A propos d’une langue universelle à venir

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Selon les estimations les plus récentes, il y aurait environ 6 000 langues parlées dans le monde, certaines par des centaines de millions de personnes, d’autres par quelques dizaines. Sont inclus les différents dialectes tribaux, régionaux et territoriaux. L’origine de cette pluralité et de cette diversité demeure un mystère. Si l’on en croit la Bible, elle remonte à l’époque génésiaque. Les êtres humains ne parlaient alors qu’une seule langue et vivaient dans une grande piété. Un jour, ils se regroupèrent pour construire une tour (la Tour de Babel) qui devait s’élever jusqu’au ciel et leur permettre de se rendre directement au paradis. Voyant en cela un acte d’orgueil et de blasphème, Dieu les en empêcha et les punit en leur faisant parler des langues différentes, semant ainsi la confusion et la division parmi eux.

Il est évident que l’explication donnée dans la Bible à propos de l’origine des langues ne correspond pas à la réalité. Quant à savoir ce qu’il en est vraiment de cette origine, les anthropologues, les archéologues, les linguistes, les généticiens et autres scientifiques se perdent en conjectures parfois contradictoires. La seule quasi-certitude que l’on ait dans ce domaine est que le langage articulé remonte à l’époque de l’Homo habilis, il y a environ deux millions d’années. Par ailleurs, on estime actuellement qu’il existe 300 grandes familles de langues parlées, divisées en trois grandes catégories : les langues isolantes, les langues agglutinantes et les langues flexionnelles, chacune correspondant à des critères phonétiques, syntaxiques et grammaticaux particuliers.

Parmi les langues actuelles, et comme vous le savez, l’anglais est considéré comme la langue internationale, non pas parce qu’elle est parlée dans le plus grand nombre de pays ou par le plus grand nombre de personnes, mais parce qu’elle est la plus utilisée de nos jours dans les échanges entre individus de nationalités différentes. C’est elle aussi qui est la plus employée dans les relations commerciales et dans le domaine industriel. Certains, généralement parmi ceux qui ne parlent pas l’anglais, regrettent cet état de fait. Mais qu’en serait-il si c’était leur langue qui avait la primeur ? Quoi qu’il en soit, l’existence d’une langue universelle n’est pas incongrue en soi, bien au contraire.

Si l’humanité évolue d’une manière positive et en vient à exprimer le meilleur d’elle-même, elle éprouvera à un moment donné le besoin d’utiliser une langue universelle, autre que celles qui sont parlées actuellement. Cette langue “artificielle” sera une création humaine et traduira le besoin des êtres humains de vivre dans l’harmonie, la fraternité et la paix. Elle ne se substituera pas  nécessairement aux langues actuelles, mais sera utilisée comme l’anglais l’est actuellement. À ce sujet, voici ce qu’a déclaré Edward Sapir, éminent linguiste et anthropologue américain : «Il est possible que survienne un conflit opposant l’anglais, qui a remporté un triomphe trop facile, et une langue “artificielle” dont la structure présenterait une supériorité si évidente qu’elle se substituerait progressivement à sa rivale».

La langue universelle à venir pourrait-elle être l’Esperanto, créé en 1887 par un jeune polonais, Ludwik Lejzer Zamenhof. Nombre de linguistes considèrent que cette langue “artificielle” est un chef-d’œuvre de logique et de simplicité, accessible à tous les peuples. Rappelons que dans les années 1930, il avait été envisagé qu’elle soit enseignée dans les écoles de plusieurs pays européens. Malheureusement, ce projet se heurta aux nationalismes et aux conservatismes de l’époque. Mais si l’humanité s’ouvre à l’internationalisme, au sens le plus humaniste de ce terme, je pense sincèrement que l’Esperanto, encore parlé de nos jours par quelques esprits d’avant-garde, pourrait devenir la langue universelle de demain…

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

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