À propos du Chevalier Rose-Croix

La notion de chevalier, présente dans l’expression «Chevalier Rose-Croix», remonte en Occident au Moyen-Âge. Elle trouva ses “lettres de noblesse” avec l’apparition des Ordres chevaleresques, en particulier l’Ordre du Temple, fondé en 1118 par Hugues de Payns, durant la première Croisade. Ces Ordres regroupaient des «moines-soldats» qui s’évertuaient à respecter des règles morales inspirées de la religion dominante à l’époque : l’Église catholique. Pour reprendre l’exemple des Templiers, ils suivaient la Règle de saint Benoît, fondée notamment sur les quatre vertus cardinales (la prudence, la tempérance, le courage, la justice) et les trois vertus théologales (la foi, l’espérance, la charité).

Le Chevalier Rose-Croix

Associé à l’origine à des valeurs morales inspirées du Christianisme, le Chevalier en est venu avec le temps à symboliser un idéal éthique plus mystique que religieux. C’est ainsi que pour les membres de l’A.M.O.R.C., le Chevalier Rose-Croix représente l’état de sagesse auquel ils aspirent. Vu sous cet angle, l’Ordre de la Rose-Croix s’apparente à une chevalerie spirituelle réunissant des hommes et des femmes qui, parallèlement à leurs études rosicruciennes, s’évertuent à devenir meilleurs dans leurs jugements et leur comportement. C’est donc un combat contre eux-mêmes qu’ils mènent, ou plus exactement contre leurs faiblesses et leurs défauts. Cela suppose naturellement d’avoir la volonté de se parfaire sur le plan humain.

Comme vous le savez certainement, il existe dans certaines obédiences maçonniques le grade de «Chevalier Rose-Croix» (18e degré dans le Rite Écossais Ancien et Accepté). S’il n’est pas le plus élevé, ce grade, créé vers 1757, est considéré par de nombreux Francs-Maçons comme l’un des plus prestigieux. Quoi qu’il en soit, son existence confirme que la Franc-Maçonnerie, apparue en Angleterre au XVIIIe siècle, a puisé dans la symbolique rosicrucienne, dont on trouve nombre d’éléments dans le livre «Symboles secrets des Rosicruciens des XVIe et XVIIe siècles», publié pour la première fois à la fin du XVIIIe siècle et republié depuis par l’A.M.O.R.C.

L’état de Rose-Croix

Il est intéressant de noter que l’expression consacrée est «Chevalier Rose-Croix» et non «Chevalier Rosicrucien». Si tel est le cas, c’est parce que les termes «Rose-Croix» et «Rosicrucien», bien que souvent employés comme synonymes, n’ont pas tout à fait le même sens. En effet, par définition, être Rosicrucien, c’est être membre de l’Ordre de la Rose-Croix et étudier son enseignement. Dans l’absolu, est Rose-Croix tout Rosicrucien qui, grâce à cette étude et au travail intérieur accompli sur lui-même, a atteint l’état de Sagesse, lequel, précisément, se traduit entre autres par un grand sens de l’éthique.

On confond souvent «Chevalier Rose-Croix» et «Chevalier à la Rose», connu également des Rosicruciens. Si le premier correspond à un archétype, le second est le nom qui a été donné à une statue qui se trouve dans une église d’Aix-en-Provence. D’après ce que l’on sait, elle représente Raymond Bérenger IV, comte de Provence (et beau-père de Saint-Louis), né vers 1198 et mort en 1245. Contrairement à ce que l’on pourrait croire a priori, la rose qu’il tient dans la main droite n’a aucun lien avec la Rose-Croix. Les historiens pensent plutôt qu’elle symbolisait son attachement à l’Église catholique, d’autant qu’il a combattu avec beaucoup de vigueur ceux que le clergé considérait alors comme des “hérétiques”.

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

 

Partager cet article
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur pinterest
Partager sur linkedin

Cet article a 7 commentaires

  1. esther melèdje

    J’admire tous les Chevaliers Rose-Croix, car, comme le dit le Grand Maître, ils sont sortis victorieux de tous les combats, même des combats contre eux-mêmes. Ce n’est pas une chose facile de se livrer bataille, de faire ressortir tous ses défauts et d’essayer de les corriger en les transmutant en vertus qualifiées de positives. C’est à mon humble avis l’une des parties sinon les plus difficiles. Aller vers soi-même pour est le plus difficile chemin, je crois.
    Merci. E. M.

