À propos des sentiments

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

Dans la plupart des livres de référence, le mot « sentiment » est défini comme un « état affectif », ce qui est très vague. On y fait état également de « sentiments positifs », comme l’amour, la compassion, l’empathie, la joie…, et de « sentiments négatifs », telles la haine, la jalousie, la rancune, la crainte… En ce qui me concerne, je dirai qu’un sentiment est une combinaison de pensées et d’émotions, lesquelles peuvent effectivement être positives ou négatives. Pour reprendre l’un des exemples précédents, le sentiment d’amour, lorsqu’on l’éprouve, s’accompagne de bonnes pensées et de belles émotions. À l’inverse, la haine génère de mauvaises pensées et de non moins mauvaises émotions.

Nous ne pouvons douter de l’existence des sentiments, car nous en éprouvons chaque jour, pour ne pas dire à chaque instant. Certains sont positifs et nous font du bien ; d’autres sont négatifs et nous font du mal. De toute évidence, ce sont les premiers qui devraient avoir notre préférence, d’autant que les seconds constituent un poison mental et émotionnel qui finit par nuire à notre santé. De nos jours, nombre de médecins s’accordent à dire que les pensées et les émotions négatives affectent nos fonctions vitales et génèrent des troubles plus ou moins graves. À l’inverse, les pensées et les émotions positives stimulent notre métabolisme et contribuent à notre bien-être général.

Comment expliquer que nos sentiments exercent une influence négative ou positive sur notre santé ? Comme cela est enseigné depuis toujours dans l’Ordre de la Rose-Croix, nos pensées et nos émotions agissent sur nos glandes endocrines, lesquelles sécrètent des hormones qui se diffusent dans le sang et la lymphe : adrénaline, cortisone, insuline, mélatonine, thyroxine, etc. Lorsqu’elles sont produites à bon escient et dans les quantités voulues, elles sont utiles, nécessaires et bénéfiques. Lorsqu’elles sont libérées à mauvais escient et en trop grande ou trop faible quantité, elles sont inutiles, superflues et nuisibles. À titre d’exemple, la sécrétion d’adrénaline est utile pour compenser un effort physique ; elle devient nocive lorsqu’elle est produite sous l’effet de la colère.

Une remarque importante me semble nécessaire : de temps à autre, on entend des médecins expliquer doctement que les sentiments sont le produit d’hormones spécifiques : l’amour serait dû à l’ocytocine, le bonheur à la sérotonine, la joie à la dopamine, etc. Selon eux, tout ce que nous ressentons serait le résultat de réactions purement physico-chimiques. Cette manière de voir les choses traduit le matérialisme qui prévaut actuellement dans la science en général et la médecine en particulier. Cela étant, et fort heureusement, nombre de médecins ne sont pas aussi scientistes dans leur démarche et ne réduisent pas nos affects aux hormones sécrétées par notre corps physique ; ils voient plutôt en eux l’expression de notre psyché et de notre vie intérieure.

Ce que les médecins matérialistes ou athées ne comprennent pas ou refusent d’admettre, c’est que ce ne sont pas les hormones sécrétées par le corps qui génèrent les sentiments, mais l’inverse : ce sont nos sentiments qui agissent sur nos glandes endocrines, lesquelles, en réaction, sécrètent des hormones. Vus sous cet angle, l’amour, la joie, le bonheur, etc. prennent leur source dans notre âme et utilisent le système endocrinien pour prendre une forme objective et se manifester à notre conscience. Cela veut dire que la spiritualité est un vecteur de bien-être, car elle nous permet d’exprimer ce qu’il y a de plus positif, pour ne pas dire de plus divin, dans la nature humaine. À l’inverse, je pense que le matérialisme et l’athéisme sont sclérosants et génèrent tôt ou tard un sentiment de mal-être.