A propos de la vérité

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Dans la plupart des livres de référence, la vérité est définie comme «l’expression d’une connaissance conforme à la réalité, aux faits tels qu’ils se sont déroulés». Bien que cette définition constitue une base de réflexion intéressante, elle est subjective, pour ne pas dire évasive. En effet, de quelle réalité est-il question ? De celle que nous percevons au moyen de nos sens objectifs, notamment de la vue ? De celle que nous concevons à travers nos processus mentaux, en particulier le raisonnement ? De celle que les autres perçoivent ou conçoivent comme telle ? De celle que les médias nous décrivent chaque jour durant les informations ?

Par ailleurs, que vaut une connaissance fondée sur les «faits tels qu’ils se sont déroulés» ? Comme le prouve l’expérience, il arrive souvent qu’un même événement soit perçu différemment. C’est d’ailleurs ce qui rend très aléatoires les témoignages recueillis en maintes circonstances. On constate alors que ce qui est vrai pour l’un ne l’est pas pour l’autre. Pourtant, les faits sont les mêmes. À titre d’exemple, lorsque plusieurs personnes assistent à une collision entre deux véhicules, la manière dont se produit cette collision est unique en tant que telle, mais la façon dont elle est décrite par les témoins peut varier considérablement. Dans ce cas, chacun a sa propre vérité…

Étant donné que nos sens objectifs sont sujets à l’illusion et nos processus mentaux à l’erreur, il en résulte que ce que nous considérons comme des vérités, que ce soit à propos des événements de la vie quotidienne ou des idées que nous avons dans divers domaines, n’en sont pas nécessairement. Ce sont plutôt des croyances, des opinions, voire des convictions, qui peuvent elles aussi être illusoires et erronées. C’est pourquoi aucun individu, dans quelque domaine que ce soit, ne devrait prétendre connaître la vérité, et encore moins chercher à l’imposer aux autres. Même les vérités scientifiques, fondées a priori sur le raisonnement pur, l’expérience objective et la reproductibilité systématique, peuvent être aléatoires et relatives.

Il est intéressant de noter que l’être humain, alors qu’il est sujet à l’illusion et à l’erreur, cherche néanmoins à connaître la vérité chaque fois que les circonstances l’exigent. Il va même jusqu’à enquêter pour cela : enquêtes policières, judiciaires, journalistiques, historiques… De même, nous sommes enclins à désapprouver le mensonge, ce qui ne veut pas dire pour autant que nous ne mentons jamais à titre personnel. Ne pas mentir fait d’ailleurs partie de quasiment tous les commandements religieux. C’est aussi ce que la plupart des parents enseignent à leurs enfants. Mieux encore, ils les incitent à dire la vérité lorsque, pour quelque raison que ce soit, ils les interrogent sur un point litigieux.

Dans son approche la plus élevée, la vérité fait l’objet d’une quête, d’où l’expression «quête de vérité». Contrairement à ce que l’on pourrait penser a priori, cette expression ne veut pas dire que ceux qui sont engagés dans cette quête se donnent pour but de trouver La Vérité. En effet, à moins d’être présomptueux ou de s’illusionner, ils savent que Celle-ci, au sens absolu du terme, pour ne pas dire divin, est inaccessible à l’être humain. En revanche, il est possible, par l’étude et la méditation, de s’éveiller aux «grandes vérités», pour reprendre l’expression de Louis-Claude de Saint-Martin, inspirateur du Martinisme. Celles-ci concernent naturellement les grands mystères de l’existence, ceux-là même auxquels s’intéressent les mystiques, parmi lesquels les Martinistes et les Rose-Croix.

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

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