  2. Anne-Marie K

    En principe, le chevalier s’évertue à respecter, à manifester et à propager par son exemple et – si nécessaire – à défendre les vertus et la haute moralité dans notre société. Malheureusement il a perdu sa résonance dans notre conscience et ceci déjà depuis bien longtemps… Cependant depuis quelques années, il semble vouloir réapparaitre peut-être d’abord indirectement grâce à certains films de fiction, qui semblent atteindre un grand public et qui pourraient éventuellement contribuer à une certaine réanimation d’un esprit quasiment perdu dans les ténèbres de l’histoire. Comme vous pouvez le deviner, nous nous référons ici au cycle cinématographique de « la guerre des étoiles » et particulièrement aux chevaliers Jedi, qui reflètent une projection contemporaine de la chevalerie, certes incomplète, imaginée dans un contexte futur et en même temps actuel, mais présentant toutefois une version intéressante. Il était une fois dans une galaxie lointaine, dans un futur lointain… mais bien plus proche et actuel que l’on pourrait croire… Nous pouvons y découvrir quelques caractéristiques typiques de la chevalerie. Nous pouvons également y reconnaitre une certaine tendance mystique, notamment dans le personnage de maître Yoda et d’Obi Wan Kenobi, ainsi que dans la formation voire dans l’initiation des futurs chevaliers Jedi.

    Jadis les actes des chevaliers se transmettaient par les contes, comme par exemple celui de la Table Ronde, par des récits et des manuscrits historiques. Aujourd’hui un conte moderne tente de ressusciter le principe chevaleresque, ses idéaux et atteint par le médium du cinéma un grand public. Mais n’oublions pas que la chevalerie est d’abord un état d’âme résonnant avec l’amour, la paix, la fraternité, la liberté, l’égalité, l’humilité ; elle n’est nullement un jeu animé ou une mode temporaire. Elle exige corps et âme et la volonté de l’amour universel.
    Cordialement

  3. Antoine Achard

    Cette notion de « Chevalier Rose-Croix », que vous faites correspondre à un archétype, semble indiquer que de même qu’il est possible d’éveiller les énergies d’un archétype, il serait tout aussi possible d’éveiller en nous cette énergie symbolisée par ce Chevalier de lumière. Il semble que ce Chevalier puisse aussi être synonyme de Maître intérieur (ou Guide intérieur) et que, dans notre quête d’une éthique supérieure nous puissions le considérer comme symbole de l’idéal. Je crois qu’il y a en nous tous un dépôt de sagesse salvatrice auquel nous pouvons avoir accès si, comme vous le soulignez, nous avons la volonté de nous parfaire.

    Comme toujours, la lecture de votre exposé suscite quelques questions. Cet idéal de sagesse et d’éthique n’est t’il simplement qu’un symbole où est il un corpus d’énergie dans lequel seraient corporifiés les idéaux, les pensées, les réactions intimes de notre conscience? Cet idéal demeurera t’il vivant en nous après que nous aurons quitté ce plan physique, puisqu’alors nous baignerons dans la lumière de l’Être ? Plus précisément, ce Chevalier éthique ou Maître intérieur doit-il être réactivé à chaque incarnation ? Les idéaux supérieurs ne naissent ils en nous que parce que nous nous incarnons ? Lire et méditer sur vos exposés demeure une joie et un puissant incitatif à la réflexion.

  4. Lermite

    Quelle agréable surprise pour moi que d’apprendre que les Templiers suivaient la Règle de saint Benoît ! J’ai passé de bien belles soirées à écouter une cassette de chants des moines de St-Benoît-du-Lac et entre les chants, il y avait des extraits de la règle qui étaient récités. Comment ne pas se sentir en harmonie avec une phrase telle que : « Écoute, O mon fils, les préceptes de ton Maître, tend l’oreille de ton coeur ! … »

  5. Isora

    Le chevalier Rose-Croix fait partie de cette chevalerie spirituelle et initiatique qui est au service du Bien et de la Connaissance qui pour soi-même serait un bien stérile, d’une démarche collective et fraternelle qui nous rassemble au lieu d’un démarche personnelle et individuelle. Il est fidèle dans sa fonction sociale permanente et son esprit chevaleresque plus important que les formes variables dans lesquelles il s’est incarné, s’incarne ou s’incarnera, enfin de tous ceux qui travaillent à unir, non à diviser, à faire comprendre, estimer, aimer et non à faire haïr et mépriser, à élever l’Homme en l’intéressement à ses semblable, à sa vie intérieure, au monde et à la vie de la nature. Tous ceux-là sont animés de l’esprit chevaleresque. Cordialement.

  6. Pax Vobiscum

    Le degré d’humanisme qui se dégage des propos et des actions du pape François nous montre à quoi devrait ressembler un chevalier Rose-Croix. C’est un grand homme de paix et d’amour qui ne se lasse de nous encourager à nous détourner du mal, nous pardonnant les uns les autres, en vue de jouir pleinement de la vie. Pour ce faire, le pape François n’a pas hésité à se rendre en République Centrafricaine pour tenter de réconcilier les chrétiens et les musulmans, allant même jusqu’à visiter la Grande Mosquée de Bangui. Ainsi, l’idéal éthique du chevalier Rose-Croix concerne l’humanité toute entière. C’est la « lampe » qui éclaire nos pas vers la sagesse qui donne du sens à notre existence.

  7. esther melèdje

    C’est une connaissance transmise en toute humilité que pour ma part je perçois ainsi. Merci pour l’enseignement !

Laisser un commentaire

*

Articles récents

Commentaires récents

Articles similaires