«Quand on ne sait pas ce qu’est la Vie,
comment peut-on savoir ce qu’est la Mort ?»
Confucius (551-479 avant Jésus-Christ)
LETTRE OUVERTE À LA MORT
de Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix
Nous sommes tous destinĂ©s Ă mourir un jour et Ă quitter ce monde, et avec lui les ĂŞtres qui nous sont chers. C’est lĂ une Ă©chĂ©ance Ă laquelle personne ne peut se soustraire. La Mort est indissociable de la Vie, et chaque minute, chaque jour, chaque mois, chaque annĂ©e… nous rapproche d’elle inexorablement. Ce que nous ignorons, c’est ce qu’elle est vraiment et Ă quoi elle mène rĂ©ellement. Pour en savoir plus sur le mystère qui l’entoure, le mieux est peut-ĂŞtre de lui Ă©crire, ou plutĂ´t de lui consacrer cette lettre dite ouverte, en ayant Ă l’esprit qu’elle lui rĂ©pondra peut-ĂŞtre Ă sa manière, lorsque le moment sera venu…
Ă€ moins d’être atteint d’une dĂ©ficience mentale, tout individu en vient un jour Ă s’interroger sur la Mort, avec sĂ©rĂ©nitĂ© ou apprĂ©hension, selon les cas. Comme c’est le cas de la plupart des enfants, j’ai songĂ© Ă elle pour la première fois vers l’âge de quatre ans. Curieusement, ce n’est pas de ma propre mort dont je me suis inquiĂ©tĂ©, mais de celle de mes parents ; je m’entends encore leur demander de me promettre qu’ils ne mourront jamais, promesse qu’ils ont faite avec un sourire bienveillant. Je me rappelle les avoir crus sur le moment, ou plutĂ´t m’être dit qu’il Ă©tait plus rassurant pour moi de les croire. Pourtant, je savais, pour y avoir Ă©tĂ© confrontĂ©, que toute personne et tout animal peut mourir : l’un de mes camarades venait de perdre sa mère ; un chien que j’aimais beaucoup Ă©tait mort il y a quelques semaines. Sans doute avais-je besoin de nier cette rĂ©alitĂ© pour mieux l’accepter…
Avec le temps qui passe, tout enfant en vient Ă intĂ©grer l’idĂ©e que les ĂŞtres qui lui sont chers mourront un jour, et que lui aussi mourra. Mais lorsqu’on est jeune, cette Ă©chĂ©ance semble très lointaine, Ă tel point que l’on se sent quasiment immortel et que l’on vit dans l’insouciance de la Mort. Certes, le dĂ©cès de proches ou de personnes de notre connaissance nous ramène parfois Ă la raison, mais la Vie reprend rapidement le dessus et nous replonge dans ce sentiment d’immortalitĂ© et d’insouciance. Les annĂ©es se succèdent, et avec elles tout ce qui conditionne une existence en devenir : les joies et les peines, les succès et les Ă©checs, les espĂ©rances et les dĂ©sespoirs, les enchantements et les dĂ©sillusions… C’est ainsi que chacun forge sa personnalitĂ© tout autant que son destin, et chemine sur un sentier dont il sait qu’il aura nĂ©cessairement une fin.
La fragilité et la fugacité de la vie
En vieillissant, le temps donne le sentiment de s’accélérer, et la Mort se rappelle régulièrement à nous : les personnes de notre connaissance qui décèdent sont de plus en plus nombreuses ; nous avons de plus en plus conscience que la durée qu’il nous reste à vivre est devenue (beaucoup) plus courte que celle que nous avons vécue ; une maladie ou un accident grave vient nous interpeller davantage encore sur la fragilité et la fugacité de la Vie ; quelque chose, au plus profond de nous, nous engage toujours plus à réfléchir sur nous-mêmes, sur le sens de l’existence, et sur la possibilité qu’il y ait une après-vie, un au-delà , comme le suggèrent les religions. Pour nombre de personnes, athées ou non, c’est alors le début d’un examen de conscience plus approfondi et d’un réexamen de leurs convictions et de leurs croyances.
