À propos de l’ésotérisme

par Serge Toussaint, Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

Dans certains ouvrages de référence, l’Ordre de la Rose-Croix est qualifié de « mouvement ésotérique ». Or, ce qualificatif est une source de confusion et d’incompréhension, car le mot « ésotérique » est souvent compris au sens de « caché », « secret », « occulte », « mystérieux »… Parfois même, il génère une forme de suspicion pouvant aboutir à des jugements négatifs et même discriminatoires. Par extension, nombre de personnes pensent que l’ésotérisme est un domaine d’étude marginal réservé à quelques initiés autoproclamés. Sans parler de celles qui rangent les ésotéristes parmi les comploteurs et autres conspirateurs.

Pour comprendre le sens exact du mot « ésotérisme », le mieux est de le mettre en perspective avec son opposé : l’« exotérisme ». Ce terme désigne l’enseignement transmis par les religions à leurs fidèles ; celui-ci s’adresse aux “masses” et repose sur un credo, c’est-à-dire sur un ensemble de croyances généralement dogmatiques. De nos jours, le nombre de chrétiens, musulmans, juifs, hindouistes, bouddhistes, animistes…, tout confondu, se chiffre par centaines de millions, et même par milliards. Certains sont pratiquants, en ce sens qu’ils assistent régulièrement aux offices et se conforment autant que possible aux rites préconisés par la religion qu’ils suivent ; d’autres sont non pratiquants et se disent simplement chrétiens, musulmans, juifs…

Contrairement aux religions, l’A.M.O.R.C. est effectivement un mouvement ésotérique, en ce sens qu’il s’adresse aux personnes qui sont en quête de connaissance et aspirent à mieux comprendre le sens profond de l’existence. De toute évidence, elles sont infiniment moins nombreuses que les fidèles, pratiquants ou non, qui suivent une religion. Cela s’explique par le fait que la grande majorité d’entre eux se limitent à croire en l’existence de Dieu, de l’âme et de l’après-vie, sans chercher à aller plus loin dans la compréhension du pourquoi et du comment des choses. Autrement dit, la foi et leur credo leur suffisent, ce qui est tout à fait respectable.

Un étudiant en ésotérisme ne se limite pas à avoir la foi ; il cherche à se connaître lui-même et à comprendre la place que l’homme occupe dans la Création. Par ailleurs, il n’est pas fataliste, comme le sont la plupart des fidèles. Autrement dit, il ne pense pas que c’est Dieu qui décide de la destinée de chacun, depuis le moment de sa naissance jusqu’à celui de sa mort ; de même, il ne pense pas que c’est Lui qui choisit d’accorder Sa grâce à telle personne plutôt qu’à telle autre. D’un point de vue ésotérique et mystique, tout individu dispose du libre arbitre et conditionne son destin par ses propres choix. Par ailleurs, il ne dépend que de nous d’opter pour une quête de connaissance et de sagesse, et d’atteindre un jour, non pas la Grâce, mais ce que la Tradition désigne sous le nom d’« Illumination ».

S’il est un fait que les religions sont exotériques par nature, certaines intègrent des voies ésotériques destinées aux fidèles qui, à leurs croyances de base, souhaitent ajouter un certain tronc de connaissances. C’est notamment le cas du Gnosticisme pour le Christianisme, du Soufisme pour l’Islam, du Kabbalisme pour le Judaïsme. C’est ainsi que ceux et celles qui suivent ces voies ont accès à un enseignement qui transcende les dogmes des religions auxquelles elles se rattachent. On notera également que ces personnes ont généralement l’esprit beaucoup plus ouvert que les “fidèles de base” et sont favorables au dialogue interreligieux. Les Rosicruciens, de leur côté, cultivent le respect et la tolérance à l’égard de tous, croyants et non-croyants.