Lettre ouverte à la Terre

« Regardez comme la Terre est belle. Regardez ce que nous sommes en train de détruire. Mais surtout, regardez toutes ces merveilles qu’il nous reste encore à préserver. »

Yann Arthus-Bertrand

Comme chacun sait, nous vivons sur une planète à laquelle des êtres humains ont donné le nom de « Terre », sans que l’on sache précisément à quelle époque ni à quel endroit. Sur le plan étymologique, il est dérivé du latin « terra », qui signifie la « terre », le « sol » sur lequel on marche. C’est la seule de notre système solaire dont le nom n’est pas en lien avec un dieu ou une déesse gréco-romaine. Quoi qu’il en soit, et je ne sais pour quelle raison, j’ai éprouvé le désir de lui adresser une lettre ouverte, peut-être parce que je la sens malade, triste et affectée. Convaincu qu’elle est douée de conscience, j’ai la naïveté de croire qu’elle y sera sensible. Sinon, cette lettre aura été l’occasion de partager avec vous l’affection que je lui porte.

Tout d’abord, il me semble utile de rappeler que la plupart des scientifiques considèrent que l’univers existe depuis environ 13,8 milliards d’années. Désormais, nous connaissons les grandes étapes qui ont marqué sa création. Alors qu’il se réduisait à l’origine à un prodigieux centre d’énergie ayant la “grosseur” d’un atome, il s’est matérialisé suite à une gigantesque explosion (inflation) cosmique à laquelle les scientifiques ont donné le nom de « Big Bang ». De là naquirent d’abord les particules subatomiques, puis les atomes d’hydrogène et d’hélium, lesquels, en se combinant, donnèrent naissance à de gigantesques nuages stellaires. Sous l’action de la gravitation, ces nuages se contractèrent et formèrent les galaxies primitives, au sein desquelles apparurent les premières proto-étoiles. Aujourd’hui, on pense que l’univers compte des centaines de milliards de galaxies, de soleils, de planètes et autres astres, mais on ignore encore s’il est infini ou non.

Pour ce qui est de la Terre elle-même, il est admis de nos jours qu’elle a commencé à se former il y a environ 4,5 milliards d’années, en périphérie de l’une des innombrables galaxies existant dans l’univers. Selon la théorie la plus couramment admise, elle est issue, comme le Soleil lui-même et les autres planètes de notre système solaire, de la contraction d’un nuage stellaire. Après une très longue période de refroidissement et de nombreuses transformations en tous genres, elle est progressivement devenue cette merveilleuse planète, formée majoritairement de mers et d’océans. Rappelons que pendant des millions d’années, elle ne laissa apparaître qu’un seul super-continent, la Pangée, entouré d’un seul super-océan, la Panthalassa. Comme vous le savez, elle comporte actuellement cinq continents : l’Afrique, l’Amérique, l’Asie, l’Europe et l’Océanie, auxquels certains scientifiques ajoutent l’Antarctique.

L’apparition de la vie sur Terre

La vie serait apparue sur notre planète il y a environ 4 milliards d’années, c’est-à-dire, à l’échelle du temps universel, relativement vite après sa formation. Pendant des centaines de millions d’années, elle s’est limitée aux océans, sous forme d’êtres unicellulaires. Puis elle est passée progressivement sur terre et a donné naissance aux amphibiens, aux reptiles (parmi lesquels les espèces successives de dinosaures), aux oiseaux, aux mammifères (depuis les premiers mammouths jusqu’aux singes), pour aboutir finalement aux hominidés primitifs, il y a environ 8 millions d’années. Pour ce qui est de l’Homo sapiens sapiens (l’homme qui sait qu’il sait), espèce à laquelle nous appartenons, il serait apparu en Afrique, au sud du Sahara, il y a environ 200 000 ans. Cela étant, ces données restent théoriques et peuvent changer du jour au lendemain en fonction des découvertes.