À ce jour, on évalue à environ cent milliards le nombre de personnes décédées depuis que l’humanité a fait son apparition sur Terre. En cela, la Mort règne sur un monde beaucoup plus vaste que celui de la Vie, avec ses quelque 7,5 milliards d’êtres humains. Mais qu’en est-il de tous ces défunts ? Qu’en reste-t-il ? Pour ce qui est de leurs corps, nous le savons : la plupart sont « redevenus poussière » et n’ont plus d’existence ; certains sont en voie de décomposition, enfermés dans un cercueil ou livrés à la terre ; d’autres ont été réduits en cendres et se sont mêlés au sol, lui apportant un surcroît de fertilité ; d’autres encore, très rares, ont perduré à travers les siècles sous forme de momies et rendent témoignage à des époques antiques. Les plus connues sont certainement celles que l’ancienne Égypte nous a laissées en héritage et grâce auxquelles nous pouvons faire revivre cette civilisation si mystérieuse.
Du fait que la Mort nous prive de ce qu’il y a de plus précieux, à savoir la Vie, et que sa venue s’accompagne souvent de souffrances, les hommes voient en elle une ennemie redoutable et redoutée. On est même allé jusqu’à la personnifier et la représenter, généralement sous la forme d’un squelette vêtu d’une toge. D’autres représentations font d’elle une femme vêtue de noir et tenant une longue faux, avec laquelle elle est censée faucher les vies. Quoi qu’il en soit, elle fait peur et suscite la crainte, voire l’effroi. Elle a donné naissance aussi à de nombreuses croyances et superstitions, dont certaines sont avilissantes et contre nature. Pour l’éloigner, on a longtemps égorgé les chats noirs, cloué les chouettes sur les portes, et sacrifié d’autres animaux. Et malheur à qui voyait un miroir se briser sous ses yeux ! En ce qui me concerne, je ne crains pas la Mort et n’y vois en aucun cas un sujet tabou.
Ă€ propos de superstitions, il en est une selon laquelle c’est la Mort qui dĂ©cide chaque fois qui elle va emporter, quand et comment. On retrouve cette idĂ©e dans certaines religions, oĂą il est dit que c’est Dieu qui dĂ©crète l’heure et les circonstances de notre trĂ©pas. Si tel est le cas, cela veut dire qu’elle Ĺ“uvre Ă Son service et qu’Il l’utilise pour accomplir Sa volontĂ© Ă l’égard des hommes. Je n’en crois rien. Cela supposerait que quiconque se suicide le fait parce qu’Il l’a voulu ; qu’une personne ou un enfant qui s’est fait assassiner ou violer l’a Ă©tĂ© parce qu’Il l’avait dĂ©cidĂ© ; que si c’est un soldat plutĂ´t qu’un autre qui meurt dans le feu du combat, c’est lĂ encore parce qu’Il l’avait dĂ©crĂ©tĂ©… Ă€ l’inverse, cela voudrait dire Ă©galement que s’Il a prĂ©vu que l’on meure Ă l’âge de quatre-vingt-treize ans, on peut se laisser aller Ă tous les excès et mettre impunĂ©ment sa vie en danger.
La résurrection des corps
Certes, il y a l’espoir, pour certains croyants, de ressusciter à la fin des temps, lorsque Dieu, nous disent les religions, aura rendu Son jugement dernier. Comme c’est le cas de la plupart des Rose-Croix, sinon tous, je n’adhère pas à cette croyance, car elle est contraire aux lois naturelles. En effet, comment un corps qui s’est décomposé ou a été réduit en cendres pourrait-il se reconstituer et vivre à nouveau ? Quel âge aurait ce corps recomposé ? Serait- il sujet aux souffrances et aux maladies ? Et à quoi servirait une telle reviviscence ? Il me semble évident que la Mort met fin définitivement à notre corps physique et que même Dieu, si l’on croit en Lui, ne peut et ne veut faire en sorte que les morts ressuscitent et se mêlent aux vivants, en supposant qu’il y en ait encore d’ici là . En outre, cela ferait de Lui un Être anthropomorphique, ce qu’Il n’est pas et n’a jamais été.
