A propos du développement personnel

On entend de plus en plus parler de « développement personnel » ; nombre de livres, de cours, de stages et de sites internet sont consacrés à cette “discipline”. D’une manière générale, elle a pour but de développer le potentiel de chacun en matière de créativité. Par extension, elle vise à acquérir davantage de confiance en soi-même, à mieux maîtriser ses émotions et à tirer profit de ses dons, de ses talents et de ses aptitudes. Certains y ont recours également pour “conscientiser” leurs énergies et accroître leur vitalité physique et mentale. A priori, ces objectifs sont plutôt positifs, car il est vrai que nombre de personnes pourraient être plus heureuses si elles se connaissaient mieux elles-mêmes.

À l’origine, le développement personnel s’inscrivait dans une démarche plutôt spiritualiste, bien que de type “new age”. C’est ainsi qu’on a vu émerger nombre de coachs laissant entendre qu’ils possédaient des connaissances, tantôt infiniment anciennes, tantôt “révolutionnaires”, permettant d’“ouvrir les chakras”, de “réveiller la kundalini”, d’accéder à nos vies antérieures, d’entrevoir notre avenir, de contacter les anges… Autant de perspectives susceptibles d’intéresser les personnes qui ont une approche spiritualiste de l’existence et qui pensent que l’être humain ne se limite pas à un corps physique animé d’une conscience purement cérébrale. Malheureusement, ce type de développement personnel se limite le plus souvent à entretenir des illusions.

Plus récemment, la notion de développement personnel a fait son entrée dans le monde de l’entreprise. Il ne s’agit plus de s’ouvrir à la dimension spirituelle de l’existence, fut-elle teintée de “new age”, mais de permettre aux employés d’être plus efficaces dans leur travail. De nos jours, on ne compte plus le nombre de « séminaires d’entreprises » ayant pour but de développer chez les participants leur “pouvoir” de concentration, d’abstraction, d’anticipation, de conviction, voire de manipulation ; en fait, il s’agit de faire en sorte qu’ils soient plus performants et se positionnent en tant que “dominants” dans les relations humaines et professionnelles. De mon point de vue, c’est là une application affairiste du développement personnel.

À l’image de la société actuelle, le concept de « développement personnel » s’est donné d’année en année une orientation de plus en plus individualiste et matérialiste. Autrement dit, il en est venu à faire du bien-être personnel une priorité exclusive, souvent au détriment de celui d’autrui ou de l’intérêt général. Certains livres, certains cours, certains séminaires et certains sites internet donnent même l’impression que le but visé est uniquement de promouvoir le bonheur individuel, sans se soucier de celui des autres. Laïcité oblige, on n’y trouve plus la moindre allusion à une forme quelconque de spiritualité ou d’éveil intérieur, à l’instar de la méditation dite « laïque ».

Plutôt que d’œuvrer à leur « développement personnel », les Rosicruciens se consacrent à leur « épanouissement spirituel ». Autrement dit, ils s’emploient à conscientiser et à manifester les vertus les plus nobles que l’on attribue à l’âme humaine, dans ce qu’elle a de plus divin (humilité, générosité, intégrité, bienveillance, altruisme, non-violence, etc.), certes dans leur intérêt personnel, mais également dans celui des autres et de la société dans son ensemble. En cela, leur objectif est de devenir meilleur sur le plan individuel, tout en essayant de rendre le monde meilleur sur le plan collectif. Dans ce but, ils font de la spiritualité et de l’humanisme les deux piliers de leur philosophie, telle qu’ils la vivent au quotidien.

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix