À propos de l’éducation

Par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

Tout d’abord, il convient de faire la distinction entre deux notions que l’on confond souvent et qui, pourtant, sont différentes : l’instruction et l’éducation. Instruire un enfant consiste à lui transmettre des connaissances théoriques et pratiques, afin qu’il puisse poursuivre au mieux son cursus scolaire puis s’intégrer dans la vie sociale et professionnelle ; c’est le rôle des enseignants. L’éduquer, c’est lui inculquer des valeurs éthiques, afin qu’il se comporte aussi dignement que possible dans la société ; c’est avant tout le devoir et la responsabilité des parents. Malheureusement, beaucoup d’entre eux n’ont plus les repères voulus pour assumer correctement ce rôle et se déchargent sur le corps enseignant.

Quelles sont donc les valeurs civiques que nous devons inculquer à nos enfants ? La plus importante, me semble-t-il, est le respect d’autrui, sans lequel la vie en société ne peut être harmonieuse. Au risque de paraître quelque peu rétrograde, savoir dire « bonjour », « au revoir », « s’il vous plaît », « merci », « excusez-moi », etc., sont autant de convenances qui permettent d’avoir de bonnes relations avec les autres. De même, aider un aveugle à traverser la rue, porter le sac chargé d’une personne âgée, laisser sa place à un adulte dans le train ou le car, couper son téléphone portable dans les transports en commun ou lors d’une réunion, etc., sont des actes civiques auxquels il faut sensibiliser les enfants.

Quant aux valeurs éthiques que nous devons transmettre aux enfants, elles correspondent à celles qui entrent dans ce que l’on appelait autrefois la « morale ». Si je précise « autrefois », c’est parce que ce mot, associé pendant des siècles à la religion, a subi un tel rejet que le seul fait de s’y référer confine désormais à la “ringardise”. De nos jours, il est même en vogue d’être amoral, si ce n’est immoral. Pourtant, la morale, au sens non religieux mais philosophique du terme, désigne tout simplement le respect de soi-même, d’autrui et de l’environnement. Chacun, quelles que soient ses opinions politiques et ses croyances religieuses s’il en a, devrait pouvoir faire sienne cette définition.

Mais de mon point de vue, l’éducation doit inclure une dimension encore plus élevée que je qualifierais de « spirituelle ». En effet, elle a également pour but d’éveiller chez les enfants des qualités comme la patience, le courage, l’humilité, la générosité, l’intégrité, la tolérance, la non-violence, etc. En effet, ce sont ces qualités qui font la valeur et la dignité de l’être humain. Socrate, considéré comme le « père de la morale », les désignait sous le nom de « vertus » et voyait en elles des attributs de l’âme. Par ailleurs, il pensait que tout individu les possède à l’état latent mais doit les développer, afin de les rendre manifeste dans son comportement. Quant à Coménius, célèbre Rose-Croix du XVIIe siècle, il déclara : « c’est l’âme humaine qu’il faut éduquer, et pas seulement l’individu que nous voyons passer de l’enfance à l’âge adulte ».

À l’exception de quelques cas qui relèvent le plus souvent de la pathologie, tous les parents aiment leurs enfants et s’efforcent de les rendre heureux sur les plans affectif et matériel. Cela étant, le meilleur des héritages qu’ils puissent leur transmettre ne se mesure pas aux biens et à l’argent qu’ils leur légueront éventuellement après avoir quitté ce monde, mais aux valeurs qu’ils leur auront inculquées. Or, ces valeurs ne se vendent ni ne s’achètent, de sorte qu’une bonne éducation est une question, non pas de moyen financier, mais de volonté. C’est aussi la plus belle preuve d’amour que l’on puisse donner à ses enfants, car elle est un don du meilleur de soi-même.