Appel à l’universalisme

Par définition, l’universalisme est l’idée selon laquelle « il existe une unité du genre humain, au-delà de la diversité culturelle de l’humanité ». Par extension, c’est l’idée selon laquelle « les valeurs, les principes et les droits humains sont universels et s’appliquent à tous les individus, indépendamment de leur origine, de leur culture, de leur religion, de leur philosophie, etc. » À l’opposé, on trouve le nationalisme, c’est-à-dire « l’idéologie qui exalte l’intérêt national, parfois à l’exclusion ou au détriment des autres nations ». Être nationaliste n’est pas toujours un choix personnel, un choix citoyen ; parfois, c’est une soumission à un système politique, afin d’éviter d’être inquiété par le régime en place. À l’inverse, on est généralement universaliste en raison de convictions culturelles, religieuses ou philosophiques personnelles.

« Nationalisme » et « Patriotisme »

Une précision me semble nécessaire : il ne faut pas confondre « nationalisme » et « patriotisme ». Comme je l’ai indiqué précédemment, être nationaliste par choix, c’est ne se préoccuper que de l’intérêt de la nation à laquelle on appartient, au point de refuser toute coopération avec les autres peuples, notamment les plus faibles et les plus pauvres. Être patriote, c’est aimer le pays où l’on est né ou celui où l’on réside, sans pour autant se désintéresser des autres nations et encore moins les rejeter. Éventuellement, c’est le défendre s’il est attaqué, comme on est censé défendre un proche s’il est agressé. Sur le plan étymologique, il est d’ailleurs intéressant de noter que le mot « patrie » vient du latin « patria terra », qui veut dire littéralement « pays des pères ». L’attachement qu’on lui porte n’est donc pas idéologique ou politique, mais affectif ou sentimental.

A priori, le mot « universel » s’applique à ce qui a trait à l’univers. C’est ainsi que les scientifiques se réfèrent aux « lois universelles », parmi lesquelles la « gravitation universelle », l’« entropie universelle », la « relativité générale », pour ne pas dire « universelle », etc. Quant aux mystiques en général, ils admettent l’existence d’une « Intelligence universelle », d’une « Âme universelle », d’une « Conscience universelle » et même d’une « Mémoire universelle ». Mais avec le temps, les hommes en sont venus à qualifier d’« universel » des principes, des postulats, des idées, des croyances, des textes qui, selon eux, pouvaient ou même devaient s’appliquer à l’ensemble de l’humanité et au monde entier. L’un des meilleurs exemples de ce “transfert” linguistique est la célèbre « Déclaration universelle des droits de l’homme et du citoyen », promulguée en 1789 en France et en 1948 pour tous les peuples.

« Les Rose-Croix ont toujours été universalistes »

Les Rose-Croix ont toujours été universalistes. À titre d’exemple, Comenius (1592-1670), membre de la Fraternité rosicrucienne de l’époque, a écrit plusieurs livres dans lesquels il prône une approche universaliste des relations entre les peuples. Il se disait « citoyen du monde » et ne cessa d’œuvrer au service de la paix. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il est considéré comme le père spirituel de l’Unesco. De nos jours, l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix se situe dans la même lignée. C’est ce qui explique pourquoi il compte parmi ses membres des hommes et des femmes de toute nationalité, de tout milieu social et de toute confession religieuse. Parmi les nombreux textes accessibles sur son site internet figure notamment une « Charte des citoyens du monde », qui constitue en elle-même un hymne à l’universalité.

Comme nombre d’observateurs, je pense que le nationalisme est une source de conflits et de guerres. Dans les années 1920 à 1945, le national-socialisme incarné par Adolf Hitler (1889-1945), fondé sur la volonté de privilégier à l’extrême les intérêts du peuple allemand, a conduit à la Seconde Guerre mondiale et aux 30 millions de morts laissés dans son sillage. Ce que certains sociologues désignent de nos jours sous le terme « national-capitalisme », en vigueur dans certains pays, est devenu un vecteur de conflits dans le monde. Cela s’explique par le fait que cette idéologie politico-économique se fait au détriment des pays pauvres et défavorisés. Sur un plan individuel, l’expérience montre également que les nationalistes (et non les patriotes) ont tendance à se montrer belliqueux à l’égard de ceux et de celles qui appartiennent à d’autres nations que la leur.