Lorsqu’on a la chance d’avoir hĂ©ritĂ© d’une bonne santĂ©, la durĂ©e de notre vie dĂ©pend en grande partie de notre aptitude Ă conserver cet hĂ©ritage. De toute Ă©vidence, si nous mangeons mal, buvons trop d’alcool, fumons excessivement, ne faisons aucune activitĂ© physique, ne dormons pas suffisamment, menons une vie stressante…, nous courons le risque de mourir prĂ©maturĂ©ment d’une pathologie dont nous serons en grande partie responsables, avec toutes les souffrances qui en rĂ©sulteront. De mĂŞme, si nous pratiquons des mĂ©tiers ou des activitĂ©s Ă risques, la probabilitĂ© de connaĂ®tre une mort prĂ©maturĂ©e est plus grande. Bien sĂ»r, il peut arriver Ă tous de contracter une maladie qui nous soit fatale ou d’avoir un accident qui nous fasse perdre la vie. Mais penser que c’est Dieu qui l’a voulu et que la Mort s’est exĂ©cutĂ©e relèvent selon moi d’une croyance superstitieuse ou d’un fatalisme excessif.
Si la Mort demeure le mystère des mystères, c’est parce que nous ignorons a priori ce qui lui fait suite. Certes, nous savons que la Vie a quitté le corps et qu’il va se décomposer lentement, d’où la nécessité de procéder à son inhumation ou à sa crémation. Mais une question demeure : qu’en est-il de ce qui fit du défunt une personne dotée de conscience, capable de penser, de se souvenir, d’imaginer, de communiquer, d’aimer, etc. ? Qu’advient-il de sa personnalité ? Disparaît-elle à jamais dans le néant, ne laissant d’elle que des souvenirs épars chez ceux et celles qui ont vécu avec lui ou l’ont connu ? Depuis la plus haute Antiquité, les êtres humains sont partagés sur cette question : les uns, plutôt athées, pensent que lorsque nous mourons, rien ne perdure de nous ; les autres, plutôt croyants, croient ou espèrent qu’une partie de nous-mêmes, en l’occurrence notre âme, demeure et continue d’exister “quelque part” dans l’au-delà .
Pendant des millénaires, l’idée que “quelque chose” en nous puisse survivre à la Mort fut du domaine exclusif de la foi, et c’est la religion qui fut porteuse de cette idée. Mais dans les décennies passées, suite aux nombreuses Expériences de Mort Imminentes (E.M.I.) référencées aux quatre coins du monde, la science s’est invitée au débat et en est venue à envisager que la conscience puisse s’émanciper du corps et “vivre” indépendamment de lui. Toutes les personnes concernées ont eu le sentiment de quitter leur corps et de le voir de l’extérieur, ainsi que tout ce qui se trouvait à proximité. Mieux encore, nombre d’entre elles ont été capables de décrire par la suite ce qui s’était déroulé dans les pièces adjacentes à celle où leur corps se trouvait. Certaines ont même expliqué qu’elles pouvaient se rendre en conscience là où elles souhaitaient aller, à des distances considérables. Il faut noter également qu’après être “revenues à la vie”, elles donnèrent une orientation spiritualiste à leur existence et n’éprouvèrent plus aucune crainte à l’égard de la Mort.
Les Expériences de Mort Imminente (E.M.I.)
Les témoignages émanant de personnes ayant vécu une E.M.I. ne se limitent pas au fait qu’elles disent avoir quitté et vu leur corps depuis l’endroit où elles se trouvaient en conscience. La grande majorité d’entre elles ont déclaré avoir traversé un tunnel de plus en plus lumineux, à l’issue duquel elles perçurent une lumière surréelle par sa beauté et sa pureté, dans laquelle apparurent de “temps à autre” les visages rayonnants de personnes qu’elles avaient aimées ici-bas. Elles pouvaient même, non pas leur parler, mais communier avec elles, c’est- à -dire échanger des “pensées”. Puis, selon leurs dires, ces apparitions finissaient par cesser, pour laisser place à un sentiment ineffable de sérénité, de paix et d’amour. Vue sous cet angle, et comme cela est enseigné dans l’Ordre de la Rose-Croix, la Mort s’apparente à un passage, une transition, vers un monde, une dimension, un plan purement spirituel. Quoi qu’il en soit, de tels récits constituent, sinon des preuves, du moins de sérieuses présomptions quant à la réalité d’une après-vie et d’un au-delà .