Pour conceptualiser les durées que je viens de rappeler, le mieux est de se reporter à une horloge imaginaire : en supposant que la Terre se soit formée à 0 h 00, l’émergence de la Pangée correspondrait à 3 h 00, l’apparition de la vie à 4 h 00, les amphibiens à 8 h 30, les reptiles à 9 h 00 (les dinosaures à 11 h 00), les mammifères à 11 h 45, les premiers hominidés à 11 h 59, l’Homo sapiens sapiens à 11 h 59’ 59”, et nous à 12 h 00. Or, à peine sommes-nous apparus sur cette planète que nous l’avons mise en péril. En l’état actuel des choses, on peut se demander ce qu’il en sera de la Terre à 12 h 00’ 01”. En effet, de nombreux spécialistes s’accordent à dire que nous n’avons qu’environ 20 ans pour faire les bons choix en matière d’écologie. Au-delà de ce délai, et compte tenu de la vitesse à laquelle notre environnement se dégrade, ils pensent que nombre d’écosystèmes seront définitivement détruits.

Dans la « Positio Fraternitatis Rosae Crucis », Manifeste que l’AMORC a publié en 2001 sur un plan mondial, on pouvait déjà lire : « Chacun peut constater que l’activité humaine a des effets de plus en plus nocifs et dégradants sur l’environnement… Le développement de la Civilisation a généré nombre de dangers par suite de manipulations biologiques touchant à l’alimentation, d’utilisation à grande échelle d’agents polluants, d’accumulation mal contrôlée des déchets nucléaires, pour ne citer que quelques risques majeurs… Nous observons également qu’en dépit des tentatives récentes de concertation, certains dangers, comme l’émission de gaz à effet de serre, la désertification, la déforestation, la pollution des océans, etc., ne font pas l’objet de mesures adéquates ». Malheureusement, la situation ne s’est pas améliorée depuis la publication de ce texte, il y a plus de vingt ans.

Les conférences, congrès, colloques et autres sommets consacrés à l’environnement se sont multipliés au cours des années passées, mais la volonté d’agir en conséquence sur un plan international ne suit pas. Pourquoi ? Parce que nous en sommes encore à privilégier les intérêts économiques au détriment de ce qu’il faudrait faire sur le plan écologique pour remédier aux problèmes environnementaux et prendre soin de notre planète. C’est pourtant là un mauvais calcul, car la dégradation de l’environnement a des conséquences humaines et matérielles dont les coûts sont infiniment plus élevés que ce qu’il aurait fallu investir pour qu’on n’ait pas à les gérer. À titre d’exemple, les troubles et les maladies liés à la pollution de l’air et de l’eau coûtent chaque année des milliards d’euros (de dollars…) à la société. Que dire également des réfugiés climatiques (ou écologiques), dont le nombre pourrait atteindre 500 millions à l’horizon 2050 ?

Comme chacun sait, la plupart des pays du monde, sinon tous, sont confrontés depuis plusieurs années à une crise économique et sociale majeure. Malheureusement, cette crise occulte la menace écologique qui pèse à court terme sur l’humanité. Pire encore, elle l’aggrave, car pour relancer la production et la consommation en vue de doper la croissance, les quelques mesures envisagées lors de sommets consacrés à l’environnement ont été reportées, voire annulées. Ceci est d’autant plus regrettable que l’écologie pourrait être un vecteur de grande ampleur pour l’économie. Pour s’en convaincre, il suffit de songer aux nombreux emplois que l’on pourrait créer pour la collecte, le tri et le recyclage des déchets de toutes sortes, l’entretien des forêts, des fleuves, des rivières, etc., la mise en place d’énergies naturelles non polluantes, la création d’outils, de machines et autres engins respectueux de l’environnement, etc. Alors que nous savons ce qu’il convient de faire en la matière, nous restons obnubilés par le profit et la rentabilité à tout prix.

« La Terre et la vie font partie d’un Plan divin »

Pour les spiritualistes en général et les Rose-Croix en particulier, l’existence de la Terre et de la vie qu’elle abrite fait partie d’un Plan divin, au même titre que l’univers lui-même. Comme je l’ai rappelé, il se réduisait à l’origine à un prodigieux centre d’énergie ayant la dimension d’un atome, lequel contenait en potentiel les milliards de galaxies, de soleils et de planètes qui naquirent par la suite. C’est là un “miracle” qui défie la raison, car il nous est a priori impossible de comprendre comment un tel prodige a pu avoir lieu. Certes, nous savons désormais qu’il s’est produit il y a environ 13,8 milliards d’années. De même, nous connaissons les grandes phases que l’univers a connues dans son expansion, la manière dont naissent et meurent les étoiles, les processus cosmiques qui président à la formation des systèmes solaires, etc., mais nous ignorons (encore) ce qui est à l’origine du Big Bang (le « Fiat Lux » de la Bible) et, par là même, ce qu’il y avait avant.

Si le « comment » de l’univers reste encore mystérieux à bien des égards, l’ontologie rosicrucienne donne une explication générale au « pourquoi ». En effet, comme cela est expliqué dans l’enseignement de l’AMORC, Dieu, en tant qu’Intelligence, Conscience, Énergie ou Force absolue (peu importe le terme), a voulu partager la Sagesse qui Lui est propre avec des créatures, d’où la nécessité pour Lui de concevoir la Création et de la rendre manifeste. C’est ainsi qu’Il pensa les lois qui devaient la sous-tendre, puis les mit en mouvement au moyen de ce que la Tradition occidentale désigne sous le nom de « Verbe ». Dès lors, ce qui n’était qu’un prodigieux centre d’énergie donna naissance à des milliards de galaxies, avec une multitude de soleils, de planètes et d’astres divers. Parallèlement, Dieu émana de Lui-même une Âme pure et parfaite, et l’insuffla dans l’univers en formation. Sous l’Impulsion divine, cette Âme universelle en vint à animer toutes les formes de vie qui, au fil du temps, apparurent çà et là dans le cosmos.

Vous conviendrez certainement qu’il est très difficile de concevoir comment a pu naître une planète aussi belle et harmonieuse que la nôtre, qui elle-même enfanta une multitude de créatures plus élaborées les unes que les autres. Ce que nous appelons « la nature » est l’expression parfaite de ce chef-d’œuvre qu’est la Terre, à tel point que quasiment tous les êtres humains voient en elle l’archétype de la beauté et de l’esthétique. À elle seule, elle réunit l’ensemble des arts auxquels l’humanité s’est éveillée depuis ses origines, notamment la peinture, la sculpture, la musique et la danse. Pour s’en convaincre, il suffit de songer aux paysages multiples et variés qui s’offrent à nous sur tous les continents, aux parades dont nous gratifient nombre d’animaux, aux chants des oiseaux et à leurs plumages multicolores, au rythme des saisons et aux changements qui les accompagnent, etc. Assurément, celui que d’aucuns nomment le Grand Architecte de l’Univers ne fait qu’un avec le Grand Artiste de l’Univers, le Démiurge auquel se réfère la Tradition primordiale.

Notre planète est un chef-d’œuvre

Sur le plan humain, le mot « chef-d’œuvre » désigne généralement une œuvre artistique dont on pense qu’elle est, sinon parfaite, du moins très proche de la perfection, telle que nous pouvons la concevoir sur le plan terrestre. Or, la nature, non seulement tend vers la perfection, mais également l’atteint à travers ce qu’elle crée, que ce soit dans le règne minéral, végétal ou animal. Depuis la structure d’un flocon de neige jusqu’à la morphologie d’une baleine, en passant par la forme d’un arbre et celle de ses feuilles, sans oublier l’incroyable palette de couleurs que nous offrent les paysages et la diversité des reliefs qu’ils dessinent, la Terre, dans nombre de ses aspects, est parfaite. Certes, il y a des “imperfections” (des arbres difformes ou mal formés, des animaux faibles ou malades, etc.), mais dans sa globalité, notre planète est un chef-d’œuvre qui transcende à l’infini toutes les œuvres d’art que les êtres humains peuvent réaliser, tous domaines confondus.

Avec le temps, les hommes ont malheureusement succombé de plus en plus au désir de s’enrichir en exploitant la Terre, ce qui les a conduits à porter de plus en plus atteinte à leur environnement. À cela s’ajoute le fait que la population n’a cessé de croître sur le plan mondial, d’où la nécessité de puiser toujours plus dans les ressources naturelles et de déforester à l’excès sur tous les continents. Que dire également du réchauffement climatique et de ses conséquences gravissimes sur la nature et sur l’humanité? Désormais, le nier est une hérésie coupable: les canicules, inondations, tempêtes à répétition en sont évidemment l’une des conséquences. En ce début de XXIe siècle, nous voici donc parvenus à un point crucial : poursuivre sur la voie de l’autodestruction et nous condamner à disparaître tout ou partie, ou nous ressaisir et prendre les mesures nécessaires sur un plan international pour remédier à la situation.

