Rose-Croix et politique

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

L’Ordre de la Rose-Croix a-t-il des accointances avec tel ou tel parti politique ? Cette question mérite d’autant plus d’être posée que la politique est omniprésente dans la société. Pas une heure ne passe sans qu’elle alimente l’actualité, et on ne compte plus les débats, les chroniques et les émissions qui lui sont consacrés. Qu’elle soit locale, régionale, nationale ou internationale, elle rythme la vie de quasiment tous les citoyens du monde. À moins de vivre en reclus, il est impossible d’y échapper. En outre, tout individu a, sinon des convictions, du moins des idées dans ce domaine. Il ne peut en être autrement dès lors que l’on vit en société.

L’expérience prouve que la politique est un domaine sensible, en ce sens qu’elle est porteuse de désaccords,  de clivages, de divisions, d’oppositions, de tensions, de dissensions… Par voie de conséquence, elle fait le jeu de l’intolérance, cette faiblesse majeure qui est à l’origine de tant de conflits et de guerres. Sachant cela, l’A.M.O.R.C. est depuis toujours apolitique, de sorte qu’il compte parmi ses membres des personnes qui ont des idées différentes, et même opposées, dans ce domaine. Cela étant, il leur est strictement interdit, lors des réunions auxquelles ils sont susceptibles de participer, de faire part de leurs opinions politiques ou de se livrer à du prosélytisme pour tel ou tel parti. C’est là un motif d’exclusion de l’Ordre, et ce, dans tous les pays du monde.

Si l’Ordre de la Rose-Croix est apolitique, cela ne veut pas dire pour autant qu’il se désintéresse de la vie en société et des sujets que l’on qualifie de « sociétaux ». C’est ainsi qu’il a publié au cours des années passées plusieurs Manifestes, notamment la « Positio FRC » et l’« Appellatio FRC », dans lesquels ses dirigeants abordent des thèmes qui méritent réflexion de la part de tout citoyen préoccupé par la marche du monde et le devenir de notre planète. Dans le même ordre d’idée, il est à l’origine d’une « Déclaration des devoirs de l’Homme », d’une « Charte des citoyens du monde », d’un « Plaidoyer pour une écologie spirituelle »… Cela étant, tous ces textes ont en commun d’être apolitiques, en ce sens qu’ils ne véhiculent aucune idéologie politique.

En tant que Grand Maître de la juridiction francophone de l’A.M.O.R.C., j’ai moi-même écrit plusieurs « Lettres ouvertes » à caractère sociétal (aux citoyens, aux scientifiques, aux croyants, aux athées, aux artistes, aux jeunes, aux femmes…), ainsi que des « appels » (à la tolérance, à la non-violence, à la décroissance…) Mais là aussi, mes propos ne traduisent aucune accointance avec un quelconque parti politique, à tel point qu’il est impossible de me “classer” à “droite”, à “gauche”, au “centre”… Cela est d’autant plus vrai que j’ai d’ailleurs toujours pensé que la meilleure manière de gouverner ne se situe pas dans un parti à l’exclusion des autres, mais dans ce que chaque parti peut offrir de mieux pour contribuer au bien-être de tous les citoyens, sans distinction de race, de culture, de classe sociale, de religion ou autre.

De mon point de vue, la politique devrait être indissociable de la philosophie, mot qui signifie littéralement « amour de la sagesse ». L’idéal serait donc que ceux et celles qui exercent des fonctions dans ce domaine, mais également qui militent pour faire valoir leurs opinions auprès des personnes qu’ils ou elles côtoient dans la vie courante, soient animés de cet « amour ». De toute évidence, ce n’est pas le cas, ce qui explique pourquoi, comme je l’ai dit précédemment, la politique fait le jeu de l’intolérance et nourrit la division, alors qu’elle devrait favoriser l’union, et même l’unité. J’ajouterai que philosophiquement parlant, la plus haute forme de politique est l’art de se gouverner soi-même, au point de donner l’exemple de ce qu’un être humain peut exprimer de meilleur en tant que citoyen. Cela suppose d’accorder une grande importance à l’éthique.