas un lieu ; il s’agit de l’Âme universelle. Après s’être fondue dans cette Âme et à la lumière de la Conscience qui lui est propre, elle se livre à un bilan de la vie qu’elle vient d’achever. Autrement dit, elle s’analyse elle-même, afin de faire le point sur les qualités qu’elle a manifestées durant son incarnation, mais également sur les défauts qui sont encore les siens. Parallèlement, elle revoit les choix marquants qu’elle a faits à l’égard d’elle-même et des autres, et en tire les conséquences. À l’issue de ce bilan, elle mesure avec clarté et lucidité le chemin qu’il lui reste à parcourir pour se rapprocher davantage encore de l’état de Sagesse. Dès lors, elle attend que le moment soit venu pour elle de se réincarner et de poursuivre son évolution spirituelle. Ainsi donc, la mort constitue ce que les Rosicruciens préfèrent désigner sous le nom de « transition », en ce sens qu’elle correspond à un interlude entre deux incarnations successives.