Aussi contradictoire que cela paraisse, je pense que les graves problèmes écologiques auxquels l’humanité est confrontée aujourd’hui peuvent constituer pour elle une “voie de salut”, en ce sens que cela devrait l’obliger à se transcender et à exprimer le meilleur d’elle-même. Étant donné qu’ils vont s’aggraver et générer des catastrophes naturelles de plus en plus destructrices à l’échelle planétaire, gageons qu’il viendra un moment où tous les pays du monde seront dans l’obligation de faire de la sauvegarde de la Terre une cause commune. Ils devront alors s’unir et remettre en question leur mode de vie, notamment ceux qui ont la plus grande part de responsabilité dans l’état actuel de notre planète. Par nécessité vitale, on peut donc postuler que les êtres humains vont se rapprocher, non seulement les uns des autres, mais également de la nature et, pourquoi pas, de Dieu, au sens rosicrucien du terme.

Comme vous le savez, on parle communément de « notre mère la Terre ». Il est vrai que toutes les créatures qui la peuplent lui doivent d’être venues à l’existence, et que c’est elle qui, directement ou indirectement, leur permet de rester en vie et de se perpétuer. En principe, les relations qui existent entre une mère et ses enfants sont fondées sur un amour réciproque et désintéressé. En ce qui concerne la Terre et les êtres humains, il faut malheureusement reconnaître que cette réciprocité et ce désintéressement font défaut, car s’il est vrai que la grande majorité d’entre eux aiment la nature, ils sont néanmoins très nombreux à ne pas la respecter et à l’exploiter sans retenue. À l’inverse, et sans vouloir prêter des sentiments anthropomorphiques à notre planète, celle-ci nous donne sans compter : pour notre nourriture, nos vêtements, nos habitations, etc. Tout ce dont nous avons besoin pour vivre provient directement ou indirectement du don qu’elle fait d’elle-même à l’humanité, et ce, sans aucune discrimination.

Les bienfaits que la Terre nous procure sur le plan matériel ne se limitent pas à ceux que je viens de mentionner. À travers ses paysages plus beaux les uns que les autres, mais aussi sa multitude d’animaux sur tous les continents, elle nous apporte également du bien-être et du bonheur, à tel point qu’en les contemplant ou en les regardant vivre, nous avons le sentiment qu’elle nous aime et qu’elle se plaît à nous rendre heureux. Autrement dit, elle réjouit notre âme. Assurément, notre planète est un être vivant et, sans nul doute, conscient. Et si vous admettez que l’univers est imprégné d’une Âme qui intègre ce que les mystiques désignent sous le nom d’« Amour universel », il en résulte que la nature est elle-même un foyer de cet Amour, ce qui explique pourquoi nous avons le sentiment d’être aimés d’elle, et ce, malgré le mal que nous lui faisons depuis si longtemps.

En conclusion à cette « lettre ouverte », qui constitue en fait un plaidoyer en faveur de la Terre et une invitation à renouer avec la nature, je souhaiterais citer un extrait de l’« Appellatio Fraternitatis », Manifeste que l’AMORC a publié en janvier 2014 et que je vous invite à (re)découvrir : « Nous pensons qu’il y a urgence à donner une orientation spiritualiste, humaniste et écologiste à nos comportements individuels et collectifs. Mais s’il y avait une priorité à donner, ce serait l’écologie. En effet, si l’humanité parvient à résoudre durablement les problèmes économiques et sociaux qui se posent à elle, mais si, parallèlement, la Terre est devenue invivable ou difficilement vivable pour la grande majorité de ses habitants, quel intérêt et quel plaisir y aura-t-il à vivre ? Dans ce domaine, ceux et celles qui gouvernent les pays et les nations ont une grande responsabilité, en ce sens qu’ils ont le pouvoir de prendre des décisions et de faire en sorte qu’elles soient appliquées. Mais si les peuples se désintéressent de l’écologie et ne font rien à leur niveau pour préserver la nature, il est évident que la situation ne cessera d’empirer et que les générations futures hériteront d’une planète qui ne sera plus que l’ombre de ce qu’elle était ».

Naturellement, libre à vous de partager ces quelques réflexions si vous pensez qu’elles peuvent intéresser des personnes de votre connaissance…

Dans les liens de notre Terre-Mère,

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