A propos de l’avortement

Email this to someoneShare on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+

Régulièrement, des personnes manifestent çà et là, parfois violemment, contre l’avortement. En règle générale, elles sont croyantes et se font l’écho de la position adoptée en la matière par la plupart des religions. Selon ces dernières, l’enfant à naître possède une âme dès sa conception et s’apparente par conséquent à un être humain à part entière. En vertu de ce principe, pour ne pas dire de ce dogme, elles considèrent donc qu’une femme qui se fait avorter se rend complice d’un infanticide et s’oppose à la volonté de Dieu.

D’un point de vue rosicrucien, l’âme s’incarne au moment, non pas de la conception, mais de la naissance. Autrement dit, elle pénètre dans l’enfant lorsqu’il sort du ventre maternel et inspire pour la première fois. Cela veut dire que l’embryon, puis le fœtus, ne constitue pas  un être humain en tant que tel, mais un être humain en devenir. Et il le devient effectivement lorsqu’il naît à la vie extra-utérine, sous l’impulsion de l’âme qui pénètre en lui avec la première inspiration. En cela, vous noterez que toutes les religions s’accordent à dire que la mort intervient avec le dernier souffle, et que c’est alors que le défunt «rend l’âme».

Est-ce à dire que l’avortement est un acte anodin et sans conséquence ? Bien sûr que non. Certes, il ne provoque pas la mort d’un être humain, mais il met fin au processus physiologique qui aurait permis à une âme de bénéficier d’un corps grâce auquel elle aurait pu vivre sur le plan terrestre et mener à bien son évolution spirituelle. Avorter est donc un choix qui correspond à une grave décision pour la future mère, et pour le futur père si elle l’a informé de la situation. Mais il y a des cas qui le justifient, et le fait de pouvoir recourir à l’avortement en toute légalité et en toute sécurité est un progrès social et humain majeur.

Lorsqu’un enfant à naître est la conséquence d’un viol, lorsque son développement embryonnaire et fœtal présente un grand risque pour la santé de la mère ou même sa survie, lorsque celle-ci a déjà de nombreux enfants et ne souhaite plus en avoir en raison de difficultés familiales, économiques ou autres, lorsque le fœtus présente de graves malformations physiques ou de grandes déficiences neurologiques, est-il vraiment “criminel” de recourir à l’avortement ? Personnellement, je ne le pense pas.

Quelles que soient les idées philosophiques ou religieuses de chacun, il est légitime de considérer la vie comme le bien le plus précieux qui soit en ce monde. Mais contrairement à ce que pensent la plupart des opposants à l’avortement, la grande majorité des femmes qui y ont recours ne le font pas à la légère et sont malheureuses d’en venir à ce choix ultime. Les condamner au nom d’un interdit religieux constitue un manque de compréhension et de compassion. Naturellement, cela ne veut pas dire qu’il faut banaliser ou encourager l’avortement, mais il s’agit d’un choix qui doit être laissé aux personnes directement concernées, d’autant plus que Dieu seul, si on croit en Lui, peut juger leurs intentions.

Serge Toussaint
Grand Maître de l’Ordre de la Rose-Croix

 

Email this to someoneShare on FacebookTweet about this on TwitterShare on Google+