Rose-Croix et histoire

Comme cela est confirmé par les historiens (de l’ésotérisme), la Rose-Croix est apparue au tout début du XVIIe siècle, suite à la publication, en 1614, d’un Manifeste intitulé « Fama Fraternitatis Rosae Crucis ». Ce Manifeste s’adresse essentiellement aux dirigeants politiques et religieux, ainsi qu’aux scientifiques de l’époque. Tout en dressant un constat plutôt négatif sur la situation en Europe, il révèle l’existence de l’Ordre de la Rose-Croix à travers l’histoire allégorique de Christian Rosenkreutz (1378-1484), depuis le périple qu’il mena à travers le monde avant de donner naissance à la Fraternité rosicrucienne (F.R.C.), jusqu’à la découverte de son tombeau. D’une manière générale, la « Fama » en appelle à une « Réforme universelle », non seulement de l’Église catholique, alors hégémonique, mais également des institutions politiques en vigueur dans les pays européens, notamment en Allemagne, en France et en Angleterre.

Les Manifestes rosicruciens

La « Fama Fraternitatis » fut suivie en 1615 d’un deuxième Manifeste : la « Confessio Fraternitatis Rosae Crucis ». Celui-ci, dans la lignée du premier, revient sur la nécessité pour l’homme de se libérer des anciens dogmes et de se régénérer spirituellement. Il va plus loin en indiquant que l’Ordre de la Rose-Croix possède une « science philosophique » permettant d’opérer cette régénération sur un plan individuel et collectif. En cela, elle s’adresse avant tout aux chercheurs désireux de participer à ses travaux et d’œuvrer au bonheur de l’humanité. L’aspect prophétique de ce texte intrigua beaucoup les érudits de l’époque et fit l’objet de nombreux commentaires, les uns le plébiscitant, les autres le critiquant. Si besoin est, précisons que les représentants de l’Église catholique, de même que les dirigeants politiques, se rangèrent plutôt du côté des détracteurs.

En 1616, un troisième Manifeste fut publié : les « Noces chymiques de Christian Rosenkreutz ». Dans un style très différent de la « Fama » et de la « Confessio », ce texte relate un périple initiatique qui représente la quête de l’Illumination. Ce périple de sept jours se déroule en grande partie dans un mystérieux château où doivent être célébrées les noces d’un roi et d’une reine. En termes symboliques, les « Noces chymiques » relatent le cheminement spirituel qui conduit tout Initié véritable à réaliser l’union entre son âme (l’épouse) et Dieu (l’époux). Le caractère alchimique de ce troisième Manifeste confirme que leur(s) auteur(s) avai(en)t de profondes connaissances dans le domaine de l’Art royal et du symbolisme traditionnel. À ce jour encore, il demeure une source d’inspiration pour ceux qui s’intéressent à l’alchimie et à l’hermétisme.

Rose-Croix et histoire

En 1623, les Rose-Croix se firent connaître davantage encore en placardant dans les rues de Paris une mystérieuse affiche sur laquelle était écrit : « Nous, Députés du collège principal de la Rose-Croix, faisons séjour visible et invisible en cette Ville par la grâce du Très-Haut, vers Lequel se tourne le cœur des justes. Nous montrons et enseignons, sans livres ni marques, à parler toutes sortes de langues des pays où nous voulons être, pour tirer les hommes, nos semblables, d’erreur de mort. » Cette affiche rendit définitivement publique l’existence de l’Ordre de la Rose-Croix, non seulement en France, mais également dans quasiment tous les pays d’Europe. Des penseurs éminents entrèrent en contact avec lui et s’inspirèrent de sa philosophie, parmi lesquels John Dee, Francis Bacon, Michaël Maïer, Robert Fludd, Elias Ashmole, Comenius (père spirituel de l’U.N.E.S.C.O.), René Descartes, Baruch Spinoza, Isaac Newton, Wilhelm Leibniz… À leur tour, ils contribuèrent à le faire connaître.

Fondé en 1909, l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix s’inscrit de nos jours dans la lignée historique et traditionnelle des Rose-Croix du XVIIe siècle. C’est ainsi qu’il publia en 2001 un Manifeste intitulé « Positio Fraternitatis Rosae Crucis » (La Position  de la Fraternité des Rose-Croix), dont la parution fut saluée par des historiens spécialisés dans l’ésotérisme, tels Antoine Faivre et Roland Edighoffer. Ce Manifeste fut suivi en 2014 de l’«  Appellatio Fraternitatis Rosae Crucis » (L’Appel de la Fraternité des Rose-Croix), et en 2016 des « Nouvelles Noces chymiques de Christian Rosenkreutz ». Cette trilogie fait désormais partie de l’histoire et de la tradition de l’A.M.O.R.C. Précisons que dans certains pays, la lecture de ces trois Manifestes est recommandée dans le cursus universitaire, non seulement parce qu’ils permettent de se faire une idée du Rosicrucianisme contemporain, mais également parce qu’ils reflètent ce qu’était la situation du monde au moment où ils ont été rédigés. D’une manière générale, ils en appellent à davantage d’humanisme et de spiritualité dans la vie en société, non sans oublier l’urgence en matière d’écologie.

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