Quiconque admet l’authenticitĂ© de ces tĂ©moignages, dont la plupart ont d’ailleurs fait l’objet de vĂ©rifications sĂ©rieuses et indĂ©pendantes, devrait se rendre Ă l’évidence : nous possĂ©dons une âme, laquelle quitte notre corps au moment de la Mort. Et si nous sommes toujours conscients de nous-mĂŞmes dans l’au-delĂ , c’est parce que la conscience de soi est un attribut de l’âme et non du cerveau, comme l’affirment la plupart des scientifiques. D’un point de vue spiritualiste, cet organe est avant tout le siège de nos facultĂ©s psychosensorielles et mentales, tels le raisonnement, la mĂ©moire, l’imagination, l’abstraction… Ces facultĂ©s disparaissent avec la Mort, mais l’âme conserve un mode de perception et d’intellection qui lui sont propres, de sorte qu’elle est alors consciente d’elle-mĂŞme, du milieu spirituel dans lequel elle se trouve et des entitĂ©s qui Ă©voluent dans ce milieu.
Une autre question se pose : les esprits, les âmes, rĂ©sident-elles Ă©ternellement dans l’au-delĂ après la Mort ? Si l’on en croit la plupart des religions, elles se rendent au paradis ou en enfer, selon le bien ou le mal que les personnes concernĂ©es ont fait durant leur vie. Dans le premier cas, elles sont censĂ©es jouir d’une fĂ©licitĂ© absolue, en compagnie des anges et en prĂ©sence de Dieu ; dans le second, elles subiraient maintes souffrances dans les feux infernaux, sous la garde des dĂ©mons et du Diable. Si je respecte cette approche religieuse de l’après-vie, je ne la partage aucunement. En outre, elle laisse supposer qu’à l’issue du Jugement dernier dont il a Ă©tĂ© question prĂ©cĂ©demment, seules les âmes admises au paradis, après un sĂ©jour Ă©ventuel au purgatoire, seront habilitĂ©es Ă ressusciter. Autant dire qu’il y aura peu, voire très peu de ressuscitĂ©s Ă la fin des temps…
En ce qui me concerne, et comme nombre de Rose-Croix, j’ai optĂ© depuis longtemps pour la rĂ©incarnation. Je pense en effet qu’après la mort, notre âme ne se rend ni au paradis (mĂŞme après un sĂ©jour au purgatoire) ni en enfer, mais qu’elle se fond dans l’Âme universelle (l’Atman des Hindouistes et de certains Bouddhistes), oĂą elle demeure quelque temps, en prĂ©sence d’autres âmes, parmi lesquelles celles d’êtres chers avec lesquels elle a vĂ©cu ici-bas. Puis elle se rĂ©incarne ; autrement dit, elle s’introduit dans le corps d’un nouveau-nĂ© et commence un nouveau cycle d’existence sur le plan terrestre. Dans quel but ? Celui de poursuivre son Ă©volution spirituelle, laquelle, Ă l’issue d’une Ă©nième vie terrestre, doit l’amener Ă atteindre l’état de Sagesse. Dès lors, elle n’est plus dans l’obligation de se rĂ©incarner. Mais c’est lĂ un autre sujet…
Tout comme il y a de nombreux tĂ©moignages confirmant l’existence d’une après-vie, nombre de personnes (adultes et enfants) ont eu des rĂ©miniscences de vies antĂ©rieures et ont dĂ©crit oĂą elles avaient vĂ©cu, qui elles Ă©taient, quel mĂ©tier elles exerçaient, quelle religion elles suivaient… Après vĂ©rification, il est apparu que les informations recueillies confirmaient leurs propos. Que dire Ă©galement des enfants prodiges : Mozart, dès l’âge de quatre ans, fut capable d’exĂ©cuter correctement une sonate. Ă€ dix ans, Beethoven maĂ®trisait parfaitement la technique musicale du piano. Liszt et Rubinstein furent Ă©galement de très jeunes virtuoses. Ă€ peine âgĂ© de treize ans, Michel-Ange Ă©tait un peintre hors du commun. Ă€ douze ans, Blaise Pascal publia un traitĂ© sur les sections coniques. Pic de la Mirandole, encore adolescent, Ă©tait considĂ©rĂ© comme le plus Ă©rudit de son Ă©poque… De nos jours encore, nombre d’enfants, dans divers domaines, peuvent ĂŞtre considĂ©rĂ©s eux aussi comme prodiges. L’intelligence cĂ©rĂ©brale ne peut expliquer Ă elle seule leurs dons et leurs talents. Ne peut-on pas y voir le fruit prĂ©coce d’expĂ©riences, de connaissances, de savoir-faire acquis dans des vies antĂ©rieures ?