« La Terre s’apparente désormais à un seul pays »

À l’aube du XXIe siècle, la Terre s’apparente désormais à un seul pays, en ce sens que les moyens de transport et de communication permettent à ses habitants de se rencontrer et d’échanger au-delà des distances qui les séparent. En quelques heures d’avion, ils peuvent désormais se rendre à l’autre bout du monde. Grâce à Internet, il leur est possible d’entrer en contact avec des personnes résidant aux antipodes. Les frontières géographiques sont devenues plus virtuelles que réelles, de sorte que la notion de citoyen du monde n’est plus une vue de l’esprit mais un état de fait. À cela s’ajoute un accroissement des métissages ethniques et religieux sur l’ensemble de la planète. Nous voyons donc que l’humanité est en pleine mutation et évolue d’elle-même vers l’universalité.

Comme chacun sait, le monde est confronté à une crise sans précédent, et ce, dans tous les domaines : social, économique, politique, religieux, éthique, écologique… Étant donné que cette crise est mondiale, elle ne peut être surmontée durablement qu’en impliquant tous les pays. Cela suppose d’instaurer une coopération entre leurs dirigeants, dans l’intérêt de tous les citoyens du monde. Sous l’effet de la mondialisation, plus aucune nation, aussi puissante soit-elle, ne peut “rester dans son coin” et résoudre seule et pour elle seule les problèmes qui se posent à elle comme aux autres nations en maints domaines. Désormais, tous les pays du monde sont interdépendants et liés par un destin commun, celui de l’humanité dans son ensemble : soit, ils s’unissent et se créent un avenir prometteur ; soit ils persistent dans le nationalisme (parfois exacerbé) et se condamnent tous à péricliter à court terme.

« L’universalisme est une application de l’humanisme à l’échelle planétaire »

Être universaliste, c’est avoir la conviction que l’humanité est une et indivisible, et qu’aucun pays, aucune nation, ne doit s’employer à prospérer dans son seul intérêt, à l’exclusion ou aux dépens des autres. Par extension, c’est favoriser le partage des connaissances et des savoir-faire dans l’intérêt de tous. En fait, l’universalisme est une application de l’humanisme à l’échelle planétaire. Autrement dit, un universaliste est un humaniste qui considère, pour reprendre les propos de Khalil Gibran (1883-1931), que « la Terre est sa patrie, et l’humanité sa famille ». Cela n’est pas sans rappeler ceux de Sénèque (4 av. J.-C. – 65 après J.-C.) qui, déjà à son époque, déclara : « Je ne suis pas né pour un seul coin de la Terre ; ma patrie, c’est le monde entier ». En fait, de nombreux philosophes et penseurs ont prôné l’universalisme au cours des âges. Parmi les plus connus de l’époque moderne, on peut citer Edgar Morin (1921-2026).

Être universaliste implique-t-il d’être spiritualiste ? Non, car on peut se sentir citoyen du monde sans pour autant suivre une voie religieuse ou spirituelle. Il “suffit” pour cela d’avoir foi en l’Homme, en sa capacité de se transcender pour exprimer le meilleur de lui-même dans l’intérêt de tous. Je connais d’ailleurs des athées qui ont fait de l’universalisme le fondement de leur philosophie. À l’inverse, chacun sait qu’il y a des croyants qui “ne jurent” que par la religion qu’ils pratiquent et qui font preuve d’un nationalisme exacerbé. Cela étant, la spiritualité en tant que telle devrait être un vecteur d’universalisme. En effet, dès lors que l’on admet que tout être humain possède une âme et que Dieu, quelle que soit la conception qu’on ait de Lui, est le même pour tous, on devrait avoir à cœur de se sentir citoyen du monde et donc être universaliste.

Si cet appel fait écho en vous, je vous propose de l’intérioriser en prenant vis-à-vis de vous-même l’engagement suivant : « Sachant que l’humanité est une et indivisible, je m’engage à faire de l’universalisme le fondement de ma philosophie et à me comporter comme un citoyen du monde ».

Dans les liens de l’universalisme.

Fraternellement,

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