La réincarnation
Au regard de ce qui précède, la Mort sur ce plan terrestre correspond à une (re)naissance sur le plan spirituel. Lorsque nous nous apprêtons à quitter ce monde, nous sommes enclins à éprouver un sentiment de tristesse à l’idée de nous séparer des êtres que nous aimons et qui nous affectionnent ; eux-mêmes pleurent notre départ. Mais lorsque l’âme du défunt franchit le seuil de l’au-delà , elle a alors le sentiment de renaître à elle-même et retrouve d’autres êtres qui lui étaient chers. Ce sont donc des retrouvailles qui ont lieu, avec ce que cela suppose en termes de joie et de bonheur. Dès lors que l’on a cette approche de la Mort, celle-ci perd son aspect effrayant et apparaît comme une extension de la Vie. Cela ne veut naturellement pas dire qu’il faut être pressé de mourir et s’en réjouir. En la matière, le mieux est certainement de faire nôtre ce conseil de Pythagore : « Employez-vous à vous comporter comme si votre vie pouvait durer éternellement ou prendre fin dans l’instant. » En outre, il n’excluait pas une part de fatalité quant à l’heure et aux circonstances de la mort.
Quant à Platon, il déclara : « Être initié, c’est apprendre à mourir. » Tout Rose-Croix comprend le sens ésotérique de cette phrase, qui signifie que pour naître à la Connaissance, il faut mourir à l’ignorance. Mais elle veut dire également que « la Mort est une initiation ». C’est même la plus haute initiation que l’on puisse recevoir lors d’une incarnation. En effet, d’un point de vue spiritualiste, elle constitue pour tout être humain une opportunité de se connaître en tant qu’âme et d’accéder en toute conscience au monde spirituel. Par extension, elle permet d’avoir la confirmation que nous sommes immortels en essence et que nous vivons par alternance ici-bas et dans l’au-delà . Certes, nous ne nous souvenons pas de ce que nous avons connu juste avant de nous réincarner, mais est-ce une raison pour dire que l’avant-vie, et donc l’après- vie, n’existe pas ? Vous rappelez-vous avoir été bébé ?
Dans notre sociĂ©tĂ© devenue trop matĂ©rialiste, la Mort est de plus en plus taboue, et la crainte qu’elle suscite donne lieu Ă maintes tentatives destinĂ©es Ă la reporter autant que possible. On s’acharne Ă maintenir en vie des malades incurables qui souffrent corps et âme et qui sont plus morts que vivants, et ce, mĂŞme lorsqu’ils demandent Ă partir. Que dire Ă©galement du transhumanisme, ce courant qui part du principe que tous les moyens sont bons pour prolonger autant que possible la vie dans le corps humain. Parmi ces moyens, il y a notamment la mise au point d’organes artificiels, dont le cerveau. Certes, on aurait tort de se priver des progrès de la science, mais les transhumanistes vont jusqu’à envisager un monde oĂą se cĂ´toieraient des ĂŞtres humains en partie robotisĂ©s et des robots en partie humanisĂ©s. La perspective d’un tel monde, dominĂ© par la haute technologie et l’intelligence artificielle, ne me rĂ©jouit guère et traduit une approche excessivement matĂ©rialiste de la Vie. Mais quoi qu’on en pense, la Mort aura toujours le dernier mot…
Aussi contradictoire que cela paraisse, la conception que nous avons de la Mort conditionne le sens que nous donnons à la Vie. Lorsqu’on l’envisage sous un angle spiritualiste et que l’on adhère à la réincarnation, on est enclin à inscrire notre existence dans le long terme et à chercher en nous-mêmes la « source du Bonheur », cette Shambhala si chère aux Hindouistes et aux Bouddhistes. Ce faisant, on prend de plus en plus conscience, comme l’a si bien dit Theillard de Chardin, que l’être humain est avant tout une âme incarnée dans un corps. Tant que l’humanité n’aura pas intégré ce principe fondamental, elle agira sous l’impulsion de ses instincts les plus destructeurs et œuvrera plus ou moins consciemment à sa disparition. Aujourd’hui, la situation est telle qu’elle est même sur le point de rendre la Terre, planète qui l’a vu naître, invivable pour elle.
En conclusion, et bien que sachant que la Mort n’est en rien une entité susceptible de me lire ou de m’entendre, je serais néanmoins tenté de lui poser cette question : « Si Tu n’existais pas, qu’adviendrait-il de l’humanité ? »
Respectueusement.
Serge Toussaint





